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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Souffles de tempête, 1918· VI Prophétiques

Ténèbres

Lucie Delarue-Mardrus· 14 quatrains, alexandrins et octosyllabes, 56 vers

Des lamentations‖ pieuses et célèbresRemplissaient cette église‖ où pendait maint pli noirD’un archaïque désespoir,Et l’impie était là,‖ chantant aussi Ténèbres.

Fou de vivre, mon cœur‖ a des cris plus vaillants ;Mais si je sanglotais,‖ la tête dans ma paume,C’est à cause de vous, croyantsQui n’avez pas compris‖ ce qu’est votre royaume.

Je pleurais parce que,‖ faibles, mesquins, mal nés,Vous vivez bassement,‖ sans regard vers l’issue.Chrétiens, humanité déçue,Pouvez-vous n’avoir pas‖ des yeux illuminés ?

Vous osez donc encor‖ sentir votre souffrance,Alors que Dieu s’est mis‖ en croix pour la guérir ?Vos pleurs n’auraient-ils pu tarirAlors qu’on vous donnait‖ la plus ivre espérance ?

Vous êtes plus méchants‖ et plus tristes que nousQui ne caressons pas‖ vos sublimes chimères,Et vos faces restent amères,Vous qui pouvez prier‖ et croire à deux genoux !

Après la passion‖ en vous a promis Pâques.Pourtant la joie en vous‖ ne ressuscite pas.Chrétiens, comme vos fronts sont bas !Futurs corps glorieux,‖ que vos cœurs sont opaques !

Avec de tels ferments‖ déposés dans ce cœur,Pourquoi n’êtes-vous pas‖ dès ici-bas l’élite ?Ah ! De quel flamboyant bonheurVivrait, si j’étais vous,‖ mon âme carmélite !

Nous qui n’aimons, prions,‖ voulons que la beauté,Quelque soit le sommet‖ où sa tour est bâtie,Nous goûtons la divinitéPlus que vous qui baisez‖ bouche à bouche l’hostie.

Vous n’avez, on dirait,‖ ni d’espoirs ni d’effrois.Or votre Éternel dit‖ à ceux de votre souche :« Vous qui n’êtes ni chauds ni froids,Voici que je voudrais‖ vous vomir de ma bouche ! »

Vous allez vers le ciel‖ comme vers le néant !Pourquoi ne voit-on pas,‖ si vous êtes l’Église,Joyeux, chantant, prêchant, béant,Vivre en chacun de vous‖ un saint François d’Assise ?

Jésus a soif ! Et vous,‖ vous lui donnez cela !Le vinaigre et le fiel‖ sont toujours sur ses lèvres.Vos soifs à vous sont donc si mièvresQue vous vous détournez‖ en buvant l’Au-delà ?

Jésus a dit : « Il faut‖ pour ceux-là que je meure ! »Et vos jours sont restés‖ plus sombres que des nuits.Ployés sous vos aigres ennuis,Vous n’êtes pas la race‖ ivre et supérieure.

Après l’enseignement,‖ après la Passion,Vous n’êtes pas heureux…‖ Ah ! Ténèbres ! Ténèbres !…Le feu qui court dans mes vertèbresS’éteint, chrétiens, parmi‖ votre consomption.

C’est ainsi ! L’incroyante‖ est pleine de scandale,O vous, fades pleureurs‖ à qui tout fut donné,Et demande au ciel de tonnerPour vous détruire à tout‖ jamais, engeance pâle !

Paris, avril 1914

Versification

Forme
14 quatrains (strophes variées)
Rimes
9(abba) 5(abab)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (42 de 12, 14 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a célèbres / Ténèbres féminine, classiqueb noir / désespoir masculine, classiquea vaillants / croyants masculine, classiqueb paume / royaume féminine, classiquea nés / illuminés masculine, classiqueb l’issue / déçue féminine, classiquea souffrance / espérance féminine, classiqueb guérir / tarir masculine, classiquea nous / genoux masculine, classiqueb chimères / amères féminine, classiquea Pâques / opaques féminine, classiqueb pas / bas masculine, classiquea cœur / bonheur masculine, classiqueb l’élite / carmélite féminine, classiquea beauté / divinité masculine, classiqueb bâtie / l’hostie féminine, classiquea d’effrois / froids masculine, classiqueb souche / bouche féminine, classiquea néant / béant masculine, classiqueb l’Église / d’Assise féminine, classiquea cela / l’Au-delà masculine, classiqueb lèvres / mièvres féminine, classiquea meure / supérieure féminine, classiqueb nuits / ennuis masculine, classiquea Passion / consomption masculine, classiqueb Ténèbres / vertèbres féminine, classiquea scandale / pâle féminine, classiqueb donné / tonner masculine, non classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources