Souffles de tempête, 1918· VI Prophétiques
Liège
Je me rappellerai‖ cette verte hauteurD’où j’ai vu s’étager‖ la travailleuse Liège,Fantastique cité,‖ récit de vieux conteur,Sous un nuage immense‖ et changeant qui l’assiège.
Le soleil disparu,‖ sous un mince croissantQui tient seul, dans le ciel,‖ la place encore rouge,Lune en profil, bijou‖ du soir, unique accentDu décor ardoisé,‖ vaporeux et qui bouge,
Tout ce qui fume est là,‖ blanc, gris, et se confondAvec le grand nuage,‖ avec la Meuse pâle.Noire, une flèche dit‖ l’église cathédrale.D’autres pointes encor‖ percent le vague fond
Quatre plans de maisons‖ pas encore allumées.Hauts fourneaux et clochers‖ hérissent les bouillards ;Et, dans le même sens,‖ vont toutes les fumées,Rejoindre on ne sait où‖ les nuages fuyards.
L’ombre tombe, alentour,‖ sur la douce campagne.Mis je sais deux points noirs‖ de l’espace endormi :Ici c’est la Hollande,‖ et là c’est l’Allemagne,Les frontières déjà,‖ l’étranger, l’ennemi…
Pays flamands, pays‖ wallons, petites Frances,N’oubliez pas de qui‖ vous êtes les enfants,Ni toi qui, des voisins‖ trop proches, te défends,O Liège, capitale‖ étrange des nuances !
Novembre 1912
Versification
- Forme
- 6 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 2{2(abab) 1(abba)}
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a hauteur / conteur masculine, classiqueb Liège / l’assiège féminine, classiquea croissant / accent masculine, classiqueb rouge / bouge féminine, classiquea confond / fond masculine, classiqueb pâle / cathédrale féminine, classiquea allumées / fumées féminine, classiqueb bouillards / fuyards masculine, classiquea campagne / l’Allemagne féminine, classiqueb endormi / l’ennemi masculine, classiquea Frances / nuances féminine, classiqueb enfants / défends masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources