Poèmes et poésies, 1864
In Extremis
Son nom ? — Tu veux savoir‖ s’il fut illustre ou non ?Eh bien, je ne sais pas !‖ Que peut te faire un nom !Personne sur son front‖ n’inscrit le nom qu’il porte !C’était un homme, avec‖ un nom. Mais que t’importe ?— Sa race ? — Laissons là,‖ crois-moi, tous ses aïeux !L’âme de bien des morts‖ tressaillait dans ses yeux ;Mais la sienne, à coup sûr,‖ l’obsédait davantage.C’était un homme, avec‖ un très riche héritageDe désirs obstinés‖ dans leur espoir têtu,D’âmes vieilles pesant‖ sur son âme, entends-tu !Quant à l’autre blason‖ qu’une race confère,Il ne le montrait pas,‖ et tu n’en as que faire.— Sa patrie ? — Insensé !‖ Quelle est-elle ici-bas ?Lequel nous appartient‖ le plus, des deux grabatsOù la vie ouvre et ferme‖ à son gré sa spirale,Du premier où l’on crie,‖ et de l’autre où l’on râle ?La patrie ! Est-ce un champ ?‖ Une île ? Un astre entier ?Né dans un large lit,‖ ou né dans un sentier,C’était un homme avec‖ la terre pour patrie,Ou pour exil ; un homme‖ avec l’âme meurtrie !— Son âge ? — En sauras-tu‖ plus long, si je le dis ?Ah ! Le vieillard traînant‖ ses membres engourdis,Souvent, plus que le corps,‖ a le cœur lourd d’années,Et l’esprit éperdu‖ sous les heures damnéesPlus encor que le cœur !‖ Vois ! Cherche son regard,Et lis, si tu le peux,‖ dans un rayon hagard,Sous le double fardeau‖ de l’angoisse amasséeLaquelle a plus vieilli,‖ la chair ou la pensée !Et quand le corps enfin‖ a fait son dernier pas,Il aspire au repos‖ éternel, mais non pasL’âme encor préparée‖ aux étreintes futures !C’était un homme, avec‖ d’innombrables torturesDans la poitrine, et qui‖ se couchait gravement,Pour mourir, sous un ciel‖ au louche flamboiement.— Où donc ? Dans quel pays ?‖ Dans quel siècle ? — Tu railles !As-tu peur de mourir‖ loin de quatre murailles,Sans amis, sans parents,‖ sans pleurs, abandonné ?Et quand ton heure à toi‖ de même aura sonné,Me demanderas-tu,‖ réponds, quelle frontièreCreusera ton sépulcre,‖ et dans quel cimetière ?Dans quel siècle, as-tu dit ?‖ Va ! Le malheur est vieux !Et comme hier, demain,‖ l’invisible envieux,Toujours multipliant‖ ses noires fantaisies,Saura fouiller les flancs‖ des victimes choisies.Tant qu’il lui restera‖ quelque hochet vivant,Va ! Le malheur toujours‖ sera jeune et savant !C’était un homme, avec‖ ses luttes infinies,Jouet depuis longtemps‖ des lentes agonies,Et qui, seul, une nuit,‖ sur le dos renversé,Râlait au coin d’un bois,‖ au bord d’un dur fossé,Sans prière, sans plainte‖ aussi, les membres roides,Et les yeux grands ouverts‖ au fond des brumes froides !Il suffit. Et la mort‖ dans ses veines filtrait.Mais avant d’expirer,‖ voilà que, tout d’un trait,Il revit devant lui‖ passer l’horrible drameDe ses jours dont l’enfer‖ avait tissé la trame.Alors il dit : « Soyez‖ demain plus odieux ;« J’ai le rêve et l’orgueil ;‖ je vous pardonne, ô dieux ! »
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 29((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a non / nom masculine, classiqueb porte / t’importe féminine, classiquea aïeux / yeux masculine, classiqueb davantage / héritage féminine, classiquea têtu / entends-tu masculine, classiqueb confère / faire féminine, classiquea ici-bas / grabats masculine, classiqueb spirale / râle féminine, classiquea entier / sentier masculine, classiqueb patrie / meurtrie féminine, classiquea dis / engourdis masculine, classiqueb d’années / damnées féminine, classiquea regard / hagard masculine, classiqueb amassée / pensée féminine, classiquea pas masculine, classiqueb futures / tortures féminine, classiquea gravement / flamboiement masculine, classiqueb railles / murailles féminine, classiquea abandonné / sonné masculine, classiqueb frontière / cimetière féminine, classiquea vieux / envieux masculine, classiqueb fantaisies / choisies féminine, classiquea vivant / savant masculine, classiqueb infinies / agonies féminine, classiquea renversé / fossé masculine, classiqueb roides / froides féminine, classiquea filtrait / trait masculine, classiqueb drame / trame féminine, classiquea odieux / dieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, tome I, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1925· numérisation poesies.net· Sources