Poésies, 1830· Élégies
L’inconstance
Inconstance, affreux sentiment,Je t’implorais, je te déteste.Si d’un nouvel amour‖ tu me fais un tourment,N’est-ce pas ajouter‖ au tourment qui me reste ?Pour me venger‖ d’un cruel abandon,Offre un autre secours‖ à ma fierté confuse.Tu flattes mon orgueil,‖ tu séduis ma raison ;Mais mon cœur est plus tendre,‖ il échappe à ta ruse.Oui, prête à m’engager‖ en de nouveaux liens,Je tremble d’être heureuse,‖ et je verse des larmes ;Oui, je sens que mes pleurs‖ avaient pour moi des charmes,Et que mes maux étaient mes biens.
Si tu veux m’égarer‖ dans l’amour que j’inspire,Si tu ne veux changer‖ ton ivresse en remords,Arrache donc mon âme‖ à ses premiers transports,À ce tourment aimé‖ que rien ne peut décrire.Me sera-t-il payé,‖ même par le bonheur ?Pour le goûter jamais,‖ mon âme est trop sensible :Je la donne au plaisir ;‖ une pente invincibleLa ramène vers la douleur.Comme un rêve mélancolique,Le souvenir de mes amoursTrouble mes nuits, voile mes jours.Il est éteint‖ ce feu, ce charme unique,Éteint par toi, cruelle !‖ En vain à mes genoux,Tu promets d’enchaîner‖ un amant plus aimable,Ce cœur blessé,‖ dont l’amour est jaloux,Donne encore un regret,‖ un soupir au coupable.
Qu’il m’était cher ! que je l’aimais !Que par un doux empire‖ il m’avait asservie !Ah ! je devais‖ l’aimer toute ma vie,Ou ne le voir jamais !Que méchamment il m’a trompée !Se peut-il que son âme‖ en fût préoccupée,Quand je donnais à son bonheurTous les battements de mon cœur !Dieu ! comment se peut-il‖ qu’une bouche si tendrePar un charme imposteur‖ égare la vertu ?Si ce n’est dans l’amour,‖ où pouvait-il le prendre,Quand il disait :‖ « Je t’aime, m’aimes-tu ? »
Ô fatale inconstance !‖ ô tourment de mon âme !Qu’as-tu fait de la sienne,‖ et qu’as-tu fait de moi ?Non, ce n’est pas l’Amour,‖ ce n’est pas lui, c’est toiQui de nos jours heureux‖ as désuni la flamme…Je ne pouvais le croire ;‖ un triste étonnementAu cœur le plus sensible‖ ôtait le sentiment.Mes pleurs se desséchaient‖ à leur source brûlante,J’étais pâle, mourante ;Mes yeux désenchantés‖ repoussaient l’avenir ;Tout semblait m’échapper,‖ tout, jusqu’au souvenir.
Mais il revient, rien ne l’efface ;La douleur en fuyant‖ laisse encore une trace.Si tu m’as vue un jour‖ me troubler à ta voix,C’est que tu l’imitais,‖ cet accent que j’adore :Oui, cet accent me trouble encore,Et mon cœur fut créé‖ pour n’aimer qu’une fois.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 4[abab] 7[abba] 6[aa]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (36 de 12, 13 de 8, 5 de 10, 2 de 6)· profil 8, 6, 6+6, 4+6
- Mots à la rime
- a sentiment / tourment masculine, classiqueb déteste / reste féminine, classiquea abandon / raison masculine, classiqueb confuse / ruse féminine, classiquea liens / biens masculine, classiqueb larmes / charmes féminine, classiquea j’inspire / décrire féminine, classiqueb remords / transports masculine, classiquea bonheur / douleur masculine, classiqueb sensible / invincible féminine, classiquea mélancolique / unique féminine, classiqueb amours / jours masculine, classiquea genoux / jaloux masculine, classiqueb aimable / coupable féminine, classiquea l’aimais / jamais masculine, classiqueb asservie / vie féminine, classiquea trompée / préoccupée féminine, classiquea bonheur / cœur masculine, classiquea tendre / prendre féminine, classiqueb vertu / m’aimes-tu masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb moi / toi masculine, classiquea étonnement / sentiment masculine, classiquea brûlante / mourante féminine, classiquea l’avenir / souvenir masculine, classiquea l’efface / trace féminine, classiquea voix / fois masculine, classiqueb j’adore / encore féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources