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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les lèvres closes, 1867

Le gouffre

Léon Dierx· strophe unique, alexandrins, 40 vers

Il est des gouffres noirs‖ dont les bords sont charmants.La liane à l’entour‖ qui tapisse la landeSe balance aux parois‖ et s’enroule en guirlande.Fleuri d’une couronne‖ aux mille chatoîments,Je sais un gouffre noir‖ sur la verte colline.Des arbres de senteur‖ l’ombragent en entier,Et l’on y vient joyeux‖ par le plus gai sentier.Parfois un souffle frais‖ et qui caresse inclineLe feuillage agité‖ d’un rapide frisson,Et sous un vol épars‖ d’amoureuses parolesPenchant les cloches d’or‖ et les blanches corolles,Verse à l’abîme, ainsi‖ qu’un fidèle échanson,Avec l’esprit des fleurs‖ les gouttes de rosée.Dans ce sinistre puits,‖ ô perles ! ô parfums !Comme des espoirs morts‖ ou des rêves défunts,Pour qui donc tombez-vous ?‖ De quelle urne brisée ?De quel fleuve divin‖ grossissez-vous le cours ?Qui vous recueillera‖ pour la source épurée,Vous inutile encens,‖ larme toujours filtrée ?Un matin, — qu’ils sont loin‖ déjà, ces temps trop courts ! —Un matin, j’admirais,‖ l’âme neuve et ravie,Tout cet enchantement‖ de verdure et de fleursSuspendu sur le vide‖ et mêlant leurs couleurs.Je m’enivrais de joie‖ et d’arome et de vie.Hors des bruits de la plaine‖ et du banal regard,Je laissais ma pensée‖ indolente et distraite,Sur les recoins ombreux‖ de la douce retraite,Avec les oisillons‖ voltiger au hasard.Le soleil à travers‖ les branches pacifiquesCriblait de diamants‖ ces émaux sur ce noir ;Si bien que l’on eût dit‖ sous la terre entrevoirL’autre image du ciel‖ dans les nuits magnifiques.Et pour sonder le creux‖ du soupirail profond,Pour réveiller l’écho‖ qui dormait sous ces plantes,J’y fis tomber caillou,‖ pierre et roches branlantes ;Mais comme au néant même‖ en qui rien ne répond,Tout s’abîmait. Nul bruit‖ ne monta des ténèbres.Un horrible frisson‖ de pâleur et de froidM’envahit tout à coup.‖ Et je m’enfuis tout droit,Souffleté par le vent‖ des mystères funèbres.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
10[abba]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a charmants / chatoîments masculine, classiqueb lande / guirlande féminine, classiquea colline / incline féminine, classiqueb entier / sentier masculine, classiquea frisson / échanson masculine, classiqueb paroles / corolles féminine, classiquea rosée / brisée féminine, classiqueb parfums / défunts masculine, classiquea cours / courts masculine, classiqueb épurée / filtrée féminine, classiquea ravie / vie féminine, classiqueb fleurs / couleurs masculine, classiquea regard / hasard masculine, classiqueb distraite / retraite féminine, classiquea pacifiques / magnifiques féminine, classiqueb noir / entrevoir masculine, classiquea profond / répond masculine, classiqueb plantes / branlantes féminine, classiquea ténèbres / funèbres féminine, classiqueb froid / droit masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, tome I, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1925· numérisation poesies.net· Sources