Poésies, 1830· Élégies
À madame sophie gay
Lyon.
Vous dont la voix absente‖ enhardit mon courage,Vous, qui m’avez cherchée‖ en mon obscur séjour,Dont le désir charmant‖ de me faire un beau jourA ralenti d’un jour‖ le rapide voyage ;Sophie, éprouvez-vous‖ ce tendre étonnementQui naît d’une amitié nouvelle ?Votre cœur, moins distrait,‖ sent-il en ce momentQu’un cœur de plus‖ vous nomme et vous appelle ?De mes regrets nouveaux‖ sentez-vous la moitié ?Ceux qui vous oppressaient‖ remplissent ma mémoire.Hélas ! en m’apprenant‖ qu’il n’est plus d’amitié,D’où vient que vous m’y faisiez croire ?C’est que vos doux regards‖ étaient fixés sur moi,C’est que l’amitié même‖ y versait tant de flamme,Qu’en y voyant briller‖ quelques pleurs et votre âme,En m’effrayant un peu‖ vous rengagiez ma foi.Qui se croirait heureuse‖ et se dirait aimée,Si vous ne l’étiez pas ?Si quelque âme volage‖ et désaccoutuméeOubliait de chercher‖ son bonheur sur vos pas,Soyez lente à le croire ;‖ apprenez de moi-mêmeQu’on ne change plus quand on aime.Ces bords où vos ennuis‖ cherchaient un ciel plus doux,Ce fleuve enorgueilli‖ d’avoir porté Delphine,L’écho qui dit encor‖ sa voix jeune et divine,Ici, tout me ressemble‖ et tout parle de vous.
Dans le trouble riant‖ d’une fête imprévue,Où parut un moment‖ m’oublier la douleur,Comme un bel arbrisseau,‖ fier de sa tendre fleur,N’est-ce donc pas vous que j’ai vue ?Quoi ! les ai-je rêvés,‖ ces rapides discours,Cette ombre plus rapide‖ et belle comme un songe,Celte amitié promise ?‖… Oh ! si c’est un mensonge,Laissez-le me bercer toujours !
Mais le plaisir s’arrête.Vous partez : de la fêteL’éclat s’est effacé.Sous de longs flots d’ébèneLa nuit couvre la plaineOù Delphine et sa mère‖ et ma joie ont passé.Pardonnez, si mon âme‖ à son chant monotoneRetourne en voyant fuir‖ les muses et les fleurs.Vous partez, et voici l’automne ;On dirait qu’elle attend des pleurs.L’été vient d’épuiser‖ sa dernière corbeille ;Pour vous revoir sourire‖ il s’est éteint plus tard,Et septembre au ciel gris,‖ avec votre départ,A vu fuir la dernière abeille.La feuille commence à jaunir,Les bois vont perdre leur parure ;Déjà pour les amours,‖ qu’un regret sait punir,Leur froide retraite est moins sûre.Quelquefois, sur moi-même‖ arrêtant ma pitié,Je frémis ; je regarde‖ où s’en va l’espérance ;Elle est loin, et de l’amitiéJ’ai plus que vous peut-être‖ éprouvé l’inconstance !
Mais vous m’avez parlé :‖ captive à votre voix,Tout ce que vous disiez,‖ j’aurais voulu l’écrire,Et tout ce que de vous‖ à présent je reçois,Oh ! que ne puis-je encor‖ vous entendre le dire !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 7[abba] 7[abab] 2[aa]
- Mètre
- Vers de 12, 8 et 6 syllabes (41 de 12, 12 de 8, 6 de 6, 1 de 10)· profil 8, 6, 6+6, (4+6)
- Mots à la rime
- a courage / voyage féminine, classiqueb séjour / jour masculine, classiquea étonnement / moment masculine, classiqueb nouvelle / appelle féminine, classiquea moitié / d’amitié masculine, classiqueb mémoire / croire féminine, classiquea moi / foi masculine, classiqueb flamme / âme féminine, classiquea aimée / désaccoutumée féminine, classiqueb pas masculine, classiquea moi-même / aime féminine, classiquea doux / vous masculine, classiqueb Delphine / divine féminine, classiquea imprévue / vue féminine, classiqueb douleur / fleur masculine, classiquea discours / toujours masculine, classiqueb songe / mensonge féminine, classiquea s’arrête / fête féminine, classiquea effacé / passé masculine, classiqueb d’ébène / plaine féminine, classiquea monotone / l’automne féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquea corbeille / abeille féminine, classiqueb tard / départ masculine, classiquea jaunir / punir masculine, classiqueb parure / sûre féminine, classiquea pitié / l’amitié masculine, classiqueb l’espérance / l’inconstance féminine, classiquea voix / reçois masculine, classiqueb l’écrire / dire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources