Souffles de tempête, 1918· VI Prophétiques
Champigny
Sur nos chevaux, dressés‖ de toute notre taille,Nous avons traversé‖ cette plaine du soir.Je ne me lassais point,‖ au passage, de voirCes monuments qui crient :‖ Champigny la Bataille !
Héros ! C’est à cheval‖ et non pas à genouxQue je vous saluais,‖ ce soir, vivante cibleSous l’exécrable feu‖ germain. Est-il possibleQue l’on ait pu venir‖ tuer nos gens chez nous !
Des drapeaux, de la pierre‖ au large de la plaine,Bornes montant moins haut‖ que les meules de blé,Et qui marquent l’endroit‖ où repose, assemblé,Un groupe de Français‖ ivres de mâle haine.
Au creux du crépuscule‖ à droite s’effaçant,Paris quotidien‖ s’allume dans la brume.Mais, parmi ce couchant‖ pacifique, je humeJe ne sais quelle odeur‖ ancienne de sang.
Patrie ! O cruel mot‖ qui ne veut pas se taire !Je songeais à ces morts‖ couchés sous les labours.Je disais : « Leur sang coule‖ aux veines de la terre,Et cette odeur, ici,‖ persistera toujours. »
Ce Paris violé,‖ jadis, comme une femme,Le regardant au loin‖ dans son couchant câlin,Tout bas je répétais,‖ la colère dans l’âme :« A nous d’entrer un jour‖ en vainqueurs à Berlin ! »
Janvier 1912
Versification
- Forme
- 6 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 4(abba) 2(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a taille / Bataille féminine, classiqueb soir / voir masculine, classiquea genoux / nous masculine, classiqueb cible / possible féminine, classiquea plaine / haine féminine, classiqueb blé / assemblé masculine, classiquea s’effaçant / sang masculine, non classiqueb brume / hume féminine, classiquea taire / terre féminine, classiqueb labours / toujours masculine, classiquea femme / l’âme féminine, classiqueb câlin / Berlin masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources