Poésies, 1830· Idylles
Les roses
L’air était pur,‖ la nuit régnait sans voiles ;Elle riait‖ du dépit de l’Amour ;Il aime l’ombre,‖ et le feu des étoiles,En scintillant,‖ formait an nouveau jour :Tout s’y trompait.‖ L’oiseau, dans le bocage,Prenait minuit‖ pour l’heure des concerts ;Et les zéphyrs,‖ surpris de ce ramage,Plus mollement‖ le portaient dans les airs.Tandis qu’aux champs‖ quelques jeunes abeillesVolaient encore‖ en tourbillons légers,Le Printemps en silence‖ épanchait ses corbeilles,Et de ses doux présents‖ embaumait nos vergers.Ô ma mère ! on eût dit‖ qu’une fête aux campagnes,Dans cette belle nuit,‖ se célébrait tout bas ;On eût dit que de loin‖ mes plus chères compagnesMurmuraient des chansons‖ pour attirer mes pas.
J’écoutais, j’entendais‖ couler, parmi les roses,Le ruisseau qui, baignant‖ leurs couronnes écloses,Oppose un voile humide‖ aux brûlantes chaleurs ;Et moi, cherchant le frais‖ sur la mousse et les fleurs,Je m’endormis.‖ Ne grondez pas, ma mère !Dans notre enclos‖ qui pouvait pénétrer ?Moutons et chiens,‖ tout venait de rentrer,Et j’avais vu Daphnis‖ passer avec son père.Au bruit de l’eau,‖ je sentis le sommeilEnvelopper mon âme‖ et mes yeux d’un nuage,Et lentement‖ s’évanouir l’imageQue je tremblais‖ de revoir au réveil :Je m’endormis.‖ Mais l’image, enhardie,Au bruit de l’eau‖ se glissa dans mon cœur.Le chant des bois,‖ leur vague mélodie,En la berçant,‖ fait rêver la pudeur.En vain, pour m’éveiller,‖ mes compagnes chéries,En me tendant‖ leurs bras entrelacés,Auraient fait de mon nom‖ retentir les prairies ;J’aurais dit : « Non ! je dors,‖ je veux dormir ! dansez ! »
Mille songes couraient ;‖ c’étaient les seuls nuagesQue la lune teignît‖ de ses vagues lueurs :Comme les papillons‖ sur leurs ailes volagesDe l’air qui les balance‖ empruntent les couleurs.
Calme, les yeux fermés,‖ je me sentais sourire ;Des songes prêts à fuir‖ je retenais l’essor ;Mais las de voltiger,‖ (ma mère, j’en soupire !)Ils disparurent tous ;‖ un seul me trouble encor ;Un seul. Je vis Daphnis‖ franchissant la clairière ;Son ombre s’approcha‖ de mon sein palpitant ;C’était une ombre,‖ et j’avais peur pourtant ;Mais le sommeil‖ enchaînait ma paupière.Doucement, doucement,‖ il m’appela deux fois ;J’allais crier, j’étais tremblante ;Je sentis sur ma bouche‖ une rose brûlante,Et la frayeur m’ôta la voix.Depuis ce temps,‖ ne grondez pas, ma mère,Daphnis, qui chaque soir‖ passait avec son père,Daphnis me suit partout,‖ pensif et curieux.Ô ma mère ! il a vu‖ mon rêve dans mes yeux !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 8[abab] 4[aa] 4[abba]
- Mètre
- Alexandrins et décasyllabes (30 de 12, 24 de 10, 2 de 8)· profil 8, 4+6, 6+6
- Mots à la rime
- a voiles / étoiles féminine, classiqueb l’Amour / jour masculine, classiquea bocage / ramage féminine, classiqueb concerts / airs masculine, classiquea abeilles / corbeilles féminine, classiqueb légers / vergers masculine, classiquea campagnes / compagnes féminine, classiqueb bas / pas masculine, classiquea roses / écloses féminine, classiquea chaleurs / fleurs masculine, classiquea mère / père féminine, classiqueb pénétrer / rentrer masculine, classiquea sommeil / réveil masculine, classiqueb nuage / l’image féminine, classiquea enhardie / mélodie féminine, classiqueb cœur / pudeur masculine, classiquea chéries / prairies féminine, classiqueb entrelacés / dansez masculine, classiquea nuages / volages féminine, classiqueb lueurs / couleurs masculine, classiquea sourire / soupire féminine, classiqueb l’essor / encor masculine, classiquea clairière / paupière féminine, classiqueb palpitant / pourtant masculine, classiquea fois / voix masculine, classiqueb tremblante / brûlante féminine, classiquea curieux / yeux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources