Poésies, 1830· Élégies
Élégie
Il avait dit un jour :‖ « Que ne puis-je auprès d’elle,(Elle, alors, c’était moi !‖) que ne puis-je chercherCe bonheur entrevu‖ qu’elle veut me cacher !Son cœur paraît si tendre ;‖ oh ! s’il était fidèle ! »Puis, fixant ses regards‖ sur mon front abattu,Du charme de ses yeux‖ il m’accablait encore,Et ses yeux, que j’adore,Portaient jusqu’à mon cœur :‖ « Je te parle, entends-tu ? »
Trop bien ! A-t-il soumis‖ mes plus chères années ?Je n’y trouve que lui,‖ rien ne me fut si cher !Et pourtant mes amours,‖ mes heures fortunées,N’était-ce pas hier ?
Que la vie est rapide‖ et paresseuse ensemble !Dans ma main qui s’égare,‖ et qui brûle, et qui tremble,Que sa coupe fragile‖ est lente à se briser !Ciel ! que j’y bois de pleurs‖ avant de l’épuiser !Mes inutiles jours‖ tombent comme les feuillesQu’un vent d’automne‖ emporte en murmurant :Ce n’est plus toi qui les accueilles :Qu’importe leur sort en mourant ?…Eh bien ! que rien ne les arrête ;Je les donne au tombeau ;‖ je m’y traîne à mon tour ;Et comme on oublie une fête,Jeune encor, j’oublîrai l’amour.
Pour beaucoup d’avenir‖ j’ai trop peu de courage ;Oui ! je le sens au poids‖ de mes jours malheureux,Ma vie est un orage affreuxQui ne peut être un long orage.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 3[abba] 3[abab] 2[aa]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (18 de 12, 7 de 8, 2 de 6, 1 de 10)· profil 6, 8, 6+6, (4+6)
- Mots à la rime
- a d’elle / fidèle féminine, classiqueb chercher / cacher masculine, classiquea abattu / entends-tu masculine, classiqueb encore / j’adore féminine, classiquea années / fortunées féminine, classiqueb cher / hier masculine, classiquea ensemble / tremble féminine, classiquea briser / l’épuiser masculine, classiquea feuilles / accueilles féminine, classiqueb murmurant / mourant masculine, classiquea arrête / fête féminine, classiqueb tour / l’amour masculine, classiquea courage / orage féminine, classiqueb malheureux / affreux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources