Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Stances
À Madame ***
LES ombres blanchissaient,‖ et la naissante auroreAnnonçait dans ces lieux‖ le retour du soleil,Lorsque dans les bras du sommeil,Malgré des soins cuisans,‖ je languissais encoreÀ la merci‖ de ses vaines erreurs,Dont il sait ébranler‖ le plus ferme courage,Dont il sait enchanter‖ les plus vives douleurs.De toute ma raison‖ ayant perdu l’usage,Je croyais être, Iris,‖ dans un sombre bocageOù les rossignols tour à tourSemblaient me dire en leur langage :Vous résistez en vain‖ au pouvoir de l’Amour ;Tôt ou tard ce dieu nous engage.Ah ! dépêchez-vous de choisir.J’écoutais ce tendre ramageAvec un assez grand plaisir,Quand un certain oiseau,‖ plus beau que tous les autres,Sur des myrtes fleuris‖ commença de chanter.Doux rossignols, sa voix‖ l’emporta sur les vôtres ;Je vous quittai pour l’écouter.Dieux ! qu’elle me parut belle !Qu’elle s’exprimait tendrement !Sa manière était nouvelle,Et l’on rencontrait en elleJe ne sais quel agrément.Pour avoir plus long-temps‖ le plaisir de l’entendre,Voyant que, sans s’effaroucher,Cet agréable oiseau‖ se laissait approcher,J’avançai la main pour le prendre ;Je le tenais déjà,‖ quand je ne sais quel bruitNous effraya tous deux :‖ l’aimable oiseau s’enfuit.Dans les bois après lui‖ j’ai couru transportée,Et par une route écartéeJe suivais son vol avec soin :Soit hasard, soit adresse,Malgré ma délicatesse,Dieux ! qu’il me fit aller loin !Enfin, n’en pouvant plus,‖ il se rend ; je l’attrape,Comme j’en avais eu dessein ;Et, folle que je suis,‖ j’ai si peur qu’il n’échappe,Que je l’enferme dans mon sein.Ô déplorable aventure !Ce malicieux oiseau,Qui m’avait paru si beau,Change aussitôt de figure,Devient un affreux serpent,Et du venin qu’il répandMon cœur fait sa nourriture.Ainsi, loin de goûter‖ les plaisirs innocensDont sa trompeuse voix‖ avait flatté mes sens,Je souffrais de cruels supplices.Le traître n’avait plus‖ sa première douceur,Et, selon ses divers caprices,Il troublait ma raison‖ et déchirait mon cœur.Par des commencemens si rudes,Voyant que les plaisirs‖ que je devais avoirSe changeaient en inquiétudes,Renonçant tout d’un coup‖ au chimérique espoirDont il voulait me faire‖ une nouvelle amorce,D’un dépit plein de fureurJ’empruntai toute ma force,Et j’étouffai l’imposteur.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 3[abba] 8[abab] 1[abaab] 3[aa] 1[abbacca]
- Mètre
- Vers de 12, 8 et 7 syllabes (25 de 12, 19 de 8, 16 de 7, 1 de 6, 1 de 10)· profil 8, 7, 6+6, (4+6), (6)
- Mots à la rime
- a aurore / encore féminine, classiqueb soleil / sommeil masculine, classiquea erreurs / douleurs masculine, classiqueb courage / l’usage féminine, classiquea bocage / langage féminine, classiqueb tour / l’Amour masculine, classiquea engage / ramage féminine, classiqueb choisir / plaisir masculine, classiquea autres / vôtres féminine, classiqueb chanter / l’écouter masculine, classiquea belle / nouvelle / elle féminine, classiqueb tendrement / agrément masculine, classiquea l’entendre / prendre féminine, classiqueb s’effaroucher / approcher masculine, classiquea bruit / s’enfuit masculine, classiquea transportée / écartée féminine, classiquea soin / loin masculine, classiqueb adresse / délicatesse féminine, classiquea l’attrape / n’échappe féminine, classiqueb dessein / sein masculine, classiquea aventure / figure / nourriture féminine, classiqueb oiseau / beau masculine, classiquec serpent / répand masculine, classiquea innocens / sens masculine, classiquea supplices / caprices féminine, classiqueb douceur / cœur masculine, classiquea rudes / inquiétudes féminine, classiqueb avoir / espoir masculine, classiquea amorce / force féminine, classiqueb fureur / l’imposteur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
62 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources