Poésies, 1830· Poésies diverses
La mouche bleue
Humble fille de l’air,‖ mouche bleue et gentille,Qui rafraîchis ton vol‖ sur d’humides roseaux,N’es-tu pas le nain des oiseaux ?Non ! tu ne chantes pas,‖ légère volatile,Tu n’as point de plumage,‖ et ton rapide essorM’en fait mieux admirer‖ l’invisible ressort.Tu ris de l’oiseleur,‖ tu fais sauver sa joie,Ton piquant aiguillon‖ le distrait de sa proie,Et ton bourdonnement moqueurLui nomme impunément‖ son agile vainqueur.Tu montes jusqu’aux cieux,‖ les ailes étendues ;Un rayon de soleil‖ te guide et te soutient ;Ta famille dansante‖ et s’y joue et s’y tient,Comme un essaim de fleurs‖ dans les airs répandues.Qu’il est gai de te voir‖ t’y balancer longtemps,Descendre vers la terre,‖ et remonter encore,Y chercher, renaissante‖ au souffle du printemps,Sur la robe de gaze‖ un reflet de l’aurore !Violette vivante !‖ à ce peu qu’il t’a fait,Le Ciel donna le monde,‖ imprima la pensée,Le sentiment, l’amour !‖ et, sans remords blessée,Pour toi, du moins,‖ l’amour n’est qu’un bienfait !
Je m’amuse à rêver‖ sur ton frêle édificeSoutenu de frêles piliers,Si polis et si réguliers,Qu’on les croirait‖ mouvants par artifice.Hélas ! dans l’âge le plus fort,Comme toi l’homme tombe ;‖ et ce maître du mondeN’a plus d’ami qui le secondeDans son duel avec la Mort
Ô mouche ! que ton être‖ occupa mon enfance !Combien, lorsqu’attristant‖ mon paisible loisirQuelque enfant sous mes yeux‖ accourait te saisir,Mes larmes prenaient ta défense !
Petite philosophe,‖ on a médit de toi :J’en veux à la fourmi‖ qui t’a cherché querelle.Un printemps fait ta vie,‖ en jouir est ta loi ;Es-tu moins prévoyante,‖ es-tu moins riche qu’elle ?Esclave de la terre,‖ elle y rampe toujours ;Ses trésors souterrains‖ sont clos à l’indigence ;Et, quand il a rempli‖ son avare exigence,Du ciron malheureux‖ elle abrège les jours.Pour toi, souvent rêveuse‖ et souvent endormie,Je t’observe partout‖ avec des yeux d’amie :Quand la nature est triste,‖ il ne te faut plus rien,Et tu romps avec elle‖ un fragile lien.
Oh ! puisse l’âpre hiver‖ épargner ta faiblesse !Que l’aquilon jamais‖ ne te soit rigoureux !Que ton corps délicat,‖ qu’un rien détruit ou blesse,Trouve contre la brume‖ un foyer généreux !Atome voyageur !‖ en passant les montagnes,Les ruisseaux, les chemins,‖ les cités, les campagnes,Que Dieu te sauve, hélas !‖ et du bec d’un oiseau,Et de l’insecte au fin réseau !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 7[abba] 7[aa] 3[abab]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (43 de 12, 9 de 8, 2 de 10)· profil 8, 6+6, 4+6
- Mots à la rime
- a gentille / volatile féminine, classiqueb roseaux / oiseaux masculine, classiquea essor / ressort masculine, non classiquea joie / proie féminine, classiquea moqueur / vainqueur masculine, classiquea étendues / répandues féminine, classiqueb soutient / tient masculine, classiquea longtemps / printemps masculine, classiqueb encore / l’aurore féminine, classiquea fait / bienfait masculine, classiqueb pensée / blessée féminine, classiquea édifice / artifice féminine, classiqueb piliers / réguliers masculine, classiquea fort / Mort masculine, classiqueb monde / seconde féminine, classiquea enfance / défense féminine, classiqueb loisir / saisir masculine, classiquea toi / loi masculine, classiqueb querelle / qu’elle féminine, classiquea toujours / jours masculine, classiqueb l’indigence / exigence féminine, classiquea endormie / d’amie féminine, classiquea rien / lien masculine, classiquea faiblesse / blesse féminine, classiqueb rigoureux / généreux masculine, classiquea montagnes / campagnes féminine, classiquea oiseau / réseau masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources