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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes et poésies, 1864

La Vierge

Léon Dierx· distiques, alexandrins, 46 vers

À Guy de Maupassant

Quand l’œil fit autrefois‖ éclosion sur terreDans un frêle organisme‖ encor rudimentaire ;Quand le premier regard‖ de l’atome vivant,D’un seul coup jusqu’au fond‖ du ciel vide arrivant,Découvrit le soleil‖ plus vite qu’il n’éclaire,Et depuis lors gardant‖ comme un feu similaire,Énigme clairvoyante‖ au bord d’un embryon,Ébloui, se tourna‖ vers la formation ;Quand ce rayon qu’un souffle‖ intérieur active,Perçant l’énormité‖ de la nuit primitive,Se promena, reflet‖ conscient, à traversLe secret d’un aveugle‖ et splendide univers ;O pics échelonnés !‖ ô forêts monstrueuses !O fleuves ! lacs ! vallons !‖ ô mers tumultueuses !Formes qui sous l’éclat‖ des couleurs palpitez !Vous tous, œuvres des temps‖ et des affinités,Plaines en fleurs, déserts,‖ plages ou promontoires,Spectacles merveilleux !‖ Qui dans vos propres gloires,Et transmués sans fin‖ par un désir obscur,Rouliez, tels que dans l’ombre‖ opaque, sous l’azur !Membres de la déesse‖ unique et sans apôtre,Avez-vous tressailli‖ d’un hémisphère à l’autre ?O nature ! Miracle‖ à toi-même caché,As-tu senti le bas‖ de ton manteau touchéPar quelque avant-coureur‖ d’un dieu qui va paraître,A la fois ton amant,‖ ton chantre et ton vrai maître ?Et quand l’homme apparut,‖ plein d’extase, emplissantAvec ses yeux son âme‖ et son crâne puissant,O fille du mystère‖ où le mystère émerge !N’as-tu pas tout entière‖ alors, sublime vierge !Frémi profondément‖ d’angoisse et de fierté,Sentant tomber ton voile‖ et briller ta beauté ?Non ! L’éternelle horreur‖ d’être sans but ni causesFait seule tes frissons‖ dans tes métempsycoses !Tes images, tes bruits,‖ tes parfums, tes saveurs,Tout cet enchantement‖ de nos esprits rêveurs,Production des sens,‖ n’est qu’un songe qui passe,Et qui mourra comme eux,‖ emportant dans l’espaceOu rendant à te sourds,‖ noirs et muets travauxLa chimère des cœurs‖ et l’effort des cerveaux !Non ! Ton voile est tombé,‖ tu restas l’insensible,L’inerte fiancée,‖ et la vierge invincibleQue le profanateur‖ s’épuise à violer !Non ! Non ! Tu resplendis,‖ sans lui rien révélerQue la stérilité‖ de ta force infinieEt le néant d’ouvrir‖ même en toi son génie !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
23((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a terre / rudimentaire féminine, classiqueb vivant / arrivant masculine, classiquea n’éclaire / similaire féminine, classiqueb embryon / formation masculine, classiquea active / primitive féminine, classiqueb travers / univers masculine, classiquea monstrueuses / tumultueuses féminine, classiqueb palpitez / affinités masculine, classiquea promontoires / gloires féminine, classiqueb obscur / l’azur masculine, classiquea apôtre / l’autre féminine, classiqueb caché / touché masculine, classiquea paraître / maître féminine, classiqueb emplissant / puissant masculine, classiquea émerge / vierge féminine, classiqueb fierté / beauté masculine, classiquea causes / métempsycoses féminine, classiqueb saveurs / rêveurs masculine, classiquea passe / l’espace féminine, classiqueb travaux / cerveaux masculine, classiquea l’insensible / invincible féminine, classiqueb violer / révéler masculine, classiquea infinie / génie féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, tome I, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1925· numérisation poesies.net· Sources