Poésies, 1830· Poésies inédites romances
Le dernier rendez-vous
Mon seul amour ! embrasse-moi.Si la Mort me veut avant toi,Je bénis Dieu ; tu m’as aimée !Ce doux hymen eut peu d’instants.Tu vois ! les fleurs n’ont qu’un printemps,Et la rose meurt embaumée.Mais quand, sous tes pieds renfermée,Tu viendras me parler tout bas,Crains-tu que je n’entende pas ?
Je t’entendrai, mon seul amour !Triste dans mon dernier séjour,Si le courage t’abandonne ;Et la nuit, sans te commander,J’irai doucement te gronder,Puis te dire : « Dieu nous pardonne ! »Et, d’une voix que le ciel donne,Je te peindrai les cieux tout bas :Crains-tu de ne m’entendre pas ?
J’irai seule, en quittant tes yeux,T’attendre à la porte des cieux,Et prier pour ta délivrance.Oh ! dussé-je y rester longtemps,Je veux y couler mes instantsÀ t’adoucir quelque souffrance ;Puis un jour, avec l’Espérance,Je viendrai délier tes pas ;Crains-tu que je ne vienne pas ?
Je viendrai, car tu dois mourir,Sans être las de me chérir ;Et comme deux ramiers fidèles,Séparés par de sombres jours,Pour monter où l’on vit toujours,Nous entrelacerons nos ailes !Là, nos heures sont éternelles.Quand Dieu nous l’a promis tout bas,Crois-tu que je n’écoutais pas ?
Versification
- Forme
- 4 neuvains (neuvains)
- Rimes
- 4(aabccbbdd)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 4 neuvains
- Mots à la rime
- a embrasse-moi / toi masculine, classiqueb aimée / embaumée / renfermée féminine, classiquec d’instants / printemps masculine, classiqued bas / pas masculine, classiquea amour / séjour masculine, classiqueb t’abandonne / pardonne / donne féminine, classiquec commander / gronder masculine, classiquea yeux / cieux masculine, classiqueb délivrance / souffrance / l’Espérance féminine, classiquec longtemps / instants masculine, classiqued pas masculine, classiquea mourir / chérir masculine, classiqueb fidèles / ailes / éternelles féminine, classiquec jours / toujours masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources