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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les lèvres closes, 1867

Flots des mers

Léon Dierx· distiques, alexandrins, 48 vers

À Émile Bergerat.

Flots qui portiez la vie‖ au seuil obscur des temps,Qui la roulez toujours‖ en embryons flottantsDans le flux et reflux‖ du primitif servage,Éternels escadrons‖ cabrés sur un rivageOu contre un roc, l’écume‖ au poitrail, flots des mers,Que vos bruits et leur rythme‖ immortel me sont chers !Partout où recouvrant‖ récifs, galets de sables,Escaladant en vain‖ les bords infranchissables,Vous brisez votre élan‖ tout aussitôt repris,Vous aurez subjugué‖ les cœurs et les esprits.L’ordre immémorial‖ au même assaut vous lance,Et vous n’aurez connu‖ ni repos ni silenceSur ce globe où chaque être,‖ après un court effort,Pour l’oublier se fait‖ immobile et s’endort.Enfanteurs de la nue‖ éclatante ou qui gronde,Flots des mers, ennemis‖ de tous les caps du monde,Vous leur jetez avec‖ vos limons coutumiersSon rêve et son histoire‖ épars en des fumiers.Dans vos sillons mouvants‖ submergés par vos cimesVous ensevelissez‖ et bercez vos victimes,Ainsi qu’en le berçant‖ vous poussez devant vousL’animalcule aveugle‖ éclos dans vos remous.A tous les sols marins‖ votre appel se répète.Mais sous l’azur limpide‖ ou pendant la tempête,Doux murmure expirant‖ sur la grève, ou fureurRetentissante au fond‖ des vieux gouffres d’horreur,C’est à jamais un chant‖ de détresse et de plainte.Perpétuels martyrs‖ refoulés dans l’étreinte,Armée aux rangs serrés‖ qui monte et qui descend,Un désir est en vous‖ qui se sait impuissant.Que la nuit s’épaississe‖ ou bien que le jour croisse,Vous accourez de loin,‖ vous rapportez l’angoisse,Aux pieds de vos remparts‖ certains vous revenez,Et mêlez aux rumeurs‖ des ans disséminésLes soupirs inconnus,‖ les voix de ceux qu’on pleure.La vôtre est toujours jeune‖ et seule ici demeure.Messagers du chaos,‖ damnés de l’action,Serviteurs du secret‖ de la création,Votre spectacle auguste‖ et sa vaste harmonieÉmouvront plus que tout‖ la pensée infinie.Nous n’aurons combattu‖ qu’une heure ; incessamment,Vous clamez dans l’espace‖ un plus ancien tourment !Ah ! n’est-il pas celui‖ d’une âme emprisonnéeQui, ne sachant pourquoi‖ ni comment elle est née,Le demande en battant‖ les murs de l’horizon ?Flots sacrés ! L’univers‖ est encor la prison !Nous avons beau fouiller‖ et le ciel et la terre,Tout n’est que doute, énigme,‖ illusion, mystère.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a temps / flottants masculine, classiqueb servage / rivage féminine, classiquea mers / chers masculine, classiqueb sables / infranchissables féminine, classiquea repris / esprits masculine, classiqueb lance / silence féminine, classiquea effort / s’endort masculine, classiqueb gronde / monde féminine, classiquea coutumiers / fumiers masculine, classiqueb cimes / victimes féminine, classiquea vous / remous masculine, classiqueb répète / tempête féminine, classiquea fureur / d’horreur masculine, classiqueb plainte / l’étreinte féminine, classiquea descend / impuissant masculine, classiqueb croisse / l’angoisse féminine, classiquea revenez / disséminés masculine, classiqueb pleure / demeure féminine, classiquea l’action / création masculine, classiqueb harmonie / infinie féminine, classiquea incessamment / tourment masculine, classiqueb emprisonnée / née féminine, classiquea l’horizon / prison masculine, classiqueb terre / mystère féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, tome I, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1925· numérisation poesies.net· Sources