Poésies inédites, 1860· Poésies diverses
Fragment
Quand les anges entre eux‖ se parlent de la terre,Le dernier qui l’a vue‖ ébruite avec mystèreQuelque secret d’enfant‖ pris dans cet humble lieu,Qu’il cache sous son aile‖ et qu’il rapporte à Dieu.
Nos mères les ont vus‖ durant les nuits brûlantesSemant sur leur chemin‖ les étoiles filantes,Ces éclairs sans orage‖ aux glissantes blancheursRépandus sous les pas‖ des anges voyageurs.
L’un deux, qui remontait‖ souriant et plein d’aise,Tandis qu’un cercle aimé‖ le salue et le baise.Dégageant ses beaux pieds‖ de leurs sandales d’or,Ouvre ainsi tout son cœur‖ qui palpitait encor :
« J’arrive de la terre‖ où la nuit est bien noire ;L’homme en a presque peur ;‖ c’est à ne pas le croire !Les cœurs sont si cachés‖ dans ces étroits séjoursQue même en se parlant‖ on s’ignore toujours ;Et, sinon les instants‖ où d’indicibles flammesRévèlent par les yeux‖ la présence des âmes,Dans l’ombre se cherchant,‖ mais étrangers entre eux,Vous n’imaginez pas‖ comme ils sont malheureux.Les plumes dans le vent‖ flottent moins ballottéesQue ces ombres en bas‖ dans le doute emportées.Qu’est-ce donc qu’une vie‖ attachée à des corpsDont un faible roseau‖ peut rompre les ressorts !Dieu qui les veut mortels‖ a marqué leur visage,Même les plus charmants,‖ d’un douloureux présage ;Mais distraits par des jeux‖ vides et décevantsIls deviennent vieillards‖ sans cesser d’être enfants.Jaloux de nos clartés‖ qu’ils ne peuvent atteindre,Allumant de grands feux,‖ toujours prêts à s’éteindre,Pour éclairer leurs jours‖ et leur destin voilé,Ils n’ont qu’un seul soleil‖ et qu’un ciel étoilé !Puis noyant leurs soucis‖ dans des flots de paroles,Dans un rire insensé,‖ dans des colères folles,Ces aveugles épars,‖ pleins d’horreur pour la mort.En la fuyant partout‖ la donnent sans remord.
« C’est triste !… » C’est la terre.‖ Et pourtant, mille charmesNous attirent sans cesse‖ à ce pays des larmes.On dirait que poussés‖ d’un profond souvenirNous allons les guider‖ au céleste avenir.Et j’allais… Et pareils‖ à des oiseaux nocturnes,Ces pensers me guidaient‖ tendres et taciturnes,Vers le toit d’un palais‖ où j’entendais gémirUn enfant, roi futur,‖ qui ne pouvait dormir.
« Qu’as-tu, petit chrétien‖ roulé dans tes dentelles ?Fines comme le vent,‖ en quoi te blessenl-elles ?Dis, petit roi pleureur,‖ dis tout ce que tu veux,Et vers le roi des rois‖ je porterai tes vœux. »
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 24((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 distiques
- Mots à la rime
- a terre / mystère féminine, classiqueb lieu / Dieu masculine, classiquea brûlantes / filantes féminine, classiqueb blancheurs / voyageurs masculine, classiquea d’aise / baise féminine, classiqueb d’or / encor masculine, classiquea noire / croire féminine, classiqueb séjours / toujours masculine, classiquea flammes / âmes féminine, classiqueb eux / malheureux masculine, classiquea ballottées / emportées féminine, classiqueb corps / ressorts masculine, classiquea visage / présage féminine, classiqueb décevants / enfants masculine, classiquea atteindre / s’éteindre féminine, classiqueb voilé / étoilé masculine, classiquea paroles / folles féminine, classiqueb mort / remord masculine, classiquea charmes / larmes féminine, classiqueb souvenir / avenir masculine, classiquea nocturnes / taciturnes féminine, classiqueb gémir / dormir masculine, classiquea dentelles / blessenl-elles féminine, classiqueb veux / vœux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Inédites, Genève, Impr. de J. Fick, 1860· numérisation archive.org· Sources