Poésies inédites, 1860· Famille
Ondine à l’école
Vous entriez, Ondine,‖ à cette porte étroite,Quand vous étiez petite,‖ et vous vous teniez droite ;Et quelque long carton‖ sous votre bras passéVous donnait on ne sait‖ quel air grave et senséQui vous rendait charmante.‖ Aussi, votre maîtresseVous regardait venir,‖ et fière avec tendresse.Opposant votre calme‖ aux rires triomphants,Vous montrait pour exemple‖ à son peuple d’enfants ;Et du nid studieux‖ l’harmonie argentinePoussait à votre vue :‖ « Ondine ! Ondine ! Ondine ! »Car vous teniez déjà‖ votre palme à la main,Et l’ange du savoir‖ hantait votre chemin.
Moi, penchée au balcon‖ qui surmontait la rue,Comme une sentinelle‖ à son heure accourue.Je poursuivais des yeux‖ mon mobile trésor,Et disparue enfin‖ je vous voyais encor.Vous entraîniez mon âme‖ avec vous, fille aimée,Et je vous embrassais‖ par la porte fermée.
Quel temps ! De tous ces jours‖ d’école et de soleilQui hâtaient la pensée‖ à votre front vermeil,De ces flots de peinture‖ et de grâce inspirée,L’âme sort-elle heureuse,‖ ô ma douce lettrée ?Dites, si quelque femme‖ avec votre candeurEn passant par la gloire‖ est allée au bonheur ?
Oh ! que vous me manquiez,‖ jeune âme de mon âme !Quel effroi de sentir‖ s’éloigner une flammeQue j’avais mise au monde,‖ et qui venait de moi,Et qui s’en allait seule :‖ Ondine ! quel effroi !
Oui, proclamé vainqueur‖ parmi les jeunes filles,Quand votre nom montait‖ dans toutes les familles,Vos lauriers m’alarmaient‖ à l’ardeur des flambeaux :Ils cachaient vos cheveux‖ que j’avais faits si beaux !Non, voile plus divin,‖ non, plus riche parureN’a jamais d’un enfant‖ ombragé la figure.Sur ce flot ruisselant‖ qui vous gardait du jourLe poids d’une couronne‖ oppressait mon amour.Vos maîtres étaient fiers‖ et moi j’étais tremblante ;J’avais peur d’attiser‖ l’auréole brûlante.Et, troublée aux parfums‖ de si précoces fleurs,Vois-tu, j’en ai payé‖ l’éclat par bien des pleurs.Comprends tout… J’avais vu‖ tant de fleurs consumées !Tant de mères mourir,‖ de leur amour blâmées !Ne sachant bien qu’aimer‖ je priais Dieu pour vous,Pour qu’il te gardât simple‖ et tendre comme nous ;Et toi tu souriais‖ intrépide à m’apprendreCe que Dieu t’ordonnait,‖ ce qu’il fallait comprendre.Muse, aujourd’hui, dis-nous‖ dans ta pure candeurSi Dieu te l’ordonnait‖ du moins pour ton bonheur ?
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 24((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 5 distiques
- Mots à la rime
- a étroite / droite féminine, classiqueb passé / sensé masculine, classiquea maîtresse / tendresse féminine, classiqueb triomphants / d’enfants masculine, classiquea argentine / Ondine féminine, classiqueb main / chemin masculine, classiquea rue / accourue féminine, classiqueb trésor / encor masculine, classiquea aimée / fermée féminine, classiqueb soleil / vermeil masculine, classiquea inspirée / lettrée féminine, classiqueb candeur / bonheur masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb moi / effroi masculine, classiquea filles / familles féminine, classiqueb flambeaux / beaux masculine, classiquea parure / figure féminine, classiqueb jour / amour masculine, classiquea tremblante / brûlante féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquea consumées / blâmées féminine, classiqueb vous / nous masculine, classiquea m’apprendre / comprendre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Inédites, Genève, Impr. de J. Fick, 1860· numérisation archive.org· Sources