Poésies inédites, 1860· Foi
Quand je pense à ma mère
Ma mère est dans les cieux,‖ les pauvres l’ont bénie ;Ma mère était partout‖ la grâce et l’harmonie.
Jusque sur ses pieds blancs,‖ sa chevelure d’orRuisselait comme l’eau.‖ Dieu ! j’en tressaille encor !
Et quand on disait d’elle :‖ « Allons voir la Madone, »Un orgueil m’enlevait,‖ que le ciel me pardonne !
Ce tendre orgueil d’enfant,‖ ciel ! pardonnez-le-nous :L’enfant était si bien‖ dans ses chastes genoux !
C’est là que j’ai puisé‖ la foi passionnéeDont sa famille errante‖ est toute sillonnée.
Mais jamais ma jeune âme‖ en regardant ses yeux,Ses doux yeux même en pleurs,‖ n’a pu croire qu’aux cieux !
Et quand je rêve d’elle‖ avec sa voix sonore.C’est au-dessus de nous‖ que je l’entends encore.
Oui, vainement ma mère‖ avait peur de l’enfer,Ses doux yeux, ses yeux bleus‖ n’étaient qu’un ciel ouvert.
Oui, Rubeus eut choisi‖ sa beauté savoureusePour montrer aux mortels‖ la vierge bienheureuse.
Sa belle ombre qui passe‖ à travers tous mes jours,Lorsque je vais tomber‖ me relève toujours.
Toujours, entre le monde‖ et ma tristesse amère.Pour m’aider à monter‖ je vois monter ma mère !
Ah ! l’on ne revient pas‖ de quelque horrible lieu,Et si tendre, et si mère,‖ et si semblable à Dieu !
On ne vient que d’en-haut‖ si prompte et si charmanteApaiser son enfant‖ dont l’âme se lamente.
Et je voudrais lui rendre‖ aussi l’enfant vermeilLa suivant au jardin‖ sous l’ombre et le soleil ;
Ou, couchée à ses pieds,‖ sage petite fille,La regardant filer‖ pour l’heureuse famille.
Je voudrais, tout un jour‖ oubliant nos malheurs,La contempler vivante‖ au milieu de ses fleurs !
Je voudrais, dans sa main‖ qui travaille et qui donne,Pour ce pauvre qui passe‖ aller puiser l’aumône.
Non, Seigneur ! sa beauté,‖ si touchante ici-bas,De votre paradis‖ vous ne l’exilez pas !
Ce soutien des petits,‖ cette grâce ferventePour guider ses enfants‖ si forte, si savante,
Vous l’avez rappelée‖ où vos meilleurs enfantsRespirent à jamais‖ de nos jours étouffants.
Mais moi je la voulais‖ pour une longue vieAvec nous et par nous‖ honorée et suivie,
Comme un astre éternel‖ qui luit sans s’égarerQue des astres naissants‖ suivent pour s’éclairer.
Je voulais jour par jour,‖ adorante et naïve,Vous contempler, Seigneur,‖ dans cette clarté vive…
Elle a passé ! Depuis,‖ mon sort tremble toujours,Et je n’ai plus de mère‖ où s’attachent mes jours.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 24(aa)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 24 distiques
- Mots à la rime
- a bénie / l’harmonie féminine, classiquea d’or / encor masculine, classiquea Madone / pardonne féminine, classiquea pardonnez-le-nous / genoux masculine, classiquea passionnée / sillonnée féminine, classiquea yeux / cieux masculine, classiquea sonore / encore féminine, classiquea l’enfer / ouvert masculine, non classiquea savoureuse / bienheureuse féminine, classiquea jours / toujours masculine, classiquea amère / mère féminine, classiquea lieu / Dieu masculine, classiquea charmante / lamente féminine, classiquea vermeil / soleil masculine, classiquea fille / famille féminine, classiquea malheurs / fleurs masculine, classiquea donne / l’aumône féminine, classiquea ici-bas / pas masculine, équivalentea fervente / savante féminine, classiquea enfants / étouffants masculine, classiquea vie / suivie féminine, classiquea s’égarer / s’éclairer masculine, classiquea naïve / vive féminine, classiquea toujours / jours masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Inédites, Genève, Impr. de J. Fick, 1860· numérisation archive.org· Sources