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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Églogues

Célimène

Antoinette Deshoulières· strophes variées, heptasyllabes, 74 vers

ASSISE au bord de la Seine,Sur le penchant d’un coteau,La bergère CélimèneLaisse paître son troupeau.

Il descend dans la prairie,Sans qu’elle daigne songerQue le loup pourra mangerSa brebis la plus chérie.

Le souvenir d’un bergerQue la fortune cruelleForce à vivre éloigné d’elleDans un climat étrangerCause la douleur mortelleQui lui fait tout négliger.

Tantôt, cédant à la forceDe ses amoureux transports,Elle grave sur l’écorceDes arbrisseaux de ces bords :Puisse durer, puisse croîtreL’ardeur de mon jeune amant,Comme feront sur ce hêtreCes marques de mon tourment !

Tantôt, mêlant sur le sableLe nom d’Achante et le sien,Elle trouve insupportableQu’un zéphyr impitoyableEn passant n’en laisse rien.

Quelle cruelle aventure,Dit-elle avec un soupir,Si ce que fait le zéphyrM’est un véritable augureQue de si tendres amoursNe dureront pas toujours

Je briserais la musetteQue me laissa l’imposteur,Et du fer de ma houletteJe me percerais le cœur.À ces mots elle repasseDans son esprit alarméL’air, les traits, l’esprit, la grâceDe ce berger trop aimé.

Les oiseaux de ce bocageSe taisent pour écouterCe qu’ils entendent chanterDu beau berger qui l’engage :Ils voudraient le répéter ;Mais leur plus tendre ramageNe la saurait imiter.

Jamais cette triste amanteNe voit sur l’herbe naissanteFolâtrer d’heureux amansQu’elle ne se représenteCombien l’absence d’AchanteLui vole de doux momens.

Jamais des bergers ne viennentDe ces bords délicieuxOù les destins le retiennent,Que son amour curieuxNe s’informe si ces lieuxOnt des nymphes assez bellesPour faire des infidèles.Enfin mille fois le jour,Elle veut, elle appréhendeTout ce que craint et demandeLe plus violent amour.

Qu’on doit plaindre une bergèreSi facile à s’alarmer !Pourquoi du plaisir d’aimerFaut-il se faire une affaire ?Quels bergers en font autantDans l’ingrat siècle où nous sommes ?Achante, qu’elle aime tant,Est peut-être un inconstantComme tous les autres hommes.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
5[abab] 5[abba] 1[abbaba] 2[abaab] 3[aa] 1[abbacac] 1[ababb]
Mètre
Heptasyllabes
Mots à la rime
a Seine / Célimène féminine, classiqueb coteau / troupeau masculine, classiquea prairie / chérie féminine, classiqueb songer / manger masculine, classiquea berger / étranger / négliger masculine, classiqueb cruelle / d’elle / mortelle féminine, classiquea force / l’écorce féminine, classiqueb transports / bords masculine, classiquea croître / hêtre féminine, classiqueb amant / tourment masculine, classiquea sable / insupportable / impitoyable féminine, classiqueb sien / rien masculine, classiquea aventure / augure féminine, classiqueb soupir / zéphyr masculine, classiquea amours / toujours masculine, classiquea musette / houlette féminine, classiqueb l’imposteur / cœur masculine, classiquea repasse / grâce féminine, classiqueb alarmé / aimé masculine, classiquea bocage / l’engage / ramage féminine, classiqueb écouter / chanter masculine, classiquec répéter / imiter masculine, classiquea amante / naissante féminine, classiquea amans / momens masculine, classiqueb représente / d’Achante féminine, classiquea viennent / retiennent féminine, classiqueb délicieux / curieux / lieux masculine, classiquea belles / infidèles féminine, classiquea jour / amour masculine, classiqueb appréhende / demande féminine, classiquea bergère / affaire féminine, classiqueb s’alarmer / d’aimer masculine, classiquea autant / tant / inconstant masculine, classiqueb sommes / hommes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

74 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources