Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Souffles de tempête, 1918· VIII Deuils rouges

Élégie double

Lucie Delarue-Mardrus· 8 sizains, alexandrins et octosyllabes, 48 vers

A ma sœur Madame D. Béchamp.

S’il ne nous parvient pas,‖ le grand cri des garçonsBlessés dans l’immense bataille,Nous savons que, partis‖ en redressant la taille,Ils reviennent réduits‖ à d’étranges trancçons,Car la guerre a, là-bas,‖ cent sortes de façonsDe leur imposer son entaille.

Leur part de chair humaine,‖ ils l’ont apportée, eux,A la dévorante patrie.Toi, tes deux fils si beaux,‖ tes fils, ma sœur chérie,Ils te sont revenus,‖ tes fils, avec leurs yeux.Avec jambes et bras‖ et sans bouche qui crie,Entiers, oui, mais morts tous les deux.

Le premier défendait‖ la France maternelle,L’autre pour la Serbie est mort.Chacun d’eux fut pensif‖ à sa manière, et fort.Leur âme de vingt ans‖ qui contenait en elleTant de science, d’art‖ et de constant effort,S’est close comme une grande aile.

Tes fils, tes deux soldats‖ rêveurs et sans galon,Héros au cœur grave d’apôtre,La mort les a voulu‖ séparer l’un de l’autre.Dans le gris de la Marne‖ et le bleu de Toulon,Au creux profond d’un lit‖ plus étroit que le nôtre,Ils sont couchée de tout leur long.

Le tombeau, dirait-on,‖ leur rend un peu d’enfance.Ils semblent t’appeler : ^Maman ?… »Et toi, pour les bercer‖ alternativement,Il te faut traverser‖ toute la longue France.Les hasards de la mort‖ ont joint cette souffranceA ton indicible tourment.

Tu vas, viens… Te voici,‖ toi qui n’étais que veuve,Orpheline de ces petits.Tout le malheur du monde,‖ en vérité, l’abreuve.Alors, sentant qu’ils sont‖ séparés et partis,Tu leur fais ce présent,‖ avec des soins gentils,D’une double couronne neuve.

Ils ont chacun la leur,‖ sur la croix de bois platOù leur nom est peint au bitume.Ainsi les réunit‖ ta tendresse posthume.Quand ils étaient petits,‖ c’était comme cela.Leur couronne est pareille…‖ Hélas ! En ce temps-làIls portaient le même costume.

Deux couronnes au vent…‖ Quel destin fut le leur !Épouvante et métamorphoses !Deux couronnes au vent,‖ violettes ou roses,Remplacent désormais‖ tes deux garçons, ma sœur.Moi je pleure, je pleure‖ en songeant à ces chosesFaites pour déchirer le cœur.

Versification

Forme
8 sizains (sizains)
Rimes
3(abbaab) 4(abbaba) 1(ababba)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 16 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
8 sizains
Mots à la rime
a garçons / trancçons / façons masculine, classiqueb bataille / taille / entaille féminine, classiquea eux / yeux / deux masculine, classiqueb patrie / chérie / crie féminine, classiquea maternelle / elle / aile féminine, classiqueb mort / fort / effort masculine, classiquea galon / Toulon / long masculine, classiqueb d’apôtre / l’autre / nôtre féminine, classiquea d’enfance / France / souffrance féminine, classiqueb Maman / alternativement / tourment masculine, classiquea veuve / l’abreuve / neuve féminine, classiqueb petits / partis / gentils masculine, classiquea plat / cela / temps-là masculine, classiqueb bitume / posthume / costume féminine, classiquea leur / sœur / cœur masculine, classiqueb métamorphoses / roses / choses féminine, non classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.5

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources