Les Étrivières, 1867‑1885· Première partie (1867-1870)
Dans le tas !
I
L’émeute courait dans la rue,Ses bras étaient rouges de sang,Et, telle qu’une immense crue,Elle allait toujours grossissant !
Oh ! quel désespéré courageDéployait l’émeute ! — C’étaitPour qu’on lui donnât de l’ouvrage,Que cette foule se battait,
II
Dans l’atelier poudreux et sombre,Où jadis la gaité brillait,Auprès d’un cadavre, dans l’ombre,Un homme pourtant travaillait.
C’était un cadavre de femme,A travers le suaire blanc,La marque rouge d’une lame,Se voyait à côté du flanc.
III
— « Père, dit un garçon robuste.Passant le seuil de l’atelier,La cause du peuple était juste,Nous pouvons enfin travailler. »
— « Oui ! dit l’homme, en montrant par terre,A son fils, le cadavre nu ;Oui ! ! le travail est revenu ;Je fais le cercueil de ta mère ! »
IV
Pauvre femme ! elle se sauvaitDevant l’émeute, sombre drame !Un dragon, en chargeant, avaitDans le tas, sabré cette femme !
Paris, 17 mai 1870.
Versification
- Forme
- Quatrains
- Rimes
- 6(abab) 1(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 2 quatrains
- Mots à la rime
- a rue / crue féminine, classiqueb sang / grossissant masculine, non classiquea courage / l’ouvrage féminine, classiqueb C’était / battait masculine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiqueb brillait / travaillait masculine, classiquea femme / lame féminine, classiqueb blanc / flanc masculine, classiquea robuste / juste féminine, classiqueb l’atelier / travailler masculine, classiquea terre / mère féminine, classiqueb nu / revenu masculine, classiquea sauvait / avait masculine, classiqueb drame / femme féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Étrivières, Paris, A. GAUTHERIN, 1898· numérisation gallica.bnf.fr· Sources