Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Idylles

Les Fleurs

Antoinette Deshoulières· strophe unique, vers de 12, 8 et 10 syllabes, 49 vers

QUE votre éclat est peu durable,Charmantes fleurs,‖ honneur de nos jardins !Souvent un jour commence‖ et finit vos destins,Et le sort le plus favorableNe vous laisse briller‖ que deux ou trois matins.Ah ! consolez-vous-en,‖ jonquilles, tubéreuses ;Vous vivez peu de jours,‖ mais vous vivez heureuses.Les médisans ni les jalouxNe gênent point‖ l’innocente tendresseQue le printemps fait naître‖ entre Zéphyre et vous.Jamais trop de délicatesseNe mêle d’amertume‖ à vos plus doux plaisirs.Que pour d’autres que vous‖ il pousse des soupirs,Que loin de vous‖ il folâtre sans cesse,Vous ne ressentez point‖ la mortelle tristesseQui dévore les tendres cœurs,Lorsque, plein d’une ardeur extrême,On voit l’ingrat objet qu’on aimeManquer d’empressement,‖ on s’engager ailleurs.Pour plaire, vous n’avez‖ seulement qu’à paraître.Plus heureuses que nous,‖ ce n’est que le trépasQui vous fait perdre vos appas.Plus heureuses que nous,‖ vous mourez pour renaître.Tristes réflexions,‖ inutiles souhaits !Quand une fois nous cessons d’être,Aimables fleurs, c’est pour jamais.Un redoutable instant‖ nous détruit sans réserve :On ne voit au delà‖ qu’un obscur avenir.À peine de nos noms‖ un léger souvenirParmi les hommes se conserve.Nous entrons pour toujours‖ dans le profond reposD’où nous a tirés la nature,Dans cette affreuse nuit‖ qui confond les hérosAvec le lâche et le parjure,Et dont les fiers destins,‖ par de cruelles lois,Ne laissent sortir qu’une fois.Mais, hélas ! pour vouloir revivre,La vie est-elle un bien si doux ?Quand nous l’aimons tant, songeons-nousDe combien de chagrins‖ sa perte nous délivre ?Elle n’est qu’un amas‖ de craintes, de douleurs,De travaux, de soucis, de peines ;Pour qui connaît‖ les misères humainesMourir n’est pas‖ le plus grand des malheurs :Cependant, agréables fleurs,Par des liens honteux‖ attachés à la vie,Elle fait seule tous nos soins ;Et nous ne vous portons envieQue par où nous devons‖ vous envier le moins.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
1[abbab] 4[aa] 3[abab] 3[abba] 1[abbacac] 1[abbaa]
Mètre
Vers de 12, 8 et 10 syllabes (23 de 12, 21 de 8, 5 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
Mots à la rime
a durable / favorable féminine, classiqueb jardins / destins / matins masculine, classiquea tubéreuses / heureuses féminine, classiquea jaloux / vous masculine, classiqueb tendresse / délicatesse féminine, classiquea plaisirs / soupirs masculine, classiquea cesse / tristesse féminine, classiquea cœurs / ailleurs masculine, classiqueb extrême / aime féminine, classiquea paraître / renaître / d’être féminine, classiqueb trépas / appas masculine, classiquec souhaits / jamais masculine, classiquea réserve / conserve féminine, classiqueb avenir / souvenir masculine, classiquea repos / héros masculine, classiqueb nature / parjure féminine, classiquea lois / fois masculine, classiquea revivre / délivre féminine, classiqueb doux / songeons-nous masculine, classiquea douleurs / malheurs / fleurs masculine, classiqueb peines / humaines féminine, classiquea vie / envie féminine, classiqueb soins / moins masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources