Autour du chat noir, 1926· Souvenirs
Absence
Elle est partie à la campagne ;Les candélabres au salonSont revêtus d’un voile longQui colle sur eux comme un pagne.
Tout l’appartement est changé :Et soudain sur chaque siège,Comme une monotone neige,Voici qu’une housse a neigé.
Dans leurs linges, les statuettesDe Saxe, gracieux bergers,Bergères aux gestes légers,Marquises aux formes fluettes
Ressemblent à des éclopés.Comme elles sont tristes, les choses !Les grands vases n’ont plus de roses,Et les bronzes, enveloppés
Dans leur mousseline décente,Ont un air mystique et troublant,Et semblent porter le deuil blancDe leur chère maîtresse absente.
Le salon, ainsi recouvert,Fait l’effet d’un jardin de rêveQui, l’été, se mettrait en grèvePour ne refleurir que l’hiver.
Tandis qu’une tristesse douceEnvahit ceux qui sont restés,Et, dans ces murs inhabités,Couvre leur cœur… comme une housse.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Autour du chat noir, Paris, Bernard Grasset, 1926· numérisation wikisource.org· Sources