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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les lèvres closes, 1867

Soir d’octobre

Léon Dierx· strophe unique, alexandrins, 66 vers

A Catulle Mendès.

Un long frisson descend‖ des coteaux aux vallées ;Des coteaux et des bois,‖ dans la plaine et les champs,Le frisson de la nuit‖ passe vers les allées.— Oh ! L’angelus du soir‖ dans les soleils couchants ! —Sous une haleine froide‖ au loin meurent les chants,Les rires et les chants‖ dans les brumes épaisses.Dans la brume qui monte‖ ondule un souffle lent ;Un souffle lent répand‖ ses dernières caresses,Sa caresse attristée‖ au fond du bois tremblant ;Les bois tremblent ; la feuille‖ en flocon sec tournoie,Tournoie et tombe au bord‖ des sentiers désertés.Sur la route déserte‖ un brouillard qui la noie,Un brouillard jaune étend‖ ses blafardes clartés ;Vers l’occident blafard‖ traîne une rose trace,Et les bleus horizons‖ roulent comme des flots,Roulent comme une mer‖ dont le flot nous embrasse,Nous enlace, et remplit‖ la gorge de sanglots.Plein du pressentiment‖ des saisons pluviales,Le premier vent d’octobre‖ épanche ses adieux,Ses adieux frémissants‖ sous les feuillages pâles,Nostalgiques enfants‖ des soleils radieux.Les jours frileux et courts‖ arrivent. C’est l’automne.— Comme elle vibre en nous,‖ la cloche qui bourdonne ! —L’automne, avec la pluie‖ et les neiges, demainVersera les regrets‖ et l’ennui monotone ;Le monotone ennui‖ de vivre est en chemin !Plus de joyeux appels‖ sous les voûtes ombreuses ;Plus d’hymnes à l’aurore,‖ ou de voix dans le soirPeuplant l’air embaumé‖ de chansons amoureuses !Voici l’automne ! Adieu,‖ le splendide encensoirDes prés en fleurs fumant‖ dans le chaud crépuscule.Dans l’or du crépuscule,‖ adieu, les yeux baissés,Les couples chuchotants‖ dont le cœur bat et brûle,Qui vont la joue en feu,‖ les bras entrelacés,Les bras entrelacés‖ quand le soleil décline.— La cloche lentement‖ tinte sur la colline. —Adieu, la ronde ardente,‖ et les rires d’enfants,Et les vierges, le long‖ du sentier qui chemine,Rêvant d’amour tout bas‖ sous les cieux étouffants !— Âme de l’homme, écoute‖ en frémissant comme elleL’âme immense du monde‖ autour de toi frémir !Ensemble frémissez‖ d’une douleur jumelle.Vois les pâles reflets‖ des bois qui vont jaunir ;Savoure leur tristesse‖ et leurs senteurs dernières,Les dernières senteurs‖ de l’été disparu ;— Et le son de la cloche‖ au milieu des chaumières ! —L’été meurt ; son soupir‖ glisse dans les lisières.Sous le dôme éclairci‖ des chênes a couruLeur râle entre-choquant‖ les ramures livides.Elle est flétrie aussi,‖ ta riche floraison,L’orgueil de ta jeunesse !‖ Et bien des nids sont vides,Âme humaine, où chantaient‖ dans ta jeune saisonLes désirs gazouillants‖ de tes aurores brèves.Âme crédule ! écoute‖ en toi frémir encor,Avec ces tintements‖ douloureux et sans trêves,Frémir depuis longtemps‖ l’automne dans tes rêves,Dans tes rêves tombés‖ dès leur premier essor.Tandis que l’homme va,‖ le front bas, toi, son âme,Écoute le passé‖ qui gémit dans les bois !Écoute, écoute en toi,‖ sous leur cendre et sans flamme,Tous tes chers souvenirs‖ tressaillir à la foisAvec le glas mourant‖ de la cloche lointaine !Une autre maintenant‖ lui répond à voix pleine.Écoute à travers l’ombre,‖ entends avec langueurCes cloches tristement‖ qui sonnent dans la plaine,Qui vibrent tristement,‖ longuement, dans ton cœur !

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
9[abab] 1[ababa] 3[aabab] 2[abaab]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a vallées / allées féminine, classiqueb champs / couchants masculine, classiquea chants / lent / tremblant masculine, non classiqueb épaisses / caresses féminine, classiquea tournoie / noie féminine, classiqueb désertés / clartés masculine, classiquea trace / embrasse féminine, classiqueb flots / sanglots masculine, classiquea pluviales / pâles féminine, classiqueb adieux / radieux masculine, classiquea l’automne / bourdonne / monotone féminine, classiqueb demain / chemin masculine, classiquea ombreuses / amoureuses féminine, classiqueb soir / encensoir masculine, classiquea crépuscule / brûle féminine, classiqueb baissés / entrelacés masculine, classiquea décline / colline / chemine féminine, classiqueb d’enfants / étouffants masculine, classiquea elle / jumelle féminine, classiqueb frémir / jaunir masculine, classiquea dernières / chaumières / lisières féminine, classiqueb disparu / couru masculine, classiquea livides / vides féminine, classiqueb floraison / saison masculine, classiquea brèves / trêves / rêves féminine, classiqueb encor / essor masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb bois / fois masculine, classiquea lointaine / pleine / plaine féminine, classiqueb langueur / cœur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, tome I, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1925· numérisation poesies.net· Sources