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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies inédites, 1860· Poésies diverses

Le banni

Marceline Desbordes-Valmore· strophes variées, décasyllabes, 56 vers

Les toits étaient‖ dorés par le couchant ;D’heureux enfants‖ jouaient dans la poussière,Et d’une église‖ où tintait la prière,La brise, au loin,‖ portait le dernier chant.Sur le chemin‖ à tous libre et splendide,Un homme seul‖ errait triste et livide :Cet homme étrange‖ avait peine à courir,Et peine à vivre…‖ et peut-être à mourir.Son œil voilé‖ jetait un feu farouche ;D’ardents soupirs‖ par force ouvraient sa bouche ;Quelqu’un, l’osant,‖ eût crié : « Qu’avez-vous ? »Mais il craignait‖ la charité de tous.De tous… oh ! non,‖ peu regardaient cette âmePasser traînant‖ son orageuse flamme,Comme voulant‖ entre le sol et l’airGlisser furtive‖ et pareille à l’éclair.La terre est longue‖ à toute âme exilée.Fuyant son nom‖ de vallée en vallée.Rien sur son corps‖ ne tient que par lambeaux ;S’il va s’asseoir‖ c’est auprès des tombeaux.Qu’a-t-il donc fait ?‖ Qu’en a-t-on su ?… Qu’importeSon dur pays‖ qui lui ferme la porteLe sait-il mieux ?‖ Le plus sûr aujourd’hui.C’est de prier‖ pour son juge et pour lui.Dieu les attend‖ et tous les deux sont frères,Dieu tient la clé‖ de terribles mystères.Sa loi n’est pas‖ l’éternelle rigueur :Dieu fit l’amour,‖ l’homme en a fait l’erreur.

Ayant franchi‖ le carrefour qui crie,Une humble voix‖ a dit : « Je vous en prie !« Faites l’aumône‖ à mon destin voilé,« Et dans vos maux‖ vous serez consolé.« Vous verrez l’heure‖ à sa douce lumière :« De toute joie,‖ hélas ! c’est la première !« Voyez ! voyez !‖ et que Dieu sur vos pas« Sème les biens‖ que nous ne voyons pas ! »

Et l’homme étrange‖ a tressailli dans l’ombre ;Et l’eau divine‖ a mouillé son œil sombre,Cette eau du cœur‖ qui lave le remordsComme une pluie‖ a relevé son corps.Il a donné !‖ Ce pauvre a fait l’aumône ;Et l’autre pauvre‖ a béni qui lui donne ;Et le voyant,‖ au son de cette voix,A cru rentrer‖ dans son libre autrefois.Tout parcouru‖ par cette voix bénieIl jurerait‖ que sa peine est finie.Pour une larme,‖ hélas ! pour un grain d’or,Dieu permet donc‖ qu’on le salue encor !

« La voix, dit-il,‖ parle comme ma mère !Elle a rompu‖ pour moi la mort amère.Et remué‖ comme un petit enfantLe vieux banni‖ dans l’exil étouffant.Merci ma mère !‖ » Et le banni se coucheSous le nom pur‖ qui rassainit sa bouche.

Ô vieille mère !‖ aumône de l’amour !Voilà ton fils‖ doux comme au premier jour !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
1[abba] 26[aa]
Mètre
Décasyllabes· profil 4+6
Mots à la rime
a couchant / chant masculine, classiqueb poussière / prière féminine, classiquea splendide / livide féminine, classiquea courir / mourir masculine, classiquea farouche / bouche féminine, classiquea Qu’avez-vous / tous masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiquea l’air / l’éclair masculine, classiquea exilée / vallée féminine, classiquea lambeaux / tombeaux masculine, classiquea Qu’importe / porte féminine, classiquea aujourd’hui / lui masculine, classiquea frères / mystères féminine, classiquea rigueur / l’erreur masculine, classiquea crie / prie féminine, classiquea voilé / consolé masculine, classiquea lumière / première féminine, classiquea pas masculine, classiquea l’ombre / sombre féminine, classiquea remords / corps masculine, classiquea l’aumône / donne féminine, classiquea voix / autrefois masculine, équivalentea bénie / finie féminine, classiquea d’or / encor masculine, classiquea mère / amère féminine, classiquea enfant / étouffant masculine, classiquea couche / bouche féminine, classiquea l’amour / jour masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Inédites, Genève, Impr. de J. Fick, 1860· numérisation archive.org· Sources