Poésies, 1830· Idylles
La fontaine
Et moi je n’aime plus‖ la fontaine d’eau vive,Dont la molle fraîcheur‖ m’attirait vers le soir ;Et comme l’autre été,‖ dormeuse, sur sa rive,Je ne vais plus m’asseoir.
Dans les saules émus‖ passe-t-elle affaiblie ?Je fuis vers le sentier‖ qui ramène au hameau,Sans oser regarder‖ si du plus jeune ormeauElle baigne l’écorce,‖ et le nom que j’oublie !Que son cristal mouvant‖ épure les zéphyrs,Que la fleur soit contente‖ en s’y voyant éclore,Qu’un front riant s’admire‖ en son eau qu’il colore,L’eau ne roulera plus‖ au bruit de mes soupirs.
Je l’aimais l’autre été,‖ j’aimais tout. Simple et tendre,Je croyais tout sincère‖ à l’égal de mon cœur :Eh bien ! comme une voix‖ que j’y venais entendre,À présent tout me semble‖ infidèle et moqueur.Cette murmurante fontaine,Appelant un secret‖ qu’elle ne comprend pas,Semblait me demander ma peine,Et son charme égarait mes pas.
Elle est douce à l’oreille :‖ oh ! c’est qu’elle est flatteuse.Une image nouvelle‖ y glisse tous les jours.Elle parle… elle est libre…‖ hélas ! elle est heureuse ;Mais libre, elle est ingrate‖ et s’échappe toujours.
Et moi je n’aime plus‖ la fontaine d’eau vive,Dont la molle fraîcheur‖ m’attirait vers le soir,Et comme l’autre été,‖ rêveuse, sur sa rive,Je ne vais plus m’asseoir.
Versification
- Forme
- Quatrains
- Rimes
- 3(abab) 1(abbacddc) 1(ababcdcd)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (23 de 12, 3 de 8, 2 de 6)· profil 8, 6+6, (6)
- Strophes
- 3 quatrains, 2 huitains
- Mots à la rime
- a vive / rive féminine, classiqueb soir / m’asseoir masculine, classiquea affaiblie / j’oublie féminine, classiqueb hameau / ormeau masculine, classiquec zéphyrs / soupirs masculine, classiqued éclore / colore féminine, classiquea tendre / entendre féminine, classiqueb cœur / moqueur masculine, classiquec fontaine / peine féminine, classiqued pas masculine, classiquea flatteuse / heureuse féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources