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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les pleurs, 1833

Le mal du pays

Marceline Desbordes-Valmore· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Ce front facile à se rider, ces joues légèrement
creusées, gardaient, l’empreinte du sceau dont le
malheur marque ses sujets, comme pour leur
laisser la consolation de se reconnaître d’un regard
fraternel, et de s’unir pour lui résister.Madame de Balzac.

Je veux aller mourir‖ aux lieux où je suis née :Le tombeau d’Albertine‖ est près de mon berceau ;Je veux aller trouver‖ son ombre abandonnée ;Je veux un même lit‖ près du même ruisseau.

Je veux dormir. J’ai soif‖ de sommeil, d’innocence,D’amour ! d’un long silence‖ écouté sans effroi,De l’air pur qui soufflait‖ au jour de ma naissance,Doux pour l’enfant du pauvre‖ et pour l’enfant du roi.

J’ai soif d’un frais oubli,‖ d’une voix qui pardonne.Qu’on me rende Albertine !‖ elle avait cette voixQu’un souvenir du ciel‖ à quelques femmes donne ;Elle a béni mon nom…‖ autre part… autrefois !

Autrefois !… qu’il est loin‖ le jour de son baptême !Nous entrâmes au monde‖ un jour qu’il était beau :Le sel qui l’ondoya‖ fut dissous sur moi-même,Et le prêtre pour nous‖ n’alluma qu’un flambeau.

D’où vient-on quand on frappe‖ aux portes de la terre ?Sans clarté dans la vie,‖ où s’adressent nos pas ?Inconnus aux mortels‖ qui nous tendent les bras,Pleurants, comme effrayés‖ d’un sort involontaire.

Où va-t-on quand, lassé‖ d’un chemin sans bonheur,On tourne vers le ciel‖ un regard chargé d’ombre ?Quand on ferme sur nous‖ l’autre porte, si sombre !Et qu’un ami n’a plus‖ que nos traits dans son cœur ?

Ah ! quand je descendrai‖ rapide, palpitante,L’invisible sentier‖ qu’on ne remonte pas,Reconnaîtrai-je enfin‖ la seule âme constanteQui m’aimait imparfaite‖ et me grondait si bas ?

Te verrai-je, Albertine !‖ Ombre jeune et craintive ;Jeune, tu t’envolas‖ peureuse des autans :Dénouant pour mourir‖ ta robe de printemps,Tu dis : « Semez ces fleurs‖ sur ma cendre captive. »

Oui ! je reconnaîtrai‖ tes traits pâles, charmants,Miroir de la pitié‖ qui marchait sur tes traces,Qui pleurait dans ta voix,‖ angélisait tes grâces,Et qui s’enveloppait‖ dans tes doux vêtements !

Oui, tu ne m’es qu’absente,‖ et la mort n’est qu’un voile,Albertine ! et tu sais‖ l’autre vie avant moi.Un jour, j’ai vu ton âme‖ aux feux blancs d’une étoile ;Elle a baisé mon front,‖ et j’ai dit : « C’est donc toi ! »

Viens encor, viens ! j’ai tant‖ de choses à te dire !Ce qu’on t’a fait souffrir,‖ je le sais ! j’ai souffert.Ô ma plus que sœur, viens !‖ ce que je n’ose écrire,Viens le voir palpiter‖ dans mon cœur entr’ouvert !

Versification

Forme
11 quatrains (strophes variées)
Rimes
7(abab) 4(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a née / abandonnée féminine, classiqueb berceau / ruisseau masculine, classiquea d’innocence / naissance féminine, classiqueb effroi / roi masculine, classiquea pardonne / donne féminine, classiqueb voix / autrefois masculine, classiquea baptême / moi-même féminine, classiqueb beau / flambeau masculine, classiquea terre / involontaire féminine, classiqueb pas / bras masculine, classiquea bonheur / cœur masculine, classiqueb d’ombre / sombre féminine, classiquea palpitante / constante féminine, classiqueb pas / bas masculine, classiquea craintive / captive féminine, classiqueb autans / printemps masculine, classiquea charmants / vêtements masculine, classiqueb traces / grâces féminine, classiquea voile / étoile féminine, classiqueb moi / toi masculine, classiquea dire / écrire féminine, classiqueb souffert / entr’ouvert masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources