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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1830· Élégies

Élégie

Marceline Desbordes-Valmore· strophes variées, alexandrins surtout, 44 vers

Ma sœur, il est parti !‖ ma sœur, il m’abandonne !Je sais qu’il m’abandonne,‖ et j’attends, et je meurs,Je meurs. Embrasse-moi,‖ pleure pour moi… pardonne…Je n’ai pas une larme,‖ et j’ai besoin de pleurs.Tu gémis ? Que je t’aime !‖ Oh ! jamais le sourireNe te rendit plus belle‖ aux plus beaux de nos jours.Tourne vers moi les yeux,‖ si tu plains mon délire ;Si tes yeux ont des pleurs,‖ regarde-moi toujours.Mais retiens tes sanglots.‖ Il m’appelle, il me touche,Son souffle en me cherchant‖ vient d’effleurer ma bouche.Laisse, tandis qu’il brûle‖ et passe autour de nous,Laisse-moi reposer‖ mon front sur tes genoux.

Écoute ! ici, ce soir,‖ à moi-même cachée,Je ne sais quelle force‖ attirait mon ennui :Ce n’était plus son ombre‖ à mes pas attachée,Oh ! ma sœur, c’était lui !C’était lui, mais changé,‖ mais triste. Sa voix tendreAvait pris des accents‖ inconnus aux mortels,Plus ravissants, plus purs,‖ comme on croit les entendreQuand on rêve des cieux‖ aux pieds des saints autels.Il parlait, et ma vie‖ était près de s’éteindre.L’étonnement, l’effroi,‖ ce doux effroi du cœur,M’enchaînait devant lui.‖ Je l’écoutais se plaindre,Et, mourante pour lui,‖ je plaignais mon vainqueur…Il parlait, il rendait‖ la nature attentive ;Tout se taisait. Des vents‖ l’haleine était captive ;Du rossignol ému‖ le chant semblait mourir ;On eût dit que l’eau même‖ oubliait de courir.

Hélas ! qu’avait-il fait‖ alors pour me déplaire ?Il gémissait,‖ me cherchait comme toi.Non, je n’avais plus de colère,Il n’était plus coupable,‖ il était devant moi.

Sais-tu ce qu’il m’a dit ?‖ des reproches… des larmes…Il sait pleurer, ma sœur !Ô Dieu ! que sur son front‖ la tristesse a de charmes !Que j’aimais de ses yeux‖ la brûlante douceur !Sa plainte m’accusait ;‖ le crime… je l’ignore :J’ai fait pour l’expliquer‖ des efforts superflus.Ces mots seuls m’ont frappée,‖ il me les crie encore :« Je ne te verrai plus ! »Et je l’ai laissé fuir,‖ et ma langue glacéeA murmuré son nom‖ qu’il n’a pas entendu ;Et sans saisir sa main‖ ma main s’est avancée,Et mon dernier adieu‖ dans les airs s’est perdu.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
9[abab] 4[aa]
Mètre
Alexandrins surtout (39 de 12, 3 de 6, 1 de 8, 1 de 10)· profil 6, 6+6, (4+6), (8)
Mots à la rime
a m’abandonne / pardonne féminine, classiqueb meurs / pleurs masculine, classiquea sourire / délire féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classiquea touche / bouche féminine, classiquea nous / genoux masculine, classiquea cachée / attachée féminine, classiqueb ennui / lui masculine, classiquea tendre / entendre féminine, classiqueb mortels / autels masculine, classiquea s’éteindre / plaindre féminine, classiqueb cœur / vainqueur masculine, classiquea attentive / captive féminine, classiquea mourir / courir masculine, classiquea déplaire / colère féminine, classiqueb toi / moi masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiqueb sœur / douceur masculine, classiquea l’ignore / encore féminine, classiqueb superflus / plus masculine, classiquea glacée / avancée féminine, classiqueb entendu / perdu masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources