Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Idylles
Les Oiseaux
L’AIR n’est plus obscurci‖ par des brouillards épais,Les prés font éclater‖ les couleurs les plus vives,Et dans leurs humides palaisL’hiver ne retient plus‖ les naïades captives :Les bergers, accordant‖ leur musette à leur voix,D’un pied léger‖ foulent l’herbe naissante ;Les troupeaux ne sont plus‖ sous leurs rustiques toits ;Mille et mille oiseaux à la fois,Ranimant leur voix languissante,Réveillent les échos‖ endormis dans ces bois :Où brillaient les glaçons‖ on voit naître les roses.Quel dieu chasse l’horreur‖ qui régnait en ces lieux ?Quel dieu les embellit ?‖ Le plus petit des dieuxFait seul tant de métamorphoses.Il fournit au printemps‖ tout ce qu’il a d’appas.Si l’Amour ne s’en mêlait pas,On verrait périr toutes choses.Il est l’âme de l’univers.Comme il triomphe des hiversQui désolent nos champs‖ par une rude guerre,D’un cœur indifférent‖ il bannit les froideurs.L’indifférence est pour les cœursCe que l’hiver est pour la terre.Que nous servent, hélas !‖ de si douces leçons ?Tous les ans la nature‖ en vain les renouvelle ;Loin de la croire,‖ à peine nous naissons,Qu’on nous apprend‖ à combattre contre elle ;Nous aimons mieux,‖ par un bizarre choix,Ingrats esclaves que nous sommes,Suivre ce qu’inventa‖ le caprice des hommes,Que d’obéir‖ à nos premières lois.Que votre sort‖ est différent du nôtre,Petits oiseaux qui me charmez !Voulez-vous aimer, vous aimez.Un lieu vous déplaît-il, vous passez dans un autre ;On ne connaît chez vous‖ ni vertus ni défauts :Vous paraissez toujours‖ sous le même plumage ;Et jamais dans les bois‖ on n’a vu les corbeauxDes rossignols‖ emprunter le ramage.Il n’est de sincère langage,Il n’est de liberté‖ que chez les animaux.L’usage, le devoir,‖ l’austère bienséance,Tout exige de nous‖ des droits dont je me plains ;Et tout enfin du cœur‖ des perfides humainsNe laisse voir que l’apparence.Contre nos trahisons‖ la nature en courrouxNe nous donne plus rien sans peine.Nous cultivons‖ les vergers et la plaine,Tandis, petits oiseaux,‖ qu’elle fait tout pour vous.Les filets qu’on vous tend‖ sont la seule infortuneQue vous avez à redouter :Cette crainte nous est commune ;Sur notre liberté‖ chacun veut attenter :Par des dehors trompeurs‖ on tâche à nous surprendre.Hélas ! pauvres petits oiseaux,Des ruses du chasseur‖ songez à vous défendre :Vivre dans la contrainte‖ est le plus grand des maux.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 4[abab] 1[abacbc] 1[abbacca] 1[aa] 5[abba] 1[ababba]
- Mètre
- Vers de 12, 8 et 10 syllabes (30 de 12, 19 de 8, 8 de 10)· profil 8, 6+6, 4+6
- Mots à la rime
- a épais / palais masculine, classiqueb vives / captives féminine, classiquea voix / toits masculine, classiqueb naissante / languissante féminine, classiquec fois / bois masculine, classiquea roses / métamorphoses / choses féminine, classiqueb lieux / dieux masculine, classiquec d’appas / pas masculine, classiquea l’univers / hivers masculine, classiquea guerre / terre féminine, classiqueb froideurs / cœurs masculine, classiquea leçons / naissons masculine, classiqueb renouvelle / elle féminine, classiquea choix / lois masculine, classiqueb sommes / hommes féminine, classiquea nôtre / autre féminine, classiqueb charmez / aimez masculine, classiquea défauts / corbeaux / animaux masculine, classiqueb plumage / ramage / langage féminine, classiquea bienséance / l’apparence féminine, classiqueb plains / humains masculine, classiquea courroux / vous masculine, classiqueb peine / plaine féminine, classiquea infortune / commune féminine, classiqueb redouter / attenter masculine, classiquea surprendre / défendre féminine, classiqueb oiseaux / maux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
57 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources