Bouquets et prières, 1843
Louise de la Vallière
QUITTANT SA MÈRE
Votre dernier bonsoir, ma mère !
Tu chancelles,Et je vois sous ton front‖ les pleurs que tu me cèles.Pourtant le monde s’ouvre‖ indulgent devant toi,Ma fille ! Une humble reine,‖ unie au plus grand roi,T’appelle dans sa cour‖ où, disent les poètes,La gloire a surpassé,‖ par ses pompeuses fêtes,Tout ce que l’Orient dit à l’histoire.
Où vous ne serez pas,Ma mère ! Ni ces murs‖ où j’entendais vos pas ;Ces murs, vieux raconteurs‖ de mes jeunes années,Qui recouvraient en paix‖ deux humbles destinées.Ni les champs, ni les bois,‖ où je voyais le jourDescendre et se lever,‖ doux comme votre amour.Écoutez, c’est l’Ave‖ Maria… que je l’aime !Oh ! puissé-je partout‖ redescendre en moi-même,À cette heure du ciel,‖ et retrouver mon cœurAussi plein de ma mère‖ et de mon Créateur !L’Éden d’un pauvre enfant, c’est le berceau.
Louise !L’Éden, c’est la vertu ;‖ c’est ton âme, promiseAu désert de mes ans.‖ En traversant les cours,Dieu sur ton aile blanche‖ étendra son secours.Enfant ! si le respect‖ tient lieu d’expérience,Ta mère, n’est-ce pas,‖ sera ta conscience ?
Oui, je vous dirai tout,‖ et vous me répondrezChaque soir une ligne,‖ où vous me bénirez ;Et vous irez pour moi‖ dans ces pauvres chaumières,D’où nous voyons là-bas‖ scintiller les lumières :De l’hiver qui s’approche‖ il faut les consoler,Et nourrir mes oiseaux,‖ trop faibles pour voler.
Tu ne me parles pas‖ d’un jeune aigle, ma fille,Dès le berceau promis‖ pour chef à ma famille.Si j’apprends qu’à la guerre‖ il ne pense qu’à toi,Ne t’en dirai-je rien ?
Et nous sommes déjà‖ si fières de sa gloire,Que ses droits sont écrits‖ dans ta jeune mémoire.
Et moi, je vais le voir !‖ Toujours je l’ai prévu,Oui, c’est un bien grand roi !
Le plus grand de la terre.Splendide dans la paix…
Incroyable mystère !Tous mes rêves d’enfant‖ ont été pleins de lui,Ma mère, et de le voir‖ je n’ai peur qu’aujourd’hui.J’ai toujours deviné‖ ses yeux et son sourire,Son front, où la nature‖ avait écrit : Empire !Oui, j’ai toujours rêvé‖ que le roi me parlait,Et que sa grande voix‖ de bien loin m’appelait :N’est-ce pas étonnant, ma mère !…
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 21[aa] 1[aaa]
- Mètre
- Alexandrins surtout (53 de 12, 1 de 8)· profil 6+6, (8)
- Mots à la rime
- a mère / chancelles / cèles féminine, classiquea toi / roi masculine, classiquea poètes / fêtes féminine, classiquea l’histoire / Hélas / cour / pas masculine, classiquea années / destinées féminine, classiquea jour / amour masculine, classiquea l’aime / moi-même féminine, classiquea cœur / Créateur masculine, classiquea berceau / Louise / promise féminine, classiquea cours / secours masculine, classiquea d’expérience / conscience féminine, classiquea répondrez / bénirez masculine, classiquea chaumières / lumières féminine, classiquea consoler / voler masculine, classiquea fille / famille féminine, classiquea toi / rien / roi masculine, classiquea gloire / mémoire féminine, classiquea roi / vu / prévu masculine, classiquea roi / terre / paix / mystère féminine, classiquea lui / qu’aujourd’hui masculine, classiquea sourire / Empire féminine, classiquea parlait / m’appelait masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Bouquets et Prières, Paris, Dumont, 1843· numérisation gallica.bnf.fr· Sources