Souffles de tempête, 1918· VIII Deuils rouges
Marc
Ton fils aux grands yeux noirs,‖ il est tué, ma sœur,Il est mort près de son‖ canon, en pleine guerre.Dis ! pour te consoler‖ comment pourrions-nous faire ?L’éclat qui l’a tué,‖ toi tu l’as dans le cœur.
Il était une fleur‖ parmi notre famille.Il n’avait que vingt ans.‖ Il était mince et beau.C’est encore un enfant,‖ presque une jeune filleQue nous venons de mettre‖ en pleurant au tombeau.
Enfant plein de silence‖ et de mélancolie,Rêveur comme un poète,‖ ardent comme un héros,Nous attendions de voir,‖ bourgeon qui se déplie,Sa vie. Et maintenant‖ nous avons ce cœur gros.
Nous l’avons tous bercé‖ quand il était aux langes,Nous l’avons vu grandir,‖ noble, promettant tout.Il n’y a que vingt ans‖ qu’il souriait aux anges…Il n’est plus qu’un soldat‖ au cercueil, dans un trou.
Ma sœur, toi qu’il aimait‖ autant que sa patrie,Tout bas, aurait-on dit,‖ mais furieusement,Toi qu’il nommait toujours « ‖ma petite maman »,Nous faut-il assister‖ à ta douleur qui crie !
O ma sœur ! Tu l’as vu,‖ ton petit trépassé.Ses beaux grands yeux, la mort‖ n’a pas voulu les clore.Son regard de velours‖ te caressait encore.« C’était si bon, nous as‖-tu dit, de l’embrasser. »
O ma sœur ! Il est mort,‖ le fruit de tes entrailles.Mais souviens-toi, malgré‖ l’amertume des pleursSouviens-toi du rêveur‖ amoureux des batailles,Et que, sur ce cercueil,‖ brillaient les trois couleurs.
Quand nous aurons fini‖ notre page d’Histoire,Quand nous retrouverons‖ nos anciens aspects,Quand nous aurons jeté‖ le cri de la victoire,Quand régnera chez nous‖ la glorieuse paix.
Alors, parmi l’éclat‖ d’une nouvelle France,Quand tu regarderas‖ les beaux bois, les beaux blés,Nos fleuves, nos cités‖ sur nos fleuves bouclés,Quand tu respireras‖ en tous lieux l’espérance,
Aux monuments nouveaux‖ dressé comme des lys,Aux fleuves, aux moissons,‖ à toute la patrie,Tu pourras dire alors,‖ orgueilleuse et meurtrie :‒ « O France, salue-moi !‖ Je t’ai donné mon fils ! »
Versification
- Forme
- 10 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 5(abba) 5(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a sœur / cœur masculine, classiqueb guerre / faire féminine, classiquea famille / fille féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquea mélancolie / déplie féminine, classiqueb héros / gros masculine, classiquea langes / anges féminine, classiqueb tout / trou masculine, non classiquea patrie / crie féminine, classiqueb furieusement / maman masculine, non classiquea trépassé / l’embrasser masculine, non classiqueb clore / encore féminine, classiquea entrailles / batailles féminine, classiqueb pleurs / couleurs masculine, classiquea d’Histoire / victoire féminine, classiqueb aspects / paix masculine, classiquea France / l’espérance féminine, classiqueb blés / bouclés masculine, classiquea lys / fils masculine, classiqueb patrie / meurtrie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.8
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources