Les pleurs, 1833· Aux petits enfants
Le premier chagrin d’un enfant
Oh ! would I could weep, as I wept when a child.Z. Z.
Au temps heureux de ma saison passée
J’avais bien l’aile unie à mon côté ;
Mais en prenant ma jeune liberté,
Avant le vol ma plume fut cassée.Madeleine Desroches.
Le chagrin t’a touché,‖ mon beau garçon. Tu pleures ;Ta lèvre tremble ; allons !‖ te voilà dans nos rangs ;Tu viens d’apprendre. Oui,‖ nous naissons expirants ;Oui, la vie est malade‖ avant que tu l’effleures.
Que veux-tu ? tes épis‖ pleins de lait, verts encor,Pour tes jeunes larcins‖ plus attrayants que l’or,N’iront pas égayer‖ sous ce treillage videLe ramier, de tes dons‖ si tendrement avide.Tu courais dans ta joie ;‖ et puis, un dard moqueurT’a frappé sous le sein.‖ Pauvre enfant ! c’est le cœur ;On ne peut te l’ôter ;‖ la vie est là. Des larmesBaignent à ton insu‖ ta pâleur et tes charmes ;Tu ne te sauves point‖ dans ton premier effroi :Un instinct te l’a dit :‖ la mort est devant toi.Oui, le Pylade ailé‖ de ta coureuse enfance,Doux et muet témoin‖ de tes ébats naïfs,Qui se laissait aimer‖ ou gronder sans défense,Qui savait te répondre‖ en murmures plaintifs,Ton camarade est mort.‖ Cette idole livideGrave le premier deuil‖ sur la page encor videDe ta mémoire vierge.‖ Oh ! que tu souffriras !Ce que tu dois aimer,‖ oh ! que tu l’aimeras !Car nul cri ne t’échappe,‖ et d’un muet courage,Sous ta petite main‖ tu contiens tout l’orage ;Mais je te sens souffrir‖ de ce qui souffre en moi :Ce qu’on aime est si triste‖ ainsi gisant et froid !
Nul chagrin n’entrera‖ plus au fond de ton être ;Nul amour ne sera‖ plus vrai pour toi, peut-être.Là-bas, dans l’avenir‖ où couvent tes beaux jours,À ton beau ramier bleu‖ tu penseras toujours.Et plus tard, abattu‖ sous les vents du voyage,Seul, au bord d’un sentier‖ dépeuplé, sans fraîcheur,Sans soleil, et navré‖ de quelque adieu railleur,Tes yeux retourneront‖ tristes vers l’humble cageOù t’attendait l’ami‖ par ton souffle éveillé,Qui, vivant sur ton cœur,‖ ne l’a jamais raillé !Oui, tu regretteras‖ cet amour sans mélange,Et tes pleurs innocents‖ où se mire un jeune ange !Tu diras dans ton sort,‖ plein d’échos du passé,Par des amis ingrats‖ amèrement blessé :
Oh ! je voudrais, mon Dieu,‖ pleurer de douces larmes,Comme l’enfant candide‖ et sans haine, l’enfantQui pleurait son ramier‖ mort dans ses jeunes charmes ;Oh ! pleurer comme alors !‖… Qui donc me le défend ?
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 2[abba] 14[aa] 2[abab]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a pleures / l’effleures féminine, classiqueb rangs / expirants masculine, classiquea encor / l’or masculine, classiquea vide / avide féminine, classiquea moqueur / cœur masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiquea effroi / toi masculine, classiquea enfance / défense féminine, classiqueb naïfs / plaintifs masculine, classiquea livide / vide féminine, classiquea souffriras / l’aimeras masculine, classiquea courage / l’orage féminine, classiquea moi / froid masculine, non classiquea être / peut-être féminine, classiquea jours / toujours masculine, classiquea voyage / cage féminine, classiqueb fraîcheur / railleur masculine, classiquea éveillé / raillé masculine, classiquea mélange / ange féminine, classiquea passé / blessé masculine, classiqueb l’enfant / défend masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources