Poésies inédites, 1860· Foi
Une nuit de mon âme
Par un rêve dont la flammeÉclairait mes yeux fermés,La nuit emporta mon âmeOù dorment nos morts aimés.Sous ma fervente lumièreLe sol tressaille et se fend,Et je ressaisis ma mèreQui renaît pour son enfant !
« Tu viens donc ! » dit la chère ombreDont la voix m’ouvre le cœur ;« Tu sais donc qu’en ce lieu sombreTout spectre attend le bonheur ?Viens, ne crains pas leur silenceNi leurs yeux ouverts sans voir,Le sommeil qui les balanceN’a de vivant que l’espoir.
L’espoir, ô ma bien-aimée,Sève qui remonte à Dieu.Vigne errante et parfuméeQui fleurit, même en ce lieu ;L’espoir, cette étreinte immenseQui joint tous les univers,Ne sens-tu pas qu’il commenceD’unir au moins nos revers ?
Comme aux chaleurs d’une serreL’homme fait germer ses fleurs,Le trépas qui nous enserreIci fait germer nos cœurs.À travers le dernier voileTendu sur l’autre avenirNous voyons la double étoileDe l’aube et du souvenir.
Que de sources éternellesDans ces lointains toujours beauxQue d’arbres aux fleurs nouvellesSur ces routes sans tombeaux !Vois que d’immortelles viesTe recevront avec moi :Vois que de mères suiviesD’enfants aimés comme toi !
Sous une forme repriseEt qui nous ressemblera,Avec un cri de surpriseChacun se reconnaîtra.« Quoi, c’est lui ! c’est toi ! c’est elle ! »Retentira de partout,Et l’on proclamera belleLa mort vivante et debout !
Jette donc loin des colèresContre d’innocents ingrats ;Le flambeau dont tu t’éclairesTe voit si tendre en mes bras.Cesse d’essayer la haine,Faite pour la mépriser :C’est perdre à river ta chaîneLa force de la briser.
Adieu, fille de mes larmes,Revue à force d’amour,Quand le temps rompra ses armes,Tu me suivras au grand jour.À ton épreuve asservie,Va plaindre les plus souffrants,Et pour gagner l’autre vie,Retourne avec les mourants. »
L’ombre alors pressa ma lèvreD’un baiser lent et profondQui d’une indicible fièvreFait encor battre mon front.Montez, mon humble courage.Sous les insultes du sort :J’irai plus haut que l’orageDans les ailes de la mort !
Versification
- Forme
- 9 huitains (huitains)
- Rimes
- 9(ababcdcd)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 9 huitains
- Mots à la rime
- a flamme / âme féminine, classiqueb fermés / aimés masculine, classiquec lumière / mère féminine, classiqued fend / enfant masculine, classiquea ombre / sombre féminine, classiqueb cœur / bonheur masculine, classiquec silence / balance féminine, classiqued voir / l’espoir masculine, classiquea bien-aimée / parfumée féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquec immense / commence féminine, classiqued univers / revers masculine, classiquea serre / enserre féminine, classiqueb fleurs / cœurs masculine, classiquec voile / étoile féminine, classiqued avenir / souvenir masculine, classiquea éternelles / nouvelles féminine, classiqueb beaux / tombeaux masculine, classiquec vies / suivies féminine, classiqued moi / toi masculine, classiquea reprise / surprise féminine, classiqueb ressemblera / reconnaîtra masculine, classiquec elle / belle féminine, classiqued partout / debout masculine, classiquea colères / t’éclaires féminine, classiqueb ingrats / bras masculine, classiquec haine / chaîne féminine, classiqued mépriser / briser masculine, classiquea larmes / armes féminine, classiqueb d’amour / jour masculine, classiquec asservie / vie féminine, classiqued souffrants / mourants masculine, classiquea lèvre / fièvre féminine, classiqueb profond / front masculine, classiquec courage / l’orage féminine, classiqued sort / mort masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Inédites, Genève, Impr. de J. Fick, 1860· numérisation archive.org· Sources