Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’Homme des champs, 1800

Premier chant

Jacques Delille· distiques, alexandrins, 786 vers

Boileau jadis a pu,‖ d’une imposante voix,Dicter de l’art des vers‖ les rigoureuses lois ;Le chantre de Mantoue‖ a pu des champs docilesHâter les dons tardifs‖ par des leçons utiles :Mais quoi ! L’art de jouir,‖ et de jouir des champs,Se peut-il enseigner ?‖ Non sans doute, et mes chants,Des austères leçons‖ fuyant le ton sauvage,Viennent de la nature‖ offrir la douce image,Inviter les mortels‖ à s’en laisser charmer :Apprendre à la bien voir,‖ c’est apprendre à l’aimer.Inspirez donc mes vers,‖ lieux charmans, doux asiles,Où la vie est plus pure,‖ où les cœurs, plus tranquilles,Ne se reprochent point‖ le plaisir qu’ils ont eu !Qui fait aimer les champs,‖ fait aimer la vertu :Ce sont les vrais plaisirs,‖ les vrais biens que je chante.

Mais peu savent goûter‖ leur volupté touchante :Pour les bien savourer,‖ c’est trop peu que des sens ;Il faut une âme pure‖ et des goûts innocens.Toutefois n’allons pas,‖ déclamateurs stériles,Affliger de conseils‖ tristement inutilesNos riches d’autrefois,‖ nos pauvres Lucullus,Errans sur les débris‖ d’un luxe qui n’est plus :On a trop parmi nous‖ réformé l’opulence !Mais je ne parle pas‖ seulement à la France ;Ainsi que tous les temps,‖ j’embrasse tous les lieux.

Ô vous qui dans les champs‖ prétendez vivre heureux,N’offrez qu’un encens pur‖ aux déités champêtres.Héritier corrompu‖ de ses simples ancêtres,Ce riche qui, d’avance‖ usant tous ses plaisirs,Ainsi que son argent‖ tourmente ses désirs,S’écrie à son lever :‖« que la ville m’ennuie !« Volons aux champs ; c’est là‖ qu’on jouit de la vie,« Qu’on est heureux. » il part,‖ vole, arrive ; l’ennuiLe reçoit à la grille,‖ et se traîne avec lui.À peine il a de l’œil‖ parcouru son parterre,Et son nouveau kiosk,‖ et sa nouvelle serre ;Les relais sont mandés :‖ lassé de son château,Il part, et court bâiller‖ à l’opéra nouveau.Ainsi, changeant toujours‖ de dégoûts et d’asile,Il accuse les champs,‖ il accuse la ville ;Tous deux sont innocens,‖ le tort est à son cœur :Un vase impur aigrit‖ la plus douce liqueur.

Le doux plaisir des champs‖ fuit une pompe vaine :L’orgueil produit le faste,‖ et le faste la gêne.Tel est l’homme ; il corrompt‖ et dénature tout.Qu’au milieu des cités‖ son superbe dégoûtAit transporté les bois,‖ les fleurs et la verdure ;Je lui pardonne encor :‖ j’aime à voir la nature,Toujours chassée en vain,‖ vengeant toujours ses droits,Rentrer à force d’art‖ chez les grands et les rois.Mais je vois en pitié‖ le Crésus imbécilleQui jusque dans les champs‖ me transporte la ville :Avec pompe on le couche,‖ on l’habille, on le sert ;Et Mondor au village‖ est à son grand couvert.

Bien plus à plaindre encor‖ les jeunes témérairesQui, lassés tout à coup‖ du manoir de leurs pères,Vont sur le grand théâtre,‖ ennuyés à grands frais,Transporter leurs champarts,‖ leurs moulins, leurs forêts ;Des puissances du jour‖ assiégent la demeure,Pour qu’un regard distrait‖ en passant les effleure,Ou que par l’homme en place‖ un mot dit de côtéD’un faux air de crédit‖ flatte leur vanité.Malheureux qui bientôt‖ reviendront, moins superbes,Et vendanger leur vigne‖ et recueillir leurs gerbes,Et sauront qu’il vaut mieux,‖ sous leurs humbles lambris,Vivre heureux au hameau‖ qu’intrigant à Paris.

Et vous qui de la cour‖ affrontez les tempêtes,Qu’ont de commun les champs‖ et le trouble où vous êtes ?Vous y paroissez peu ;‖ c’est un gîte étranger,De votre inquiétude‖ hospice passager.Qu’un jour vous gémirez‖ de vos erreurs cruelles !Les flatteurs sont ingrats :‖ vos arbres sont fidèles,Sont des hôtes plus sûrs,‖ de plus discrets amis,Et tiennent beaucoup mieux‖ tout ce qu’ils ont promis.

Désertant des cités‖ la foule solitaire,D’avance venez donc‖ apprendre à vous y plaire.Cultivez vos jardins,‖ volez quelques instansAux projets des cités,‖ pour vos projets des champs ;Et si vous n’aimez point‖ la campagne en vrai sage,La vanité du moins‖ chérira son ouvrage.

Cependant, pour charmer‖ ces champêtres loisirs,La plus belle retraite‖ a besoin de plaisirs.Choisissons ; mais d’abord‖ n’ayons pas la folieDe transporter aux champs‖ Melpomène et Thalie :Non qu’au séjour des grands‖ j’interdise ces jeux,Cette pompe convient‖ à leurs châteaux pompeux ;Mais sous nos humbles toits‖ ces scènes théâtralesGâtent le doux plaisir‖ des scènes pastorales.Avec l’art des cités‖ arrive leur vain bruit ;L’étalage se montre,‖ et la gaîté s’enfuit.Puis, quelquefois les mœurs‖ se sentent des coulisses,Et souvent le boudoir‖ y choisit ses actrices.Joignez-y ce tracas‖ de sotte vanité,Et les haines naissant‖ de la rivalité :C’est à qui sera jeune,‖ amant, prince ou princesse ;Et la troupe est souvent‖ un beau sujet de pièce.Vous dirai-je l’oubli‖ de soins plus importans,Les devoirs immolés‖ à de vains passe-temps ?Tel néglige ses fils‖ pour mieux jouer les pères ;Je vois une Mérope,‖ et ne vois point de mères :L’homme fait place au mime,‖ et le sage au bouffon.Néron, bourreau de Rome,‖ en étoit l’histrion :Tant l’homme se corrompt‖ alors qu’il se déplace !Laissez donc à Molé,‖ cet acteur plein de grâce,Aux Fleuris, aux Sainvals,‖ ces artistes chéris,L’art d’embellir la scène‖ et de charmer Paris ;Charmer est leur devoir :‖ vous, pour qu’on vous estime,Soyez l’homme des champs ;‖ votre rôle est sublime.

Et quel charme touchant‖ ne promettent-ils pasÀ des yeux exercés,‖ à des sens délicats !Insensible habitant‖ des champêtres demeures,Sans distinguer les lieux,‖ les saisons et les heures,Le vulgaire au hasard‖ jouit de leur beauté :Le sage veut choisir.‖ Tantôt la nouveautéEmbellit les objets ;‖ tantôt leur déclin mêmeAux objets fugitifs‖ prête un charme qu’on aime :Le cœur vole au plaisir‖ que l’instant a produit,Et cherche à retenir‖ le plaisir qui s’enfuit.Ainsi l’âme jouit,‖ soit qu’une fraîche auroreDonne la vie aux fleurs‖ qui s’empressent d’éclore,Soit que l’astre du monde,‖ en achevant son tour,Jette languissamment‖ les restes d’un beau jour.Tel, quand des fiers combats‖ Homère se repose,Il aime à colorer‖ l’aurore aux doigts de rose :Tel le brillant Lorrain,‖ de son pinceau touchant,Souvent dore un beau ciel‖ des rayons du couchant.

Étudiez aussi‖ les momens de l’année :L’année a son aurore,‖ ainsi que la journée.Ah ! Malheureux qui perd‖ un spectacle si beau !Le jeune papillon,‖ échappé du tombeau,Qui sur les fruits naissans,‖ qui sur les fleurs nouvelles,S’envole frais, brillant,‖ épanoui comme elles,Jouit moins au sortir‖ de sa triste prison,Que le sage au retour‖ de la belle saison.Adieu des paravents‖ l’ennuyeuse clôture,Adieu livres poudreux,‖ adieu froide lecture !Du grand livre des champs‖ les trésors sont ouverts :Partons, que les beaux lieux‖ me rendent les beaux vers !

Si des beaux jours naissans‖ on chérit les prémices,Les beaux jours expirans‖ ont aussi leurs délices ;Dans l’automne, ces bois,‖ ces soleils pâlissans,Intéressent notre âme,‖ en attristant nos sens :Le printemps nous inspire‖ une aimable folie ;L’automne, les douceurs‖ de la mélancolie.On revoit les beaux jours‖ avec ce vif transportQu’inspire un tendre ami‖ dont on pleuroit la mort :Leur départ, quoique triste,‖ à jouir nous invite ;Ce sont les doux adieux‖ d’un ami qui nous quitte ;Chaque instant qu’il accorde‖ on aime à le saisir,Et le regret lui-même‖ augmente le plaisir.

Majestueux été,‖ pardonne à mon silence !J’admire ton éclat,‖ mais crains ta violence,Et je n’aime à te voir‖ qu’en de plus doux instans,Avec l’air de l’automne,‖ ou les traits du printemps.Que dis-je ? Ah ! Si tes jours‖ fatiguent la nature,Que tes nuits ont de charme,‖ et quelle fraîcheur pureVient remplacer des cieux‖ le brûlant appareil !Combien l’œil, fatigué‖ des pompes du soleil,Aime à voir de la nuit‖ la modeste courrièreRevêtir mollement‖ de sa pâle lumière,Et le sein des vallons,‖ et le front des coteaux ;Se glisser dans les bois,‖ et trembler dans les eaux !

L’hiver, je l’avoûrai,‖ je suis l’ami des villes :Là des charmes ravis‖ aux campagnes fertiles,Grâce au pinceau flatteur,‖ aux sons harmonieux,L’image frappe encor‖ mon oreille et mes yeux ;Et j’aime à comparer,‖ dans ce portrait fidèle,Le peintre à la nature‖ et l’image au modèle.Si pourtant dans les champs‖ l’hiver retient mes pas,L’hiver a ses beautés.‖ Que j’aime et des frimatsL’éclatante blancheur,‖ et la glace brillante,En lustres azurés‖ à ces roches pendante !Et quel plaisir encor,‖ lorsqu’échappé dans l’airUn rayon du printemps‖ vient embellir l’hiver,Et, tel qu’un doux souris‖ qui naît parmi des larmes,À la campagne en deuil‖ rend un moment ses charmes !Qu’on goûte avec transport‖ cette faveur des cieux !Quel beau jour peut valoir‖ ce rayon précieux,Qui, du moins un moment,‖ console la nature !Et si mon œil rencontre‖ un reste de verdureDans les champs dépouillés,‖ combien j’aime à le voir !Aux plus doux souvenirs‖ il mêle un doux espoir,Et je jouis, malgré‖ la froidure cruelle,Des beaux jours qu’il promet,‖ des beaux jours qu’il rappelle.Le ciel devient-il sombre ?‖ Eh bien ! Dans ce salon,Près d’un chêne brûlant,‖ j’insulte à l’aquilon.Dans cette chaude enceinte,‖ avec goût éclairée,Mille doux passe-temps‖ abrègent la soirée.J’entends ce jeu bruyant‖ où, le cornet en main,L’adroit joueur calcule‖ un hasard incertain.Chacun sur le damier‖ fixe, d’un œil avide,Les cases, les couleurs,‖ et le plein et le vide :Les disques noirs et blancs‖ volent du blanc au noir ;Leur pile croît, décroît.‖ Par la crainte et l’espoirBattu, chassé, repris,‖ de sa prison sonoreLe dez avec fracas‖ part, rentre, part encore ;Il court, roule, s’abat :‖ le nombre a prononcé.Plus loin, dans ses calculs‖ gravement enfoncé,Un couple sérieux‖ qu’avec fureur possèdeL’amour du jeu rêveur‖ qu’inventa Palamède,Sur des carrés égaux,‖ différens de couleur,Combattant sans danger,‖ mais non pas sans chaleur,Par cent détours savans‖ conduit à la victoireSes bataillons d’ébène‖ et ses soldats d’ivoire.Long-temps des camps rivaux‖ le succès est égal :Enfin l’heureux vainqueur‖ donne l’échec fatal,Se lève, et du vaincu‖ proclame la défaite.L’autre reste atterré‖ dans sa douleur muette,Et, du terrible mat‖ à regret convaincu,Regarde encor long-temps‖ le coup qui l’a vaincu.Ailleurs c’est le piquet‖ des graves douairières,Le lotto du grand-oncle,‖ et le wisk des grand-pères.Là, sur un tapis vert,‖ un essaim étourdiPousse contre l’ivoire‖ un ivoire arrondi ;La blouse le reçoit.‖ Mais l’heure de la tableDésarme les joueurs ;‖ un flacon délectableVerse avec son nectar‖ les aimables propos,Et, comme son bouchon,‖ fait partir les bons mots.On se lève, on reprend‖ sa lecture ordinaire,On relit tout Racine,‖ on choisit dans Voltaire.Tantôt un bon roman‖ charme le coin du feu :Hélas ! Et quelquefois‖ un bel esprit du lieuTire un traître papier ;‖ il lit, l’ennui circule.L’un admire en bâillant‖ l’assommant opuscule,Et d’un sommeil bien franc‖ l’autre dormant tout hautAux battemens de mains‖ se réveille en sursaut.On rit ; on se remet‖ de la triste lecture ;On tourne un madrigal,‖ on conte une aventure.Le lendemain promet‖ des plaisirs non moins doux,Et la gaîté revient,‖ exacte au rendez-vous.Ainsi dans l’hiver même‖ on connoît l’allégresse.Ce n’est plus ce dieu sombre,‖ amant de la tristesse ;C’est un riant vieillard,‖ qui sous le faix des ansConnoît encor la joie,‖ et plaît en cheveux blancs.

En tableaux variés‖ les beaux jours plus fertilesOnt des plaisirs plus vifs,‖ des scènes moins tranquilles.Eh ! Qui de ses loisirs‖ peut mettre alors l’espoirDans ces tristes cartons‖ peints de rouge et de noir ?L’homme veut des plaisirs ;‖ mais leurs pures délicesOnt besoin de santé,‖ la santé d’exercices.Laissez donc à l’hiver,‖ laissez à la cité,Tous ces jeux où la sombre‖ et morne oisiveté,Pour assoupir l’ennui‖ réveillant l’avarice,Se plaît dans un tourment‖ et s’amuse d’un vice.Loin ces tristes tapis !‖ L’air, l’onde et les forêtsDe leurs jeux innocens‖ vous offrent les attraits,Et la guerre des bois,‖ et les piéges des ondes.Compagne des Silvains,‖ des nymphes vagabondes,Muse, viens, conduis-moi‖ dans leurs sentiers déserts :Le spectacle des champs‖ dicta les premiers vers.

Sous ces saules touffus,‖ dont le feuillage sombreÀ la fraîcheur de l’eau‖ joint la fraîcheur de l’ombre,Le pêcheur patient‖ prend son poste sans bruit,Tient sa ligne tremblante,‖ et sur l’onde la suit.Penché, l’œil immobile,‖ il observe avec joieLe liége qui s’enfonce‖ et le roseau qui ploie.Quel imprudent, surpris‖ au piége inattendu,À l’hameçon fatal‖ demeure suspendu ?Est-ce la truite agile,‖ ou la carpe dorée,Ou la perche étalant‖ sa nageoire pourprée ;Ou l’anguille argentée,‖ errante en longs anneaux ;Ou le brochet glouton,‖ qui dépeuple les eaux ?

Aux habitans de l’air‖ faut-il livrer la guerre ?Le chasseur prend son tube,‖ image du tonnerre ;Il l’élève au niveau‖ de l’œil qui le conduit ;Le coup part, l’éclair brille,‖ et la foudre le suit.Quels oiseaux va percer‖ la grêle meurtrière ?C’est le vanneau plaintif,‖ errant sur la bruyère :C’est toi, jeune alouette,‖ habitante des airs !Tu meurs en préludant‖ à tes tendres concerts.

Mais pourquoi célébrer‖ cette lâche victoire,Ces triomphes sans fruits‖ et ces combats sans gloire ?Ô muse, qui souvent,‖ d’une si douce voix,Imploras la pitié‖ pour les chantres des bois,Ah ! Dévoue à la mort‖ l’animal dont la têtePrésente à notre bras‖ une digne conquête,L’ennemi des troupeaux,‖ l’ennemi des moissons.Mais quoi ! Du cor bruyant‖ j’entends déjà les sons ;L’ardent coursier déjà‖ sent tressaillir ses veines,Bat du pied, mord le frein,‖ sollicite les rênes.À ces apprêts de guerre,‖ au bruit des combattans,Le cerf frémit, s’étonne‖ et balance long-temps.Doit-il loin des chasseurs‖ prendre son vol rapide ?Doit-il leur opposer‖ son audace intrépide ?De son front menaçant‖ ou de ses pieds légers,À qui se fîra-t-il‖ dans ces pressans dangers ?Il hésite long-temps :‖ la peur enfin l’emporte ;Il part, il court, il vole :‖ un moment le transporteBien loin de la forêt,‖ et des chiens et du cor.Le coursier, libre enfin,‖ s’élance et prend l’essor ;Sur lui l’ardent chasseur‖ part comme la tempête,Se penche sur ses crins,‖ se suspend sur sa tête.Il perce les taillis,‖ il rase les sillons,Et la terre sous lui‖ roule en noirs tourbillons.

Cependant le cerf vole,‖ et les chiens sur sa voieSuivent ces corps légers‖ que le vent leur envoie ;Partout où sont ses pas‖ sur le sable imprimés,Ils attachent sur eux‖ leurs naseaux enflammés ;Alors le cerf tremblant,‖ de son pied, qui les guide,Maudit l’odeur traîtresse‖ et l’empreinte perfide.Poursuivi, fugitif,‖ entouré d’ennemis,Enfin dans son malheur‖ il songe à ses amis.Jadis de la forêt‖ dominateur superbe,S’il rencontre des cerfs‖ errans en paix sur l’herbe,Il vient au milieu d’eux,‖ humiliant son front,Leur confier sa vie‖ et cacher son affront.Mais, hélas ! Chacun fuit‖ sa présence importuneEt la contagion‖ de sa triste fortune :Tel un flatteur délaisse‖ un prince infortuné.Banni par eux, il fuit,‖ il erre abandonné.Il revoit ces grands bois,‖ si chers à sa mémoire,Où cent fois il goûta‖ les plaisirs et la gloire,Quand les bois, les rochers,‖ les antres d’alentourRépondoient à ses cris‖ et de guerre et d’amour,Et qu’en sultan superbe‖ à ses jeunes maîtressesSa noble volupté‖ partageoit ses caresses.Honneur, empire, amour,‖ tout est perdu pour lui.C’est en vain qu’à ses maux‖ prêtant un noble appui,D’un cerf tout jeune encor‖ la confiante audaceSuccède à ses dangers‖ et s’élance à sa place.Par les chiens vétérans‖ le piége est éventé.Du son lointain des cors‖ bientôt épouvanté,Il part, rase la terre ;‖ ou, vieilli dans la feinte,De ses pas, en sautant,‖ il interrompt l’empreinte ;Ou, tremblant et tapi‖ loin des chemins frayés,Veille et promène au loin‖ ses regards effrayés,S’éloigne, redescend,‖ croise et confond sa route.Quelquefois il s’arrête ;‖ il regarde, il écoute ;Et des chiens, des chasseurs,‖ de l’écho des forêtsDéjà l’affreux concert‖ le frappe de plus près.Il part encor, s’épuise‖ encore en ruses vaines.Mais déjà la terreur‖ court dans toutes ses veines ;Chaque bruit est pour lui‖ l’annonce de son sort,Chaque arbre un ennemi,‖ chaque ennemi la mort.Alors, las de traîner‖ sa course vagabonde,De la terre infidèle‖ il s’élance dans l’onde,Et change d’élément‖ sans changer de destin.Avide et réclamant‖ son barbare festin,Bientôt vole après lui,‖ de sueur dégouttante,Brûlante de fureur‖ et de soif haletante,La meute aux cris aigus,‖ aux yeux étincelans.L’onde à peine suffit‖ à leurs gosiers brûlans :Mais à leur fier instinct‖ d’autres besoins commandent ;C’est de sang qu’ils ont soif,‖ c’est du sang qu’ils demandent.Alors désespéré,‖ sans amis, sans secours,À la fureur enfin‖ sa foiblesse a recours.Hélas ! Pourquoi faut-il‖ qu’en ruses impuissantesLa frayeur ait usé‖ ses forces languissantes ?Et que n’a-t-il plus tôt,‖ écoutant sa valeur,Par un noble combat‖ illustré son malheur ?Mais, enfin, las de perdre‖ une inutile adresse,Terrible, il se ranime,‖ il s’avance, il se dresse,Soutient seul mille assauts ;‖ son généreux courrouxRéserve aux plus vaillans‖ ses plus terribles coups.Sur lui seul à la fois‖ tous ses ennemis fondent ;Leurs morsures, leurs cris,‖ leur rage se confondent.Il lutte, il frappe encore :‖ efforts infructueux !Hélas ! Que lui servit‖ son port majestueux,Et sa taille élégante‖ et ses rameaux superbes,Et ses pieds qui voloient‖ sur la pointe des herbes ?Il chancelle, il succombe,‖ et deux ruisseaux de pleursDe ses assassins même‖ attendrissent les cœurs.

Permettez-vous ces jeux‖ sans en être idolâtre :N’imitez point ce fou,‖ chasseur opiniâtre,Qui ne parle jamais‖ que meute, que chevaux ;Qui croiroit avilir‖ l’honneur de ses châteaux,Si de cinquante cerfs‖ les cornes menaçantesN’ornoient pompeusement‖ ses portes triomphantes ;Vous conte longuement‖ sa chasse, ses exploits,Et met, comme le cerf,‖ l’auditeur aux abois.

Êtes-vous de retour‖ sous vos lambris tranquilles ?Là des jeux moins bruyans,‖ des plaisirs plus utiles,Vous attendent encore.‖ Aux délices des champsAssociez les arts‖ et leurs plaisirs touchans.Beaux arts ! Eh, dans quel lieu‖ n’avez-vous droit de plaire ?Est-il à votre joie‖ une joie étrangère ?Non ; le sage vous doit‖ ses momens les plus doux :Il s’endort dans vos bras ;‖ il s’éveille pour vous.Que dis-je ? Autour de lui‖ tandis que tout sommeille,La lampe inspiratrice‖ éclaire encor sa veille.Vous consolez ses maux,‖ vous parez son bonheur ;Vous êtes ses trésors,‖ vous êtes son honneur,L’amour de ses beaux ans,‖ l’espoir de son vieil âge,Ses compagnons des champs,‖ ses amis de voyage ;Et de paix, de vertus,‖ d’études entouré,L’exil même avec vous‖ est un abri sacré.Tel l’orateur romain,‖ dans les bois de Tuscule,Oublioit Rome ingrate ;‖ ou tel, son digne émule,Dans Frênes, Daguesseau‖ goûtoit tranquillementD’un repos occupé‖ le doux recueillement :Tels, de leur noble exil‖ tous deux charmoient les peines.Malheur aux esprits durs,‖ malheur aux âmes vainesQui dédaignent les arts‖ au temps de leur faveur !Les beaux arts à leur tour,‖ dans les temps du malheur,Les livrent sans ressource‖ à leur vile infortune.Mais avec leurs amis‖ ils font prison commune,Les suivent dans les champs,‖ et, payant leur amour,Consolent leur exil‖ et chantent leur retour.

Mais c’est peu des beaux lieux,‖ des beaux jours, de l’étude,Je veux que l’amitié,‖ peuplant ma solitude,Me donne ses plaisirs‖ et partage les miens.Ô jours de ma jeunesse !‖ Hélas ! Je m’en souviens,Épris de la campagne‖ et l’aimant en poëte,Je ne lui demandois‖ qu’un désert pour retraite,Pour compagnons, des bois,‖ des oiseaux et des fleurs.Je l’aimois, je l’aimois‖ jusque dans ses horreurs :J’aimois à voir les bois,‖ battus par les tempêtes,Abaisser tour à tour‖ et redresser leurs têtes ;J’allois sur les frimats‖ graver mes pas errans,Et de loin j’écoutois‖ la course des torrens.Mais tout passe ; aujourd’hui‖ qu’un sang moins vif m’enflamme,Que les besoins des sens‖ font place à ceux de l’âme,S’il est long-temps désert,‖ le plus aimable lieuNe me plaît pas long-temps ;‖ les arbres parlent peu,Dit le bon Lafontaine,‖ et ce qu’un bois m’inspire,Je veux à mes côtés‖ trouver à qui le dire.

Ainsi, fermant la porte‖ au sot qui de ParisS’en vient tuer le temps,‖ la joie et vos perdrix,De ceux qu’unit à vous‖ une amitié sincèrePréparez, décorez‖ la chambre hospitalière.Ce sont de vieux voisins,‖ des proches, des enfans,Qui visitent des lieux‖ chers à leurs premiers ans :C’est un père adoré‖ qui vient, dans sa vieillesse,Reconnoître les bois‖ qu’a plantés sa jeunesse ;La ferme à son aspect‖ semble se réjouir,Les bosquets s’égayer,‖ les fleurs s’épanouir.Tantôt c’est votre ami,‖ votre ami de l’enfance,Qui de vos simples goûts‖ partage l’innocence.Chacun retrouve là‖ ses passe-temps chéris,Son meuble accoutumé,‖ ses livres favoris.Tantôt Robert arrive,‖ et ses riches imagesDoublent, en les peignant,‖ vos plus beaux paysages ;Et tantôt son pinceau,‖ dans de plus doux portraits,De ceux que vous aimez‖ vous reproduit les traits.Ainsi, plein des objets‖ que votre cœur adore,De vos amis absens‖ vous jouissez encore.

Ces lieux, chers aux vivans,‖ sont aussi chers aux morts.Qui vous empêchera‖ de placer sur ces bords,Près d’un ruisseau plaintif,‖ sous un saule qui pleure,D’un ami regretté‖ la dernière demeure ?Est-il un lieu plus propre‖ à ce doux monument,Où des mânes chéris‖ dorment plus mollement ?Du bon helvétien‖ qui ne connoît l’usage ?Près d’une eau murmurante,‖ au fond d’un vert bocage,Il place les tombeaux ;‖ il les couvre de fleurs :Par leur douce culture‖ il charme ses douleurs,Et pense respirer,‖ quand sa main les arrose,L’âme de son ami‖ dans l’odeur d’une rose.

Ne pouvez-vous encore‖ y consacrer les traitsDe ceux par qui fleurit‖ l’art fécond de Cerès ?Pouvez-vous à Berghem‖ refuser un asile,Un marbre à Théocrite,‖ un bosquet à Virgile ?Hélas ! Je n’ai point droit‖ d’avoir place auprès d’eux ;Mais si de l’art des vers‖ quelque ami généreuxDaigne un jour m’accorder‖ de modestes hommages,Ah ! Qu’il ne place pas‖ le chantre des bocagesDans le fracas des cours‖ ou le bruit des cités.Vallons que j’ai chéris,‖ coteaux que j’ai chantés,Souffrez que parmi vous‖ ce monument repose ;Qu’un peuplier le couvre‖ et qu’un ruisseau l’arrose !Mes vœux sont exaucés :‖ du sein de leur reposUn essaim glorieux‖ de belles, de héros,Qui, successeurs polis‖ des sarmates sauvages,De l’antique Vistule‖ honorent les rivages,Auprès de Saint-Lambert,‖ de Pope, de Thompson,Offre dans ses jardins‖ une place à mon nom.Que dis-je ? Tant d’honneur‖ n’est pas fait pour ma muse ;La gloire de ces noms‖ du mien seroit confuse.Mais, si dans un bosquet‖ obscur et retiréIl est un coin désert,‖ un réduit ignoré,Au-dessous de Gessner,‖ et bien loin de Virgile,Hôtes de ces beaux lieux,‖ gardez-moi cet asile.Content, je vous verrai,‖ dans vos rians vallons,De l’art que je chantai‖ pratiquer les leçons,Enrichir vos hameaux,‖ parer leur solitude,Des partis turbulens‖ calmer l’inquiétude.Heureux si quelquefois,‖ sous vos ombrages verts,L’écho redit mon nom,‖ mon hommage et mes vers !

Mais, ne l’oublions pas,‖ à la ville, au village,Le bonheur le plus doux‖ est celui qu’on partage.Heureux ou malheureux,‖ l’homme a besoin d’autrui ;Il ne vit qu’à moitié,‖ s’il ne vit que pour lui.Vous donc à qui des champs‖ la joie est étrangère,Ah ! Faites-y le bien,‖ et les champs vont vous plaire.Le bonheur dans les champs‖ a besoin de bonté.Tout se perd dans le bruit‖ d’une vaste cité ;Mais au sein des hameaux‖ le château, la chaumière,Et l’oisive opulence‖ et l’active misère,Nous offrent de plus près‖ leur contraste affligeant,Et contre l’homme heureux‖ soulèvent l’indigent.Alors vient la bonté‖ qui désarme l’envie,Rend ses droits au malheur,‖ l’équilibre à la vie,Corrige les saisons,‖ laisse à l’infortunéQuelques épis du champ‖ par ses mains sillonné,Comble enfin par ses dons‖ cet utile intervalleQue met entre les rangs‖ la fortune inégale.

Et ! Dans quels lieux le ciel,‖ mieux qu’au séjour des champs,Nous instruit-il d’exemple‖ aux généreux penchans ?De bienfaits mutuels‖ voyez vivre le monde.Ce champ nourrit le bœuf,‖ et le bœuf le féconde ;L’arbre suce la terre,‖ et ses rameaux flétrisÀ leur sol maternel‖ vont mêler leurs débris ;Les monts rendent leurs eaux‖ à la terre arrosée ;L’onde rafraîchit l’air,‖ l’air s’épanche en rosée :Tout donne et tout reçoit,‖ tout jouit et tout sert.Les cœurs durs troublent seuls‖ ce sublime concert.

L’un, si du dé fatal‖ la chance fut perfide,Parcourt tout son domaine‖ en exacteur avide ;Sans sécher une larme‖ épuisant son trésor,L’autre, comme d’un poids,‖ se défait de son or.Quoi, ton or t’importune ?‖ ô richesse impudente !Pourquoi donc près de toi‖ cette veuve indigente,Ces enfans dans leur fleur‖ desséchés par la faim,Et ces filles sans dot,‖ et ces vieillards sans pain ?

Oh ! D’un simple hameau‖ si le ciel m’eût fait maître,Je saurois en jouir :‖ heureux, digne de l’être,Je voudrois m’entourer‖ de fleurs, de riches plants,De beaux fruits, et surtout‖ de visages rians ;Et je ne voudrois pas,‖ qu’attristant ma fortune,La faim vînt m’étaler‖ sa pâleur importune.Mais je hais l’homme oisif :‖ la bêche, les rateaux,Le soc, tout l’arsenal‖ des rustiques travaux,Attendroient l’indigent,‖ sûr d’un juste salaire,Et chez moi le travail‖ banniroit la misère.

C’est peu : des maux cruels‖ troublent souvent ses jours ;Aux douleurs, au vieil âge‖ assurez des secours.Dans les appartemens‖ du logis le moins vasteQu’il en soit un où l’art,‖ avec ordre et sans faste,Arrange le dépôt‖ des remèdes diversÀ ses infirmités‖ incessamment offerts.L’oisif, de qui l’ennui‖ vient vous rendre visite,Loûra plus volontiers,‖ de sa voix parasite,Vos glaces, vos tapis,‖ votre salon doré ;Mais pour tous les bons cœurs‖ ce lieu sera sacré.Souvent à vos bienfaits‖ joignez votre présence ;Votre aspect consolant‖ doublera leur puissance.Menez-y vos enfans ;‖ qu’ils viennent sans témoinOffrir leur don timide‖ au timide besoin ;Que surtout votre fille,‖ amenant sur vos tracesLa touchante pudeur,‖ la première des grâces,Y fasse en rougissant‖ l’essai de la bonté,Par qui tout s’embellit‖ jusques à la beauté.Ainsi, comme vos traits,‖ leurs mœurs sont votre image ;Votre exemple est leur dot,‖ leurs vertus votre ouvrage,Cœurs durs, qui payez cher‖ de fastueux dégoûts,Ah ! Voyez ces plaisirs,‖ et soyez-en jaloux.

L’homme le plus obscur,‖ quelquefois, sous le chaumeGouverne en son idée‖ une ville, un royaume.Moi jamais, dans l’erreur‖ de mes illusions,Je n’aspire à régler‖ le sort des nations :Me formant du bonheur‖ une plus humble image,Quelquefois je m’amuse‖ à régler un village ;Je m’établis le chef‖ de ces petits états.Mais à mes propres soins‖ je ne me borne pas ;Au bon gouvernement‖ de ce modeste empireJe veux que du hameau‖ chaque pouvoir conspire.Ô vous pour qui j’écris‖ le code des hameaux,Souffrez que mes leçons‖ se changent en tableaux.

Voyez-vous ce modeste‖ et pieux presbytère ?Là vit l’homme de Dieu,‖ dont le saint ministèreDu peuple réuni‖ présente au ciel les vœux,Ouvre sur le hameau‖ tous les trésors des cieux,Soulage le malheur,‖ consacre l’hyménée,Bénit et les moissons‖ et les fruits de l’année,Enseigne la vertu,‖ reçoit l’homme au berceau,Le conduit dans la vie,‖ et le suit au tombeau.Je ne choisirai point‖ pour cet emploi sublime,Cet avide intrigant‖ que l’intérêt anime ;Sévère pour autrui,‖ pour lui-même indulgent ;Qui pour un vil profit‖ quitte un temple indigent,Dégrade par son ton‖ la chaire pastorale,Et sur l’esprit du jour‖ compose sa morale.Fidèle à son église,‖ et cher à son troupeau,Le vrai pasteur ressemble‖ à cet antique ormeauQui, des jeux du village‖ ancien dépositaire,Leur a prêté cent ans‖ son ombre héréditaire,Et dont les verts rameaux,‖ de l’âge triomphans,Ont vu mourir le père‖ et naître les enfans.Par ses sages conseils,‖ sa bonté, sa prudence,Il est pour le village‖ une autre providence :Quelle obscure indigence‖ échappe à ses bienfaits ?Dieu seul n’ignore pas‖ les heureux qu’il a faits.Souvent dans ces réduits‖ où le malheur assembleLe besoin, la douleur‖ et le trépas ensemble,Il paroît ; et soudain‖ le mal perd son horreur,Le besoin sa détresse,‖ et la mort sa terreur.Qui prévient le besoin,‖ prévient souvent le crime.Le pauvre le bénit,‖ et le riche l’estime ;Et souvent deux mortels,‖ l’un de l’autre ennemis,S’embrassent à sa table‖ et retournent amis.

Honorez ses travaux.‖ Que son logis antique,Par vous rendu décent‖ et non pas magnifique,Au dedans des vertus‖ renfermant les trésors,D’un air de propreté‖ s’embellisse au dehors :La pauvreté dégrade,‖ et le faste révolte.Partagez avec lui‖ votre riche récolte ;Ornez son sanctuaire‖ et parez son autel.Liguez-vous saintement‖ pour le bien mutuel :Et quel spectacle, ô dieu,‖ vaut celui d’un villageQu’édifie un pasteur,‖ et que console un sage ?Non, Rome subjuguant‖ l’univers abattu,Ne vaut pas un hameau‖ qu’habite la vertu,Où les bienfaits de l’un,‖ de l’autre les prières,Sont les trésors du pauvre‖ et l’espoir des chaumières.

Il est dans le village‖ une autre autorité,C’est des fils du hameau‖ le pédant redouté.Muse, baisse le ton,‖ et sans être grotesque,Peins des fils du hameau‖ le mentor pédantesque.Bientôt j’enseignerai‖ comment un soin prudentPeut de ce grave emploi‖ seconder l’ascendant.

Mais le voici : son port,‖ son air de suffisance,Marquent dans son savoir‖ sa noble confiance.Il sait, le fait est sûr,‖ lire, écrire et compter ;Sait instruire à l’école,‖ au lutrin sait chanter ;Connoît les lunaisons,‖ prophétise l’orage,Et même du latin‖ eut jadis quelque usage.Dans les doctes débats‖ ferme et rempli de cœur,Même après sa défaite‖ il tient tête au vainqueur.Voyez, pour gagner temps,‖ quelles lenteurs savantesProlongent de ses mots‖ les syllabes traînantes !Tout le monde l’admire,‖ et ne peut concevoirQue dans un cerveau seul‖ loge tant de savoir.Du reste, inexorable‖ aux moindres négligences,Tant il a pris à cœur‖ le progrès des sciences,Paroît-il ? Sur son front‖ ténébreux ou sereinLe peuple des enfans‖ croit lire son destin.Il veut, on se sépare ;‖ il fait signe, on s’assemble ;Il s’égaie, et l’on rit ;‖ il se ride, et tout tremble.Il caresse, il menace,‖ il punit, il absout.Même absent, on le craint ;‖ il voit, il entend tout :Un invisible oiseau‖ lui dit tout à l’oreille ;Il sait celui qui rit,‖ qui cause, qui sommeille,Qui néglige sa tâche,‖ et quel doigt polissonD’une adroite boulette‖ a visé son menton.Non loin croît le bouleau‖ dont la verge plianteEst sourde aux cris plaintifs‖ de leur voix suppliante,Qui, dès qu’un vent léger‖ agite ses rameaux,Fait frissonner d’effroi‖ cet essaim de marmots,Plus pâles, plus tremblans‖ encor que son feuillage.Tel, ô doux chanonat,‖ sur ton charmant rivage,J’ai vu, j’ai reconnu,‖ j’ai touché de mes mains,Cet arbre dont s’armoient‖ mes pédans inhumains,Ce saule, mon effroi,‖ mon bienfaiteur peut-être.

Des enfans du hameau‖ tel est le grave maître.En secondant ses soins‖ rendez-le plus soigneux.Rien n’est vil pour le sage ;‖ un sot est dédaigneux.Il faut dans les emplois,‖ quoique l’orgueil en pense,Aux grands la modestie,‖ aux petits l’importance.Encouragez-le donc ;‖ songez que dans ses mainsDu peuple des hameaux‖ reposent les destins,Et, rendant à ses yeux‖ son office honorable,Laissez-le s’estimer‖ pour qu’il soit estimable.

Et quel spectacle encor‖ ne vous offriront pasTous ces groupes d’enfans,‖ leurs courses, leurs ébats !Sans doute on aime à voir‖ la sagesse mûrie,De ses fruits déjà prêts‖ enrichir la patrie :Mais quel sage peut voir‖ sans un attrait flatteurLa vie encor naissante‖ et l’homme encore en fleur ?C’est là que l’homme est lui,‖ que nul art ne déguiseDe ses premiers penchans‖ la naïve franchise.L’un, docile et traitable‖ après le châtiment,Laisse appaiser d’un mot‖ son court ressentiment ;Il essuie en riant‖ une dernière larme ;Un affront l’irritoit,‖ un souris le désarmeEt de son cœur facile‖ obtient un prompt retour.L’autre, ferme en sa haine‖ ainsi qu’en son amour,Tient baissé vers la terre‖ un œil triste et farouche ;Prières, doux propos,‖ présens, rien ne le touche ;Il repousse les dons‖ d’une odieuse main,Et garde obstinément‖ un silence mutin :Tel, décélant déjà‖ son âme magnanime,Jadis Caton enfant‖ fut un boudeur sublime.

Mais l’heure des jeux sonne ;‖ observez-le encorDans ces jeux où l’instinct‖ prend son premier essor.De talens variés‖ quel heureux assemblage !L’un est l’historien,‖ le conteur du village :L’autre, Euclyde nouveau,‖ confie au sol mouvantSes cercles, ses carrés,‖ dont s’amuse le vent.L’un, apprenti Rubens,‖ charbonne la muraille :L’autre, Chevert futur,‖ met sa troupe en bataille.Suivez dans ses essais‖ ce groupe intéressant.Là peut-être à vos yeux‖ rêve un Pascal naissant :Peut-être un successeur‖ des Boileaus, des Molières,Autour du buis tournant‖ fait siffler ses lanières,Dont la muse eût un jour‖ de son terrible versChâtié la sottise‖ et fouetté nos travers :Peut-être qu’un rival‖ des Molés, des Prévilles,Nous peint les sots des champs,‖ qui peindroit ceux des villes.Peut-être enfin un Pope,‖ un Locke, un AddissonN’attend qu’un bienfaiteur‖ de sa jeune raison :Ainsi ce jeune œillet‖ n’attendoit pour écloreQu’un des rayons du jour,‖ qu’un des pleurs de l’aurore.Aujourd’hui, sans songer‖ à son renom futur,Son cœur est satisfait‖ si, lancé d’un bras sûr,Le caillou sous les eaux‖ court, tombe et se relève,Ou si par un bon vent‖ son cerf-volant s’élève.

Dès qu’un heureux hasard‖ vient l’offrir à vos yeux,Hâtez-vous, saisissez‖ ce germe précieux.Cultivés, protégés‖ par vos secours propices,Ces jeunes sauvageons‖ croîtront sous vos auspices :Hâtés par vos bienfaits,‖ leurs fruits seront plus doux,Et leur succès flatteur‖ reviendra jusqu’à vous.

Des préjugés aussi‖ préservez le jeune âge.Naguère des esprits‖ hantoient chaque village ;Tout hameau consultoit‖ son sorcier, son devin ;Tout château renfermoit‖ son spectre, son lutin,Et dans de longs récits‖ la vieillesse conteuseEn troubloit le repos‖ de l’enfance peureuse.Surtout, lorsqu’aux lueurs‖ d’un nocturne flambeauL’heure de la veillée‖ assembloit le hameau,Toujours de revenans‖ quelque effrayante histoireResserroit de frayeur‖ le crédule auditoire.Loin d’eux ces fictions‖ qui sèment la terreur,Filles des préjugés‖ et mères de l’erreur !Ah ! Contons-leur plutôt‖ la bonne moissonneuse,Soigneuse d’oublier‖ l’épi de la glaneuse ;Le bon fils, le bon père,‖ et l’invisible mainQui punit l’homicide‖ et nourrit l’orphelin.

Ainsi vous assurez,‖ bienfaiteur du village,Des secours au vieillard,‖ des leçons au jeune âge.Ce n’est pas tout encor ;‖ que d’heureux passe-tempsDe leurs jours désœuvrés‖ amusent les instans !Hélas qui l’eût pu croire ?‖ Une bonté barbareDe ces jours consolans‖ est devenue avare.Ces jours, leur dites-vous,‖ de stériles loisirs,Ces jours sont au travail‖ volés par les plaisirs.Ainsi votre bonté‖ du repos les dispense,Et l’excès du travail‖ en est la récompense !Hélas ! Au laboureur,‖ à l’utile ouvrier,Dans les jours solennels‖ pouvons-nous envierLe vin et les chansons,‖ le fifre et la musette ;À leur fille l’honneur‖ de sa simple toilette ?Non, laissons-leur du moins,‖ pour prix de leur labeur,Une part à la vie,‖ une part au bonheur.

Vous-même secondez‖ leur naïve allégresse.Déjà je crois en voir‖ la scène enchanteresse.Pour peindre leurs plaisirs‖ et leurs groupes divers,Donnez, ah ! Donnez-moi‖ le pinceau de Teniers.

Là des vieillards buvant‖ content avec délices,L’un ses jeunes amours,‖ l’autre ses vieux services,Et son grade à la guerre,‖ et dans quel grand combatLui seul avec De Saxe‖ il a sauvé l’état.Plus loin, non sans frayeur‖ dans les airs suspendue,Églé monte et descend‖ sur la corde tendue :Zéphir vient se jouer‖ dans ses flottans habits,Et la pudeur craintive‖ en arrange les plis.Ailleurs s’ouvre un long cirque,‖ où des boules rivalesPoursuivent vers le but‖ leurs courses inégales,Et leur fil à la main,‖ des experts à genouxMesurent la distance‖ et décident des coups.Ici, sans employer‖ l’élastique raquette,La main jette la balle‖ et la main la rejette.Là, d’agiles rivaux‖ sentent battre leur cœur ;Tout part, un cri lointain‖ a nommé le vainqueur.Plus loin, un bois roulant‖ de la main qui le guideS’élance, cherche, atteint,‖ dans sa course rapide,Ces cônes alignés,‖ qu’il renverse en son cours,Et qui, toujours tombant,‖ se redressent toujours ;Quelquefois, de leurs rangs‖ parcourant l’intervalle,Il hésite, il prélude‖ à leur chute fatale ;Il les menace tous,‖ aucun n’a succombé ;Enfin il se décide,‖ et le neuf est tombé.Et vous, archers adroits,‖ prenez le trait rapide ;Un pigeon est le but.‖ L’un de l’oiseau timideEffleure le plumage,‖ un autre rompt ses nœuds ;L’autre le suit de l’œil,‖ et l’atteint dans les cieux.L’oiseau tourne dans l’air‖ sur son aile sanglante,Et rapporte, en tombant,‖ la flèche triomphante.Mais c’est auprès du temple,‖ au pied du grand ormeau,Que s’assemble la fleur‖ et l’amour du hameau.L’archet rustique part,‖ chacun choisit sa belle ;On s’enlace, on s’élève,‖ on retombe avec elle.Plus d’un cœur bat, pressé‖ d’une furtive main,Et le folâtre amour‖ prélude au sage hymen.Partout rit le bonheur,‖ partout brille la joie ;L’adresse s’entretient,‖ la vigueur se déploie :Leurs jeux sont innocens,‖ leur plaisir acheté,Et même le repos‖ bannit l’oisiveté.

Vous, charmé de ces jeux,‖ riche de leur aisance,Vous goûtez le bonheur‖ qui suit la bienfaisance.Heureux, vous unissez,‖ dans votre heureux hameau,Le riche à l’indigent,‖ la cabane au château.Vous créez des plaisirs,‖ vous soulagez des peines,Du lien social‖ vous resserrez les chaînes,Et satisfait de tout,‖ et ne regrettant rien,Vous dites comme Dieu :‖ ce que j’ai fait est bien.

Fin du premier chant.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
393((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
43 distiques
Mots à la rime
a voix / lois masculine, classiqueb dociles / utiles féminine, classiquea champs / chants masculine, classiqueb sauvage / image féminine, classiquea charmer / l’aimer masculine, classiqueb asiles / tranquilles féminine, classiquea eu / vertu masculine, classiqueb chante / touchante féminine, classiquea sens / innocens masculine, classiqueb stériles / inutiles féminine, classiquea Lucullus / plus masculine, classiqueb l’opulence / France féminine, classiquea lieux / heureux masculine, classiqueb champêtres / ancêtres féminine, classiquea plaisirs / désirs masculine, classiqueb m’ennuie / vie féminine, classiquea l’ennui / lui masculine, classiqueb parterre / serre féminine, classiquea château / nouveau masculine, classiqueb d’asile / ville féminine, classiquea cœur / liqueur masculine, classiqueb vaine / gêne féminine, classiquea tout / dégoût masculine, classiqueb verdure / nature féminine, classiquea droits / rois masculine, classiqueb imbécille / ville féminine, classiquea sert / couvert masculine, classiqueb téméraires / pères féminine, classiquea frais / forêts masculine, classiqueb demeure / effleure féminine, classiquea côté / vanité masculine, classiqueb superbes / gerbes féminine, classiquea lambris / Paris masculine, classiqueb tempêtes / êtes féminine, classiquea étranger / passager masculine, classiqueb cruelles / fidèles féminine, classiquea amis / promis masculine, classiqueb solitaire / plaire féminine, classiquea instans / champs masculine, classiqueb sage / ouvrage féminine, classiquea loisirs / plaisirs masculine, classiqueb folie / Thalie féminine, classiquea jeux / pompeux masculine, classiqueb théâtrales / pastorales féminine, classiquea bruit / s’enfuit masculine, classiqueb coulisses / actrices féminine, classiquea vanité / rivalité masculine, classiqueb princesse / pièce féminine, classiquea importans / passe-temps masculine, classiqueb pères / mères féminine, classiquea bouffon / l’histrion masculine, classiqueb déplace / grâce féminine, classiquea chéris / Paris masculine, classiqueb estime / sublime féminine, classiquea pas / délicats masculine, classiqueb demeures / heures féminine, classiquea beauté / nouveauté masculine, classiqueb même / aime féminine, classiquea produit / s’enfuit masculine, classiqueb aurore / d’éclore féminine, classiquea tour / jour masculine, classiqueb repose / rose féminine, classiquea touchant / couchant masculine, classiqueb l’année / journée féminine, classiquea beau / tombeau masculine, classiqueb nouvelles / elles féminine, classiquea prison / saison masculine, classiqueb clôture / lecture féminine, classiquea ouverts / vers masculine, classiqueb prémices / délices féminine, classiquea pâlissans / sens masculine, classiqueb folie / mélancolie féminine, classiquea transport / mort masculine, classiqueb invite / quitte féminine, classiquea saisir / plaisir masculine, classiqueb silence / violence féminine, classiquea instans / printemps masculine, classiqueb nature / pure féminine, classiquea appareil / soleil masculine, classiqueb courrière / lumière féminine, classiquea coteaux / eaux masculine, classiqueb villes / fertiles féminine, classiquea harmonieux / yeux masculine, classiqueb fidèle / modèle féminine, classiquea pas / frimats masculine, classiqueb brillante / pendante féminine, classiquea l’air / l’hiver masculine, classiqueb larmes / charmes féminine, classiquea cieux / précieux masculine, classiqueb nature / verdure féminine, classiquea voir / espoir masculine, classiqueb cruelle / rappelle féminine, classiquea salon / l’aquilon masculine, classiqueb éclairée / soirée féminine, classiquea main / incertain masculine, classiqueb avide / vide féminine, classiquea noir / l’espoir masculine, classiqueb sonore / encore féminine, classiquea prononcé / enfoncé masculine, classiqueb possède / Palamède féminine, classiquea couleur / chaleur masculine, classiqueb victoire / d’ivoire féminine, classiquea égal / fatal masculine, classiqueb défaite / muette féminine, classiquea convaincu / vaincu masculine, classiqueb douairières / grand-pères féminine, classiquea étourdi / arrondi masculine, classiqueb table / délectable féminine, classiquea propos / mots masculine, classiqueb ordinaire / Voltaire féminine, classiquea feu / lieu masculine, classiqueb circule / opuscule féminine, classiquea haut / sursaut masculine, classiqueb lecture / aventure féminine, classiquea doux / rendez-vous masculine, classiqueb l’allégresse / tristesse féminine, classiquea ans / blancs masculine, classiqueb fertiles / tranquilles féminine, classiquea l’espoir / noir masculine, classiqueb délices / d’exercices féminine, classiquea cité / oisiveté masculine, classiqueb l’avarice / vice féminine, classiquea forêts / attraits masculine, classiqueb ondes / vagabondes féminine, classiquea déserts / vers masculine, classiqueb sombre / l’ombre féminine, classiquea bruit / suit masculine, classiqueb joie / ploie féminine, classiquea inattendu / suspendu masculine, classiqueb dorée / pourprée féminine, classiquea anneaux / eaux masculine, classiqueb guerre / tonnerre féminine, classiquea conduit / suit masculine, classiqueb meurtrière / bruyère féminine, classiquea airs / concerts masculine, classiqueb victoire / gloire féminine, classiquea voix / bois masculine, classiqueb tête / conquête féminine, classiquea moissons / sons masculine, classiqueb veines / rênes féminine, classiquea combattans / long-temps masculine, classiqueb rapide / intrépide féminine, classiquea légers / dangers masculine, classiqueb l’emporte / transporte féminine, classiquea cor / l’essor masculine, classiqueb tempête / tête féminine, classiquea sillons / tourbillons masculine, classiqueb voie / envoie féminine, classiquea imprimés / enflammés masculine, classiqueb guide / perfide féminine, classiquea d’ennemis / amis masculine, classiqueb superbe / l’herbe féminine, classiquea front / affront masculine, classiqueb importune / fortune féminine, classiquea infortuné / abandonné masculine, classiqueb mémoire / gloire féminine, classiquea d’alentour / d’amour masculine, classiqueb maîtresses / caresses féminine, classiquea lui / appui masculine, classiqueb audace / place féminine, classiquea éventé / épouvanté masculine, classiqueb feinte / l’empreinte féminine, classiquea frayés / effrayés masculine, classiqueb route / écoute féminine, classiquea forêts / près masculine, classiqueb vaines / veines féminine, classiquea sort / mort masculine, classiqueb vagabonde / l’onde féminine, classiquea destin / festin masculine, classiqueb dégouttante / haletante féminine, classiquea étincelans / brûlans masculine, classiqueb commandent / demandent féminine, classiquea secours / recours masculine, classiqueb impuissantes / languissantes féminine, classiquea valeur / malheur masculine, classiqueb adresse / dresse féminine, classiquea courroux / coups masculine, classiqueb fondent / confondent féminine, classiquea infructueux / majestueux masculine, classiqueb superbes / herbes féminine, classiquea pleurs / cœurs masculine, classiqueb idolâtre / opiniâtre féminine, classiquea chevaux / châteaux masculine, classiqueb menaçantes / triomphantes féminine, classiquea exploits / abois masculine, classiqueb tranquilles / utiles féminine, classiquea champs / touchans masculine, classiqueb plaire / étrangère féminine, classiquea doux / vous masculine, classiqueb sommeille / veille féminine, classiquea bonheur / honneur masculine, classiqueb âge / voyage féminine, classiquea entouré / sacré masculine, classiqueb Tuscule / émule féminine, classiquea tranquillement / recueillement masculine, classiqueb peines / vaines féminine, classiquea faveur / malheur masculine, classiqueb infortune / commune féminine, classiquea amour / retour masculine, classiqueb l’étude / solitude féminine, classiquea miens / souviens masculine, classiqueb poëte / retraite féminine, classiquea fleurs / horreurs masculine, classiqueb tempêtes / têtes féminine, classiquea errans / torrens masculine, classiqueb m’enflamme / l’âme féminine, classiquea lieu / peu masculine, classiqueb m’inspire / dire féminine, classiquea Paris / perdrix masculine, classiqueb sincère / hospitalière féminine, classiquea enfans / ans masculine, classiqueb vieillesse / jeunesse féminine, classiquea réjouir / s’épanouir masculine, classiqueb l’enfance / l’innocence féminine, classiquea chéris / favoris masculine, classiqueb images / paysages féminine, classiquea portraits / traits masculine, classiqueb adore / encore féminine, classiquea morts / bords masculine, classiqueb pleure / demeure féminine, classiquea monument / mollement masculine, classiqueb l’usage / bocage féminine, classiquea fleurs / douleurs masculine, classiqueb arrose / rose féminine, classiquea traits / Cerès masculine, classiqueb asile / Virgile féminine, classiquea d’eux / généreux masculine, classiqueb hommages / bocages féminine, classiquea cités / chantés masculine, classiqueb repose / l’arrose féminine, classiquea repos / héros masculine, classiqueb sauvages / rivages féminine, classiquea Thompson / nom masculine, classiqueb muse / confuse féminine, classiquea retiré / ignoré masculine, classiqueb Virgile / asile féminine, classiquea vallons / leçons masculine, classiqueb solitude / l’inquiétude féminine, classiquea verts / vers masculine, classiqueb village / partage féminine, classiquea d’autrui / lui masculine, classiqueb étrangère / plaire féminine, classiquea bonté / cité masculine, classiqueb chaumière / misère féminine, classiquea affligeant / l’indigent masculine, classiqueb l’envie / vie féminine, classiquea l’infortuné / sillonné masculine, classiqueb intervalle / inégale féminine, classiquea champs / penchans masculine, classiqueb monde / féconde féminine, classiquea flétris / débris masculine, classiqueb arrosée / rosée féminine, classiquea sert / concert masculine, classiqueb perfide / avide féminine, classiquea trésor / or masculine, classiqueb impudente / indigente féminine, classiquea faim / pain masculine, classiqueb maître / l’être féminine, classiquea plants / rians masculine, classiqueb fortune / importune féminine, classiquea rateaux / travaux masculine, classiqueb salaire / misère féminine, classiquea jours / secours masculine, classiqueb vaste / faste féminine, classiquea divers / offerts masculine, classiqueb visite / parasite féminine, classiquea doré / sacré masculine, classiqueb présence / puissance féminine, classiquea témoin / besoin masculine, classiqueb traces / grâces féminine, classiquea bonté / beauté masculine, classiqueb image / ouvrage féminine, classiquea dégoûts / jaloux masculine, classiqueb chaume / royaume féminine, classiquea illusions / nations masculine, classiqueb image / village féminine, classiquea états / pas masculine, classiqueb empire / conspire féminine, classiquea hameaux / tableaux masculine, classiqueb presbytère / ministère féminine, classiquea vœux / cieux masculine, classiqueb l’hyménée / l’année féminine, classiquea berceau / tombeau masculine, classiqueb sublime / anime féminine, classiquea indulgent / indigent masculine, classiqueb pastorale / morale féminine, classiquea troupeau / ormeau masculine, classiqueb dépositaire / héréditaire féminine, classiquea triomphans / enfans masculine, classiqueb prudence / providence féminine, classiquea bienfaits / faits masculine, classiqueb assemble / ensemble féminine, classiquea horreur / terreur masculine, classiqueb crime / l’estime féminine, classiquea ennemis / amis masculine, classiqueb antique / magnifique féminine, classiquea trésors / dehors masculine, classiqueb révolte / récolte féminine, classiquea autel / mutuel masculine, classiqueb village / sage féminine, classiquea abattu / vertu masculine, classiqueb prières / chaumières féminine, classiquea autorité / redouté masculine, classiqueb grotesque / pédantesque féminine, classiquea prudent / l’ascendant masculine, classiqueb suffisance / confiance féminine, classiquea compter / chanter masculine, classiqueb l’orage / usage féminine, classiquea cœur / vainqueur masculine, classiqueb savantes / traînantes féminine, classiquea concevoir / savoir masculine, classiqueb négligences / sciences féminine, classiquea serein / destin masculine, classiqueb s’assemble / tremble féminine, classiquea absout / tout masculine, classiqueb l’oreille / sommeille féminine, classiquea polisson / menton masculine, classiqueb pliante / suppliante féminine, classiquea rameaux / marmots masculine, classiqueb feuillage / rivage féminine, classiquea mains / inhumains masculine, classiqueb peut-être / maître féminine, classiquea soigneux / dédaigneux masculine, classiqueb pense / l’importance féminine, classiquea mains / destins masculine, classiqueb honorable / estimable féminine, classiquea pas / ébats masculine, classiqueb mûrie / patrie féminine, classiquea flatteur / fleur masculine, classiqueb déguise / franchise féminine, classiquea châtiment / ressentiment masculine, classiqueb larme / désarme féminine, classiquea retour / amour masculine, classiqueb farouche / touche féminine, classiquea main / mutin masculine, classiqueb magnanime / sublime féminine, classiquea encor / essor masculine, classiqueb assemblage / village féminine, classiquea mouvant / vent masculine, classiqueb muraille / bataille féminine, classiquea intéressant / naissant masculine, classiqueb Molières / lanières féminine, classiquea vers / travers masculine, classiqueb Prévilles / villes féminine, classiquea Addisson / raison masculine, classiqueb éclore / l’aurore féminine, classiquea futur / sûr masculine, classiqueb relève / s’élève féminine, classiquea yeux / précieux masculine, classiqueb propices / auspices féminine, classiqueb âge / village féminine, classiquea devin / lutin masculine, classiqueb conteuse / peureuse féminine, classiquea flambeau / hameau masculine, classiqueb histoire / auditoire féminine, classiquea terreur / l’erreur masculine, classiqueb moissonneuse / glaneuse féminine, classiquea main / l’orphelin masculine, classiqueb village / âge féminine, classiquea passe-temps / instans masculine, classiqueb barbare / avare féminine, classiqueb dispense / récompense féminine, classiquea ouvrier / envier masculine, classiqueb musette / toilette féminine, classiquea labeur / bonheur masculine, classiqueb allégresse / enchanteresse féminine, classiquea divers / Teniers masculine, classiqueb délices / services féminine, équivalentea combat / l’état masculine, classiqueb suspendue / tendue féminine, classiquea habits / plis masculine, classiqueb rivales / inégales féminine, classiquea genoux / coups masculine, classiqueb raquette / rejette féminine, classiqueb guide / rapide féminine, classiquea cours / toujours masculine, classiqueb l’intervalle / fatale féminine, classiquea succombé / tombé masculine, classiqueb rapide / timide féminine, classiquea nœuds / cieux masculine, classiqueb sanglante / triomphante féminine, classiquea ormeau / hameau masculine, classiqueb belle / elle féminine, classiquea main / hymen masculine, classiqueb joie / déploie féminine, classiquea acheté / l’oisiveté masculine, classiqueb aisance / bienfaisance féminine, classiquea hameau / château masculine, classiqueb peines / chaînes féminine, classiquea rien / bien masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

786 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Homme des champs ou les Géorgiques françaises, Basle, Jacques Decker, 1800· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources