Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Stances
Caprice
VERS le bord d’un ruisseau‖ dont l’onde vive et pureDes arbres d’alentour‖ entretient la verdure,Iris, dont les chansons,‖ Iris, dont les appasOnt fait voler le nom‖ de contrée en contrée,D’un profond ennui pénétrée,Conduisait lentement ses pas.Ni le naissant émail‖ d’une jeune prairie,Ni le doux murmure des eaux,Ni le tendre chant des oiseaux,Ne dissipaient sa rêverie.Enfin, s’écria-t-elle, Amour,Tu ne fais plus couler mes larmes.Je ne soupire plus,‖ je ne sens plus d’alarmes ;Tranquillité,‖ vous êtes de retour.Mais que dans ce bonheur‖ je trouve peu de charmes,En perdant mes transports,‖ mes craintes, mes désirs !Hélas ! que j’ai perdu‖ de biens et de plaisirs !Al ! le repos n’est pas‖ aussi doux qu’on le pense ;Rien dans ce triste état‖ n’occupe ni ne plaît ;On fait tout avec nonchalance :L’Amour vaut cent fois mieux,‖ tout dangereux qu’il est.À d’agréables maux‖ son caprice nous livre ;On n’a point avec lui‖ d’inutiles momens ;Tout est plaisir pour les amans.À sa tendresse, hélas !‖ pourquoi faut-il survivre !Peut-on s’accoutumer‖ à ne sentir plus rien ?Et pour les cœurs enfin‖ le calme est-il un bien ?Non, non, Reviens, Amour,‖ chasse par ta présenceCet ennuyeux loisir‖ qui suit l’indifférence ;Rassemble tous tes feux‖ pour rallumer le mien.Hélas ! tu ne viens point ;‖ vainement je t’appelle.Que mon aventure est cruelle !Malgré moi tu sus m’enflammer,Et quand je veux‖ que mon feu renouvelle,Tu ne veux pas le rallumer.Que t’aurait-il coûté‖ de me soumettre encore ?Pourquoi refuses-tu mes vœux ?Tes plaisirs ne sont point‖ le secours que j’implore.Je ne demande pas‖ de ces destins heureuxQue l’on désire tant,‖ que tu fais quand tu veux,À toutes tes rigueurs‖ je suis accoutumée.La haine de l’ingrat‖ qui m’avait su charmerMe défend de prétendre‖ au plaisir d’être aimée ;Je ne veux que celui d’aimer.Qu’à s’alarmer, hélas !‖ mon esprit est facile !Qu’est-ce qui me fait voir‖ que mes fers sont rompus ?Qui m’a dit que je suis tranquille ?Souhaiter de l’amour,‖ est-ce n’en avoir plus ?Que de confus transports,‖ et quelle incertitude !Mais mon destin n’est plus douteux :Je vois ce beau berger,‖ ce berger orgueilleuxPour qui seul j’ai senti‖ tout ce qu’a de plus rudeUn amour tendre et malheureux.Ah ! je sens renaître à sa vueCes tourmens qui faisaient‖ mes plus ardens souhaits.Le trouble se répand‖ dans mon âme éperdue ;Je te rends grâce, Amour,‖ j’aime plus que jamais.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 2[aa] 3[abba] 2[abbab] 4[abab] 1[aabba] 1[aabab] 1[ababb]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (37 de 12, 18 de 8, 2 de 10)· profil 8, 6+6, 4+6
- Mots à la rime
- a pure / verdure féminine, classiquea appas / pas masculine, classiqueb contrée / pénétrée féminine, classiquea prairie / rêverie féminine, classiqueb eaux / oiseaux masculine, classiquea Amour / retour masculine, classiqueb larmes / d’alarmes / charmes féminine, classiquea désirs / plaisirs masculine, classiquea pense / nonchalance féminine, classiqueb plaît / est masculine, classiquea livre / survivre féminine, classiqueb momens / amans masculine, classiquea rien / bien / mien masculine, classiqueb présence / l’indifférence féminine, classiquea t’appelle / cruelle / renouvelle féminine, classiqueb m’enflammer / rallumer masculine, classiquea encore / j’implore féminine, classiqueb vœux / heureux / veux masculine, classiquea accoutumée / aimée féminine, classiqueb charmer / d’aimer masculine, classiquea facile / tranquille féminine, classiqueb rompus / plus masculine, classiquea incertitude / rude féminine, classiqueb douteux / orgueilleux / malheureux masculine, classiquea vue / éperdue féminine, classiqueb souhaits / jamais masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
57 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources