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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Idylles

Sur la Mort

DE M. LE DUC DE MONTAUSIER

Antoinette Deshoulières· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 84 vers

SUR le bord d’un ruisseau paisibleOlympe se livrait‖ à de vives douleurs ;Et, malgré ses autres malheurs,Au sort de M ONTAUSIER‖ attentive et sensible,Disait en répandant des pleurs :Qu’allez-vous devenir,‖ belles infortunées,Muses, qu’il protégea‖ dès ses jeunes années !

Qu’allez-vous devenir,‖ héroïques vertus,Vous qui, tremblantes, éplorées,Après vos temples abattus,Chez lui vous étiez retirées !Les titres précieux‖ dont furent revêtusCes Grecs et ces Romains,‖ ornemens de l’histoire,Sont dus à ce héros‖ d’immortelle mémoire,Qui, par des sentiers peu battus,Marcha d’un pas égal‖ vers la solide gloire.

Muses, vertus, hélas !‖ qui sera votre appui ?Et qui regardera‖ comme d’affreux spectaclesVotre misère et votre ennui ?Qui vous écoutera ?‖ qui voudra comme luiVous conduire, à travers‖ d’innombrables obstacles,Au grand roi qui règne aujourd’hui ?Ah ! qu’une telle perte‖ ouvre de précipices !Qu’elle va vous livrer‖ à d’injustes caprices !Que de dédains et de dégoûts !Muses, vertus, hélas !‖ l’ignorance et les vicesPeut-être par sa mort‖ triompheront de vous.

Injustice de la nature !Les arbres dont l’ombrage‖ embellit ces coteauxNe craignent point des ans‖ l’irréparable injure ;Leur vieillesse ne sert‖ qu’à les rendre plus beaux :Après avoir d’un siècle‖ achevé la mesure,Ils passent bien avant‖ dans des siècles nouveaux.Où voit-on quelque homme qui dureAutant que les sapins,‖ les chênes, les ormeaux ?

Mais pourquoi m’amuser,‖ dans ma douleur mortelle,À faire à la nature‖ une vaine querelle ?Arbres, qui vivez plus que nous,Jouissez d’un destin si doux ;J’ai bien d’autres sujets‖ de murmurer contre elle.Puis-je voir, sans blâmer‖ des ordres si cruels,Qu’un de ces indignes mortelsQue dans sa paresse elle formeDe ce qu’elle a de plus mauvais,Plus tard que M ONTAUSIER s’endormeDe ce fatal sommeil‖ qui ne finit jamais ?Un excès de douleur‖ et de délicatessePorte ma colère plus loin.

Tout homme, quel qu’il soit,‖ dont elle a pris le soinDe conduire la vie‖ à l’extrême vieillesse,Quand il s’offre à mes yeux, les blesse.Non, je ne saurais plus souffrirQue de la fin d’un siècle‖ ici quelqu’un approcheSans lui faire un secret reprocheDu long temps qu’il est à mourir.Vous, qu’avec une ardeur sincèreJ’invoquais pour sauver‖ une tête si chère,Dieux quelquefois ingrats et sourds,Seize lustres entiers‖ ne firent pas le cours.D’une vie également belle,Et qui devait durer toujours,Si le mérite était‖ un assuré secoursContre une loi dure et cruelle :Vous ne vouliez pas que son cœurEût le plaisir de voir‖ ce prince dont l’enfanceFut confiée à sa prudenceUne seconde fois vainqueurDes fières nations‖ que l’envie et l’erreurOsent armer contre la France.Vous êtes satisfaits.‖ Les barbares effortsDe la déesse qui délieLes invisibles nœuds‖ qui joignent l’âme au corpsOnt fait que sur les sombres bordsMONTAUSIER a rejoint sa divine Julie.Tous deux, malgré cette eau‖ qui fait que tout s’oublie,Sentent encor de doux transports ;Et tous deux sont suivis‖ de ces illustres mortsQui, dans une saison‖ aux muses plus propice,Firent de leurs charmans accordsRetentir si long-temps‖ le palais d’Artenice,Tandis que des grands noms‖ du héros que je plainsAux siècles à venir‖ on transmet la mémoire,Et que les plus savantes mainsÉlèvent à l’envi‖ des temples à sa gloire.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
2[abbab] 2[aababa] 1[abaaba] 1[aabab] 1[abababab] 1[aabba] 1[abbaa] 1[abba] 1[aa] 1[aabaab] 1[abbaab] 1[abaabba] 2[abab]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (47 de 12, 37 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a paisible / sensible féminine, classiqueb douleurs / malheurs / pleurs masculine, classiquea infortunées / années féminine, classiqueb vertus / abattus masculine, classiquea éplorées / retirées féminine, classiquea revêtus / battus masculine, classiqueb l’histoire / mémoire / gloire féminine, classiquea appui / ennui masculine, classiqueb spectacles / obstacles féminine, classiquea lui / aujourd’hui masculine, classiquea précipices / caprices / vices féminine, classiqueb dégoûts / vous masculine, classiquea nature / injure féminine, classiqueb coteaux / beaux masculine, classiquea mesure / dure féminine, classiqueb nouveaux / ormeaux masculine, classiquea mortelle / querelle / elle féminine, classiqueb nous / doux masculine, classiquea cruels / mortels masculine, classiqueb forme / s’endorme féminine, classiquea mauvais / jamais masculine, classiquea délicatesse / vieillesse / blesse féminine, classiqueb loin / soin masculine, classiquea souffrir / mourir masculine, classiqueb approche / reproche féminine, classiquea sincère / chère féminine, classiquea sourds / cours masculine, classiqueb belle / cruelle féminine, classiquea toujours / secours masculine, classiquea cœur / vainqueur / l’erreur masculine, classiqueb l’enfance / prudence / France féminine, classiquea efforts / corps masculine, classiqueb délie / Julie / s’oublie féminine, classiquea bords / transports masculine, classiquea morts / accords masculine, classiqueb propice / d’Artenice féminine, classiquea plains / mains masculine, classiqueb mémoire / gloire féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

84 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources