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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies inédites, 1860· Famille

La fileuse et l’enfant

Marceline Desbordes-Valmore· 14 quintils, hendécasyllabes, 70 vers

J’appris à chanter‖ en allant à l’école :Les enfants joyeux‖ aiment tant les chansons !Ils vont les crier‖ au passereau qui vole ;Au nuage, au vent,‖ ils portent la parole,Tout légers, tout fiers‖ de savoir des leçons.

La blanche fileuse‖ à son rouet penchéeOuvrait ma jeune âme‖ avec sa vieille voixLorsque j’écoutais,‖ toute lasse et fâchée.Toute buissonnière‖ en un saule cachée.Pour mon avenir‖ ces thèmes d’autrefois.

Elle allait chantant‖ d’une voix affaiblie,Mêlant la pensée‖ au lin qu’elle allongeait ;Courbée au travail‖ comme un pommier qui plie ;Oubliant son corps‖ d’où l’âme se délie ;Moi, j’ai retenu‖ tout ce qu’elle songeait :

— « Ne passez jamais‖ devant l’humble chapelleSans y rafraîchir‖ les rayons de vos yeux,Pour vous éclairer‖ c’est Dieu qui vous appelle ;Son nom dit le monde‖ à l’enfant qui l’épèle,Et c’est, sans mourir,‖ une visite aux cieux.

« Ce nom, comme un feu,‖ mûrira vos pensées.Semblable au soleil‖ qui mûrit les bleds d’or ;Vous en formerez‖ des gerbes enlacéesPour les mettre un jour‖ sous vos têtes lasséesComme un faible oiseau‖ qui chante et qui s’endort.

« N’ouvrez pas votre aile‖ aux gloires défendues ;De tous les lointains‖ juge-t-on la couleur ?Les voix sans écho‖ sont les mieux entendues ;Dieu tient dans sa main‖ les clefs qu’on croit perduesDe tous les secrets‖ lui seul sait la valeur.

« Quand vous respirez‖ un parfum délectable.Ne demandez pas‖ d’où vient ce souffle pur.Tout parfum descend‖ de la divine table ;L’abeille en arrive,‖ artiste infatigable.Et son miel choisi‖ tombe aussi de l’azur.

« L’été, lorsqu’un fruit‖ fond sous votre sourire.Ne demandez pas :‖ Ce doux fruit, qui l’a fait ?Vous direz : C’est Dieu,‖ Dieu par qui tout respire !En piquant le mil‖ l’oiseau sait bien le dire,Le chauler aussi‖ par un double bienfait.

« Si vous avez peur‖ lorsque la nuit est noire,Vous direz : Mon Dieu,‖ je vois clair avec vous !Vous êtes la lampe‖ au fond de ma mémoire ;Vous êtes la nuit,‖ voilé dans votre gloire ;Vous êtes le jour‖ et vous brillez pour nous !

« Si vous rencontrez‖ un pauvre sans baptême.Donnez-lui le pain‖ que l’on vous a donné.Parlez-lui d’amour‖ comme on fait à vous-même ;Dieu dira : C’est bien !‖ Voilà l’enfant que j’aime :S’il s’égare un jour,‖ il sera pardonné.

« Voyez-vous passer‖ dans sa tristesse amèreUne femme seule‖ et lente à son chemin.Regardez-la bien‖ et dites : C’est ma mère.Ma mère qui souffre !‖ — honorez sa misère,Et soutenez-la‖ du cœur et de la main.

« Enfin faites tant‖ et si souvent l’aumôneQu’à ce doux travail‖ ardemment occupéQuand vous vieillirez —‖ tout vieillit, Dieu l’ordonne,Quelque ange en passant‖ vous touche et vous moissonneComme un lys d’argent‖ pour la Vierge coupé.

« Les ramiers s’en vont‖ où l’été les emmène ;L’eau court après l’eau‖ qui fuit sans s’égarer.Le chêne grandit‖ sous le bras du grand chêne,L’homme revient seul‖ où son cœur le ramène,Où les vieux tombeaux‖ l’attirent pour pleurer. »

— J’appris tous ces chants‖ en allant à l’école :Les enfants joyeux‖ aiment tant les chansons !Ils vont les crier‖ au passereau qui vole ;Au nuage, au vent,‖ ils portent la parole,Tout légers, tout fiers‖ de savoir des leçons.

Versification

Forme
14 quintils (quintils)
Rimes
14(abaab)
Mètre
Hendécasyllabes· profil 5+6
Strophes
14 quintils
Mots à la rime
a l’école / vole / parole féminine, classiqueb chansons / leçons masculine, classiquea penchée / fâchée / cachée féminine, classiqueb voix / d’autrefois masculine, classiquea affaiblie / plie / délie féminine, classiqueb allongeait / songeait masculine, classiquea chapelle / appelle / l’épèle féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquea pensées / enlacées / lassées féminine, classiqueb d’or / s’endort masculine, classiquea défendues / entendues / perdues féminine, classiqueb couleur / valeur masculine, classiquea délectable / table / infatigable féminine, classiqueb pur / l’azur masculine, non classiquea sourire / respire / dire féminine, classiqueb fait / bienfait masculine, classiquea noire / mémoire / gloire féminine, classiqueb vous / nous masculine, classiquea baptême / vous-même / j’aime féminine, classiqueb donné / pardonné masculine, classiquea amère / mère / misère féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea l’aumône / l’ordonne / moissonne féminine, classiqueb occupé / coupé masculine, classiquea emmène / chêne / ramène féminine, classiqueb s’égarer / pleurer masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

70 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Inédites, Genève, Impr. de J. Fick, 1860· numérisation archive.org· Sources