Souffles de tempête, 1918· VIII Deuils rouges
Cortège funèbre
C’est le général mort‖ que l’on emporte au pas,Dans un débordement‖ de fleurs et de soldats,Devers une tranchée‖ aux éternelles bouesD’où l’on ne revient pas.Un cercueil pour canon‖ entre les lourdes rouesMet des pleurs sur les joues.C’est le général mort‖ que l’on emporte au pas.
La foule a salué‖ par un vaste silenceCelui qui, sur l’affût‖ qui le traîne et balance,Est un héros vainqueur‖ pour toujours endormi,Celui qui fut la lanceDevant quoi, monstre en feu,‖ recula l’ennemi.Nulle voix n’a gémi.La foule a salué‖ par un vaste silence.
Le peuple de Paris‖ a vu les chars de fleurs,Les drapeaux alliés‖ de toutes les couleurs,Et les lents bataillons‖ bleus comme la turquoise.Martiales pâleurs,Et, couvrant le sauveur‖ de la Seine et de l’Oise,Un drapeau d’une toise.Le peuple de Paris‖ a vu les chars de fleurs.
Le peuple de Paris‖ a vu le cheval triste,Si long vêtu de noir,‖ derrière l’améthysteDes crêpes violets‖ recouvrant le cercueil.Allant où rien n’existe,Le maître était suivi‖ par son cheval en deuil.Dans la pompe et l’orgueil,Le peuple de Paris‖ a vu le cheval triste.
Par azur et soleil‖ de juin, plus d’un drapeauFlotte, grande aile ouverte‖ au-dessus du troupeau,Chacun d’eux plus sacré‖ qu’une sainte bannière,Ayant reçu l’impôtDu sang mâle tout frais,‖ sang de la Grande Guerre.Voici, dans la lumière,Par azur et soleil‖ de juin, plus d’un drapeau.
Entre les flots ouverts‖ des foules infinies,Voici, visages‖ africains,‖ les colonies,Blancs et noirs sont mêlés,‖ sur le grand échiquierDes forces réunies,Voici, petits et grands,‖ les canons sans pitié,Gens à cheval, à pied,Entre les flots ouverts‖ des foules infinies.
Silence, peuple ! C’est‖ le défunt général.Il passe, tristement‖ suivi par son chevalQui traîne à ses sabots‖ sa grande robe noire.C’est le deuil nuptialDe celui que la mort‖ marie avec la gloire.Il entre dans l’Histoire…Silence, peuple ! C’est‖ le défunt général !
Silence ! Ouvrez les yeux !‖… La victoire s’annonce !Ces troupes, dont le front‖ sous le casque s’enfonceSont déjà des soldats‖ qui reviennent du feu.Qu’elle meure, la ronceQui nous étouffe encor‖ d’un exécrable nœud !Par ce cortège bleu,‒ Silence ! ouvrez les yeux !‖… ‒ la victoire s’annonce ‒
Ouvrez les yeux ! Parmi‖ le cortège aux pas sourds,Au battement voilé‖ de crêpe des tambours,Voici : Spectres au loin,‖ derrière Notre Dame,Toutes les autres tours,Le Louvre et les palais‖ suivront le corps sans âmeQue le silence acclame.Ouvrez les yeux parmi‖ le cortège aux pas sourds !
Ce pauvre petit corps‖ enfermé qu’on promène,C’est celui du sauveur‖ de l’Oise et de la Seine.Saluez, gens, drapeaux,‖ palais, tours et pavé !Paris, un jour de haine,Par ce mort glorieux‖ qui s’en va, fut sauvé.A tout jamais, Ave,O pauvre petit corps‖ enfermé qu’on promène !
Versification
- Forme
- 10 septains (septains)
- Rimes
- 10(aabcbbc)
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (50 de 12, 20 de 6)· profil 6, 6=6
- Strophes
- 10 septains
- Mots à la rime
- a pas / soldats masculine, classiqueb boues / roues / joues féminine, classiquec pas masculine, classiquea silence / balance féminine, classiqueb endormi / l’ennemi / gémi masculine, classiquec lance / silence féminine, classiquea fleurs / couleurs masculine, classiqueb turquoise / l’Oise / toise féminine, classiquec pâleurs / fleurs masculine, classiquea triste / l’améthyste féminine, classiqueb cercueil / deuil / l’orgueil masculine, classiquec n’existe / triste féminine, classiquea drapeau / troupeau masculine, classiqueb bannière / Guerre / lumière féminine, classiquec l’impôt / drapeau masculine, classiquea infinies / colonies féminine, classiqueb échiquier / pitié / pied masculine, classiquec réunies / infinies féminine, classiquea général / cheval masculine, non classiqueb noire / gloire / l’Histoire féminine, classiquec nuptial / général masculine, classiquea s’annonce / s’enfonce féminine, non classiqueb feu / nœud / bleu masculine, classiquec ronce / s’annonce féminine, non classiquea sourds / tambours masculine, classiqueb Dame / âme / acclame féminine, classiquec tours / sourds masculine, classiquea promène / Seine féminine, classiqueb pavé / sauvé / Ave masculine, classiquec haine / promène féminine, non classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.6
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
70 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources