La verdure dorée, 1922
XIX. « La maison où je l’ai connue »
La maison où je l’ai connueAbrite un cuistre chauve et gras.Où est la courbe de ses bras ?Où est sa gorge dure et nue ?
Bon cuistre (hic, hœc, hoc ; hujus,Hujus, hujus), parle-moi d’elle,Que ta voix comme une chandelleÉclaire les plaisirs que j’eus.
Je viendrai dans l’étroite chambre,Et les souvenirs sur les mursSeront pareils à des fruits mûrsSur les espaliers de septembre.
Cuistre adorable (hic, hœc, hoc),Son amant fleure-t-il le musc, leCorylopsis ? Tend-il le muscleDu mollet comme un jeune coq ?
Voici le store et les persiennes.Le soir elle s’endormait là.La tendresse donnait le laSous les gravures anciennes.
Cuistre, je t’aime avec éclatCar le cuir de ton crâne chauveReflète l’ombre de l’alcôveOù l’amour aux dieux m’égala.
Une feuille de l’hiver blêmeTombe sur la table où j’écris ;Et je raille malgré les crisQue j’entends au fond de moi-même.
Que ne puis-je être allègre et douxComme un lièvre sur une touffe,À l’heure où le chagrin m’étouffeEt me fait ployer les genoux !
Ils disent que la vie est belle.Je meurs, tu meurs et nous mourons.De liserons, parons nos fronts.Ouvrez l’amour comme une ombrelle.
Ah ! ferme ces yeux obstinésSi rien au monde n’est durable,Et mets la lampe sous la tableCar l’encrier te rit au nez.
Versification
- Mètre
- Octosyllabes
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La verdure dorée, Paris, ÉDITIONS ÉMILE-PAUL FRÈRES, 1908· numérisation poesies.net· Sources