Poésies, 1830· Poésies inédites romances
Réponds-moi
T’ai-je vu chez mon père,Dans l’âge où tout est beau,Comme je dois, j’espère,Te voir près du tombeau ?Sur les bords de ma vie,Vins-tu voir après moi ?Oui, quelqu’un m’a suivie,Et je crois que c’est toi !
Quand tout semble un hommageÀ nos yeux entr’ouverts,Ai-je vu ton imagePeinte sur l’univers ?Et toi, sous une flammeDont le ciel t’éclairait,Dans le fond de ton âmeCachais-tu mon portrait ?
Aimais-tu l’humble écoleOù j’allais autrefois ?L’ange, qui la console,Parlait-il dans ta voix ?Et, quand j’appris à lireMa prière à genoux,Vins-tu m’aider à dire :« Mon Dieu, bénissez-nous ! »
À l’étroite fenêtre,Où riait un jasmin,Quand je n’osais paraître,Élevais-tu ta main ?Oui ! la même ombre encoreGlissait dans le soleil,Et jusqu’à l’autre aurorePassait sur mon sommeil !
Dans l’enclos plein d’ombrage,Où j’avais frais et peur,Plaçais-tu ton courageEntre l’ombre et mon cœur ?Pour causer sans médire,Y venais-tu t’asseoir,Et, sans pouvoir sourire,Nous disions-nous : « Bonsoir ! »
T’ai-je aimé la première,Lorsque ta main s’ouvraitAu pauvre sans chaumière,Dont la flûte pleurait ?Le demandeur d’aumôneA-t-il béni nos jours ?Et devant sa MadoneAvons-nous dit : « Toujours ! »
T’ai-je conté mes peines,Quand je crus en avoir ?Un jour… triste à nos plaines,M’as-tu dit : « Au revoir ! »Pour un âge plus tendreM’as-tu promis des fleurs ?Sais-tu qu’à les attendreJ’ai versé bien des pleurs ?
Sais-tu que le ciel mêmeT’ouvrit notre maison ?Et que ton nom que j’aimeSe trouve dans mon nom ?Mais à ma confidenceN’as-tu pas répondu ?Oui ! jusqu’en ton silence,Je t’ai tout entendu !
Versification
- Forme
- 8 huitains (huitains)
- Rimes
- 8(ababcdcd)
- Mètre
- Hexasyllabes
- Strophes
- 8 huitains
- Mots à la rime
- a père / j’espère féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquec vie / suivie féminine, classiqued moi / toi masculine, classiquea hommage / image féminine, classiqueb entr’ouverts / l’univers masculine, classiquec flamme / âme féminine, classiqued t’éclairait / portrait masculine, classiquea école / console féminine, classiqueb autrefois / voix masculine, classiquec lire / dire féminine, classiqued genoux / bénissez-nous masculine, classiquea fenêtre / paraître féminine, classiqueb jasmin / main masculine, classiquec encore / aurore féminine, classiqued soleil / sommeil masculine, classiquea d’ombrage / courage féminine, classiqueb peur / cœur masculine, classiquec médire / sourire féminine, classiqued t’asseoir / Bonsoir masculine, classiquea première / chaumière féminine, classiqueb s’ouvrait / pleurait masculine, classiquec d’aumône / Madone féminine, classiqued jours / Toujours masculine, équivalentea peines / plaines féminine, classiqueb avoir / revoir masculine, classiquec tendre / attendre féminine, classiqued fleurs / pleurs masculine, classiquea même / j’aime féminine, classiqueb maison / nom masculine, classiquec confidence / silence féminine, classiqued répondu / entendu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources