Souffles de tempête, 1918· VIII Deuils rouges
A Georges Trouillot
L’incomparable ami‖ paternel, il n’est plus.Étendu sur son lit,‖ il dort. Il a ce calmeQui, parmi des douceurs‖ de couronne et de palme,Donne parfois aux morts‖ des visages d’élus.
Il dort. Et j’ai senti‖ monter le froid du pôleEn me penchant sur lui‖ couché dans l’oreiller.Et je l’ai secoué‖ doucement par l’épaule,Et je songeais tout bas :‖ « il faut vous réveiller !
« N’êtes-vous pas la vie‖ et le mouvement même ?Tous les vôtres sont là,‖ vos amis sont venus.Venez ! Voici mes doigts‖ qui touchent vos doigts nus.Venez ! ouvrez les yeux !‖ Il fait bon ! On vous aime ! »
Vous ne répondiez pas‖ à mes tristes sanglots.Serrant, dans vos deux mains‖ de mort, ces violettes,Vous étiez là, gardant,‖ sur vos lèvres muettes,Le secret éternel‖ que savaient vos yeux clos.
Je regardais de près‖ votre si chère tête.Quel poème couvait‖ sous votre front glacé ?Âme pure, si pure‖ étant cette âme honnête,Vous partez, nous laissant‖ tout un charmant passé.
Vous n’avez pas senti‖ la suprême ténèbre,Vous mourez sans savoir‖ que vous fermez les yeux.Et blanc, familial,‖ est votre lit funèbre,Ainsi que dans vos vers‖ si graves et pieux.
Vous mourez. Et la fin‖ de notre grande guerre,Vous ne la saurez pas !‖ Vous ne la saurez pas !Mais vous nous aurez dit‖ jusqu’au bout : « Nos soldatsReviendront glorieux,‖ un jour, dans la lumière ! »
Vous mourez. Orphelins‖ laissés à l’abandon,Voici derrière vous‖ la foule amère, lasse,De celles et de ceux‖ qui reçurent le donD’une forte amitié‖ que plus rien ne remplace.
Vous mourez ! Vous mourez !‖… Moi j’ai pressé si fort,Dans une filiale‖ et douloureuse étreinte,Ma bouche de vivant‖ sur votre front de mort,Que j’en garde à jamais‖ la glaciale empreinte.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 4(abba) 5(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a plus / d’élus masculine, classiqueb calme / palme féminine, classiquea pôle / l’épaule féminine, classiqueb l’oreiller / réveiller masculine, classiquea même / aime féminine, classiqueb venus / nus masculine, classiquea sanglots / clos masculine, classiqueb violettes / muettes féminine, classiquea tête / honnête féminine, classiqueb glacé / passé masculine, classiquea ténèbre / funèbre féminine, classiqueb yeux / pieux masculine, classiquea guerre / lumière féminine, classiqueb pas / soldats masculine, classiquea l’abandon / don masculine, classiqueb lasse / remplace féminine, classiquea fort / mort masculine, classiqueb étreinte / empreinte féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources