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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1830· Élégies

Élégie

Marceline Desbordes-Valmore· strophes variées, alexandrins et décasyllabes, 52 vers

Toi qui m’as tout repris‖ jusqu’au bonheur d’attendre,Tu m’as laissé pourtant‖ l’aliment d’un cœur tendre,L’amour ! et ma mémoire‖ où se nourrit l’amour.Je lui dois le passé ;‖ c’est presque ton retour !C’est là que tu m’entends,‖ c’est là que je t’adore,C’est là que sans fierté‖ je me révèle encore.Ma vie est dans ce rêve‖ où tu ne fuis jamais ;Il a ta voix ; ta voix !‖ tu sais si je l’aimais !C’est là que je te plains ;‖ car plus d’une blessure,Plus d’une gloire éteinte‖ a troublé, j’en suis sûre,Ton cœur, si généreux‖ pour d’autres que pour moi :Je t’ai senti gémir ;‖ je pleurais avec toi !

Qui donc saura te plaindre‖ au fond de ta retraite,Quand le cri de ma mort‖ ira frapper ton sein ?Tu t’éveilleras seul‖ dans la foule distraite,Où des amis d’un jour‖ s’entr’égare l’essaim ;Tu n’y sentiras plus‖ une âme palpitanteAu bruit de tes malheurs,‖ de tes moindres revers ,Ta vie, après ma mort,‖ sera moins éclatante :Une part de toi-même‖ aura fui l’univers.Il est doux d’être aimé !‖ Cette croyance intimeDonne à tout on ne sait‖ quel air d’enchantement :L’infidèle est content‖ des pleurs de sa victime ;Et, fier, aux pieds d’une autre‖ il en est plus charmant.

L’as-tu dit ?… Oui, cruel,‖ oui, je crois tout possible ;Je te pardonne tout,‖ sois heureux, tout est bien,Le ciel qui t’avait fait‖ pour me rendre sensible,Oublia que pour plaire‖ il ne me donnait rien.Et je fuis ; je t’échappe‖ au milieu de tes fêtes,Où tant de vœux‖ ont divisé nos pas !L’éloignement,‖ triste bienfait, hélas !Semble un rideau‖ jeté sur tes conquêtes.Je n’entends plus‖ ces déchirantes voix,Qui vont chercher des pleurs‖ jusques au fond des âmes ;Ces mots inachevés,‖ qui m’ont dit tant de foisLes noms changeants‖ de tes errantes flammes ;Je les sais tous !‖ ils ont brisé mes vœux ;Mais je n’étouffe plus‖ dans mon incertitude :Nous mourrons désunis ;‖ n’est-ce pas, tu le veux ?Pour t’oublier, viens voir !‖… qu’ai-je dit ? vaine étude,Où la nature apprend‖ à surmonter ses cris,Pour déguiser mon cœur,‖ que m’avez-vous appris ?La vérité s’élance‖ à mes lèvres sincères ;Sincère, elle t’appelle,‖ et tu ne l’entends pas !Ah ! sans t’avoir troublé‖ qu’elle meure tout bas !Je ne sais point m’armer‖ de froideurs mensongères :Je sais fuir ; en fuyant‖ on cache sa douleur,Et la fatigue‖ endort jusqu’au malheur.Oui, plus que toi l’absence‖ est douce aux cœurs fidèles :Du temps qui nous effeuille‖ elle amortit les ailes ;Son voile a protégé‖ l’ingrat qu’on veut chérir :On ose aimer encore,‖ on ne veut plus mourir.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
10[aa] 6[abab] 2[abba]
Mètre
Alexandrins et décasyllabes (45 de 12, 7 de 10)· profil 6+6, 4+6
Mots à la rime
a d’attendre / tendre féminine, classiquea l’amour / retour masculine, classiquea t’adore / encore féminine, classiquea jamais / l’aimais masculine, classiquea blessure / sûre féminine, classiquea moi / toi masculine, classiquea retraite / distraite féminine, classiqueb sein / l’essaim masculine, classiquea palpitante / éclatante féminine, classiqueb revers / l’univers masculine, classiquea intime / victime féminine, classiqueb d’enchantement / charmant masculine, classiquea possible / sensible féminine, classiqueb bien / rien masculine, classiquea fêtes / conquêtes féminine, classiqueb pas / hélas masculine, classiquea voix / fois masculine, classiqueb âmes / flammes féminine, classiquea vœux / veux masculine, classiqueb incertitude / étude féminine, classiquea cris / appris masculine, classiquea sincères / mensongères féminine, classiqueb pas / bas masculine, classiquea douleur / malheur masculine, classiquea fidèles / ailes féminine, classiquea chérir / mourir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources