Poèmes et poésies, 1864
La Fée Hamonde
Près du Gange ou du Nil,‖ de la Seine ou du Rhin,La fée Hamonde habite‖ un palais souterrainCreusé dans les trésors‖ d’une insondable mine,Et que leur seul éclat‖ de tout temps illumine.Le regard de la fée‖ a poli les paroisQui sont des métaux purs‖ à rendre fous les rois,Des feux cristallisés‖ tels que reine ou tzarineN’en a jamais paré‖ son front ni sa poitrine,Et les perçant aussi‖ de ses propres clartés,Rencontre leurs reflets‖ de partout reflétés ;Et, toujours, au milieu‖ des parfaites magiesDe miroirs alternés‖ sans fin, les effigiesDe toute sa personne‖ adorable lui font,Auprès d’elle ou très loin‖ dans un vide sans fond,Une cour innombrable,‖ et de sœurs coutumièresQui n’osent nulle part‖ se mouvoir les premières.La fée Hamonde ainsi‖ va d’un pas hésitant,Comme isolée en l’air‖ splendide, et méditantSur un secret jadis‖ transmis aux bons génies.De salle en salle, et plus‖ vivantes, plus unies,Ses images qui vont‖ s’alignant par milliersRetracent tout à coup‖ ses gestes familiers ;Si bien, qu’il est des jours‖ où dans les perspectivesD’un peuple aérien‖ aux foules sensitivesElle s’arrête, et croit,‖ le cœur évanoui,Que son rêve et son corps‖ de fée ensemble ont fui,Et tourne lentement,‖ pour chercher autour d’elleL’être si radieux‖ qui lui sert de modèle.Mais elle se réveille,‖ et tressaille, et sourit ;Elle reprend, d’après‖ chaque rite prescrit,Les incantations‖ qu’à la même secondeSon cortège idéal‖ en l’imitant seconde,Puis, quand elle a rappris‖ les mots sacramentelsQu’elle oublie à la longue‖ au contact des mortels,S’évapore à travers‖ la grotte héréditaire.La fée Hamonde alors‖ remonte sur la terre ;De même qu’autrefois,‖ par le chemin plus court,De village en cité‖ célèbre la parcourt ;Invisible, la nuit,‖ dans les berceaux regarde ;Et quelquefois l’enfant‖ qui sommeillait sans garde,Enveloppé d’un songe‖ aux éclats miroitants,Ouvre tout pleins des yeux‖ qu’elle charme longtemps.Et c’est pourquoi, malgré‖ tant de ternes spectacles,Il est au monde encor‖ de brillants réceptaclesOù l’âme qui s’y cache‖ en vain semble ne voirQue l’éblouissement‖ dont elle a le pouvoir ;C’est pourquoi parmi nous‖ quelques femmes plus belles,Pour enseigner la gloire‖ à nos torpeurs rebelles,Montrent ces grands joyaux,‖ ces palais d’éthers bleusSi lointains, si peuplés,‖ leurs yeux miraculeux.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 25((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a Rhin / souterrain masculine, classiqueb mine / illumine féminine, classiquea parois / rois masculine, classiqueb tzarine / poitrine féminine, classiquea clartés / reflétés masculine, classiqueb magies / effigies féminine, classiquea font / fond masculine, classiqueb coutumières / premières féminine, classiquea hésitant / méditant masculine, classiqueb génies / unies féminine, classiquea milliers / familiers masculine, classiqueb perspectives / sensitives féminine, classiquea évanoui / fui masculine, classiqueb d’elle / modèle féminine, classiquea sourit / prescrit masculine, classiqueb seconde féminine, classiquea sacramentels / mortels masculine, classiqueb héréditaire / terre féminine, classiquea court / parcourt masculine, classiqueb regarde / garde féminine, classiquea miroitants / longtemps masculine, classiqueb spectacles / réceptacles féminine, classiquea voir / pouvoir masculine, classiqueb belles / rebelles féminine, classiquea bleus / miraculeux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, tome I, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1925· numérisation poesies.net· Sources