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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les lèvres closes, 1867

Imperia

Léon Dierx· strophe unique, alexandrins, 46 vers

A mon ami A Maingard.

Sur le divan, pareille‖ à la noire panthèreQui se caresse aux feux‖ du soleil tropical,Dans un fauve rayon‖ enveloppant le bal,Elle emplit de parfums‖ le boudoir solitaire.Elle rêve affaissée‖ au milieu des coussins ;Et sa narine s’enfle,‖ et se gonflent ses seinsAu rythme langoureux‖ de la valse lointaine.Les rires étouffés,‖ les longs chuchotementsQui voltigent là-bas‖ à l’entour des amants,Rehaussent le dédain‖ de sa lèvre hautaine.Paisible, dans la nuit‖ où se plonge son cœur,Sphinx cruel, elle attend‖ son Œdipe vainqueur.Elle hait les aveux‖ et les fades paroles,Les serments, les soupirs‖ connus, les soins d’amour.Reine muette, elle a‖ pour ces flatteurs d’un jourLe mépris sans pitié‖ des superbes idoles.Dardant ses larges cils‖ sous un front olympien,Elle cherche un regard‖ qui devine le sien.Car elle saura lire‖ au fond de ce silenceChargé des mêmes mots‖ qui dorment dans ses yeux,Et confondra sa flamme‖ aux feux mystérieuxQui sauront pénétrer‖ sa sinistre indolence.Sans répondre, elle écoute‖ aux aguets, sous son fard,Les vulgaires don juan‖ au manège bavard.Dans les plis fastueux‖ du velours elle ondule ;Et son soulier lascif‖ agaçant le désirMêle avec le refus‖ ou l’offre du plaisirLa pourpre de la honte‖ au sourire crédule.Aux profondes senteurs‖ qui baignent tout son corps,Elle enivre les sots‖ asservis sans efforts ;Et de ses noirs cheveux,‖ de sa gorge animée,De ses jupons parfois‖ savamment découverts,Sortent les espoirs fous‖ les mécomptes perversDe l’alcôve entrevue‖ aussitôt refermée.Telle, exerçant sa force,‖ au cœur des imprudentsElle aiguise à ces jeux‖ ses ongles et ses dents.Mais quand elle verra‖ d’une encoignure sombreSe prolonger l’éclair‖ de l’ardeur qui lui plaît,Et, dès le premier choc,‖ tressaillir le refletD’une âme tout entière‖ émergeant vers son ombre,Ses paupières longtemps‖ se lèveront vers lui ;Et lorsqu’en l’autre jet‖ l’épouvante aura lui,Sans rien dire, gardant‖ le secret de sa joie,Se repaissant déjà‖ de sa férocité,Souple, la fascinant‖ de sa tranquillité,Calme, à pas lents, alors‖ elle ira vers sa proie.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
8[abba] 7[aa]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a panthère / solitaire féminine, classiqueb tropical / bal masculine, classiquea coussins / seins masculine, classiquea lointaine / hautaine féminine, classiqueb chuchotements / amants masculine, classiquea cœur / vainqueur masculine, classiquea paroles / idoles féminine, classiqueb d’amour / jour masculine, classiquea olympien / sien masculine, classiquea silence / indolence féminine, classiqueb yeux / mystérieux masculine, classiquea fard / bavard masculine, classiquea ondule / crédule féminine, classiqueb désir / plaisir masculine, classiquea corps / efforts masculine, classiquea animée / refermée féminine, classiqueb découverts / pervers masculine, classiquea imprudents / dents masculine, classiquea sombre / ombre féminine, classiqueb plaît / reflet masculine, classiquea lui masculine, classiquea joie / proie féminine, classiqueb férocité / tranquillité masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, tome I, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1925· numérisation poesies.net· Sources