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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Églogues

Iris

Antoinette Deshoulières· distiques, alexandrins, 76 vers

LA terre fatiguée,‖ impuissante, inutile,Préparait à l’hiver‖ un triomphe facile ;Le soleil sans éclat‖ précipitant son cours,Rendait déjà les nuits‖ plus longues que les jours,Quand la bergère Iris,‖ de mille appas ornée,Et, malgré tant d’appas,‖ amante infortunée,Regardant les buissons‖ à demi dépouillés :Vous que mes pleurs, dit-elle,‖ ont tant de fois mouillés,De l’automne en couroux‖ ressentez les outrages ;Tombez, feuilles, tombez,‖ vous dont les noirs ombragesDes plaisirs de Tircis‖ faisaient la sûreté,Et payez le chagrin‖ que vous m’avez coûté.

Lieux toujours opposés‖ au bonheur de ma vie,C’est ici qu’à l’Amour‖ je me suis asservie.Ici j’ai vu l’ingrat‖ qui me tient sous ses lois ;Ici j’ai soupiré‖ pour la première fois :Mais tandis que pour lui‖ je craignais mes faiblesses,Il appelait son chien,‖ l’accablait de caresses :Du désordre où j’étais,‖ loin de se prévaloir,Le cruel ne vit rien,‖ ou ne voulut rien voir.Il loua mes moutons,‖ mon habit, ma houlette ;Il m’offrit de chanter‖ un air sur ma musette ;Il voulut m’enseigner‖ qu’elle herbe va paissantPour reprendre sa force‖ un troupeau languissant ;Ce que fait le soleil‖ des brouillards qu’il attire :N’avait-il rien, hélas !‖ de plus doux à me dire ?

Depuis ce jour fatal‖ que n’ai-je point souffert !L’absence, la raison,‖ l’orgueil, rien ne me sert.J’ai de nos vieux pasteurs‖ consulté le plus sage ;J’ai mis tous ses conseils‖ vainement en usage :De victimes, d’encens‖ j’ai fatigué les dieux ;J’ai sur d’autres bergers‖ souvent tourné les yeux ;Mais ni le jeune Atis,‖ ni le tendre Philène,Les délices, l’honneur‖ des rives de la Seine,Dont le front fut cent fois‖ de myrtes couronné,Savans en l’art de vaincre‖ un courage obstiné,Eux que j’aidais moi-même‖ à me rendre inconstante,N’ont pu rompre un moment‖ le charme qui m’enchante.Encor serais-je heureuse‖ en ce honteux lien,Si, ne pouvant m’aimer,‖ mon berger n’aimait rien :Mais il aime à mes yeux‖ une beauté commune ;À posséder son cœur‖ il borne sa fortune :C’est pour elle qu’il perd‖ le soin de ses troupeaux ;Pour elle seulement‖ résonnent ses pipeaux ;Et loin de se lasser‖ des faveurs qu’il a d’elle,Sa tendresse en reprend‖ une force nouvelle.

Bocages de leurs feux‖ uniques confidens,Bocages que je hais,‖ vous savez si je mens :Depuis que les beaux jours,‖ à moi seule funestes,D’un long et triste hiver‖ eurent chassé les restes,Jusqu’à l’heureux débris‖ de vos frêles beautés,Quels jours ont-ils passés‖ dans ces lieux écartés ?Que n’y reprochiez-vous‖ à l’ingrat que j’adore,Que, malgré ses froideurs,‖ hélas ! je l’aime encore !Que ne lui peigniez-vous‖ ces mouvemens confus,Ces tourmens, ces transports‖ que vous avez tant vus ?Que ne lui disiez-vous,‖ pour tenter sa tendresse,Que je sais mieux aimer‖ que lui, que sa maîtresse ?Mais ma raison s’égare :‖ ah ! quels soins, quels secoursDois-je attendre de vous‖ qui servez leurs amours ?Les dieux à mes malheurs‖ seront plus secourables ;L’hiver aura pour moi‖ des rigueurs favorables.Il approche, et déjà‖ les fougueux aquilonsPar leur souffle glacé‖ désolent nos vallons.La neige, qui bientôt‖ couvrira la prairie,Retiendra les troupeaux‖ dans chaque bergerie ;Et l’on ne verra plus‖ sous votre ombrage assis,Ni l’heureuse Daphné,‖ ni l’amoureux Tircis.Mais, hélas ! quel espoir‖ me flatte et me console !Avec rapidité‖ le temps fuit et s’envole ;Et bientôt le printemps,‖ à mon âme odieux,Ramènera Tircis‖ et Daphné dans ces lieux.Feuilles, vous reviendrez ;‖ vous rendrez ces bois sombres ;Ils s’aimeront encor‖ sous vos perfides ombres ;Et mes vives douleurs,‖ et mes transports jalouxPour mon ingrat amant‖ renaîtront avec vous.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
38((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
4 distiques
Mots à la rime
a inutile / facile féminine, classiqueb cours / jours masculine, classiquea ornée / infortunée féminine, classiqueb dépouillés / mouillés masculine, classiquea outrages / ombrages féminine, classiqueb sûreté / coûté masculine, classiquea vie / asservie féminine, classiqueb lois / fois masculine, classiquea faiblesses / caresses féminine, classiqueb prévaloir / voir masculine, classiquea houlette / musette féminine, classiqueb paissant / languissant masculine, classiquea attire / dire féminine, classiqueb souffert / sert masculine, classiquea sage / usage féminine, classiqueb dieux / yeux masculine, classiquea Philène / Seine féminine, classiqueb couronné / obstiné masculine, classiquea inconstante / m’enchante féminine, classiqueb lien / rien masculine, classiquea commune / fortune féminine, classiqueb troupeaux / pipeaux masculine, classiquea d’elle / nouvelle féminine, classiqueb confidens / mens masculine, classiquea funestes / restes féminine, classiqueb beautés / écartés masculine, classiquea j’adore / encore féminine, classiqueb confus / vus masculine, classiquea tendresse / maîtresse féminine, classiqueb secours / amours masculine, classiquea secourables / favorables féminine, classiqueb aquilons / vallons masculine, classiquea prairie / bergerie féminine, classiqueb assis / Tircis masculine, classiquea console / s’envole féminine, classiqueb odieux / lieux masculine, classiquea sombres / ombres féminine, classiqueb jaloux / vous masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources