Les Étrivières, 1867‑1885· Première partie (1867-1870)
« La Cloche »
(Journal)
à Fevragus (Louis Ulbach)
Pour les dormeurs et pour les sourds,De ta vigueur offre la preuve.Allons, sonneur, ta Cloche est neuve,Sonne longtemps, sonne toujours !
Ceux qui, combattant le sommeil,Debout interrogeaient la nue,Regardent si l’heure est venue,L’heure du splendide réveil !Sur la montagne et la vallée,L’aube blanchit, voici le jour !Que la Cloche, pour son retour,Retentisse à pleine volée !De la liberté, ses amours,La France ne sera plus veuve…Allons, sonneur, ta Cloche est neuve,Sonne longtemps, sonne toujours !
La liberté ne peut mourir.Vierge par Dieu même enfantée,Autour de la ressuscitée,Je vois les hommes accourir.A ceux que la frayeur attelle,Au joug de la servilité,Du retour de la liberté,Sonneur annonce la nouvelle !
A la ville, aux champs, tous les jours,Qu’à son onde pure on s’abreuve !Allons, sonneur, ta Cloche est neuve,Sonne longtemps, sonne toujours !
Si d’aventure quelques-uns,Voulaient lui barrer le passage,Entraver son noble message,Par des discours inopportuns ;Alors, point de miséricorde,Ameute la foule sur eux,Et sonne d’un bras vigoureux,Dans tes mains dut casser la corde !
Couvre leurs décevants discours,Nous en avons subi l’épreuve !Allons, sonneur, ta Cloche est neuve,Sonne longtemps, sonne toujours !
Sois juste, ne sois point brutal ;A toute action noble et grande,Intègre sonneur fais l’offrande,Des hymnes de ton dur métal !Du salon ou de l’humble gîte,Si la vérité sort, il fautL’acclamer, la chanter bien haut,C’est la liberté qui profite !
Et guerre, à qui veut tous les jours,Qu’en un parti pris on se meuve.Allons, sonneur, ta Cloche est neuve,Sonne longtemps, sonne toujours !
Oui, sonne, intrépide sonneur,Pour la vertu, pour le courage,Mais ne sonne point pour l’outrageLe pays y perd son honneur !Nul avantage n’en résulte.Alors qu’ils déchirent ses droits,La France peut tuer ses rois,Mais non leur prodiguer l’insulte !
Pour ceux qui veulent être sourds,Quatre-vingt-treize est une preuve !Allons, sonneur, ta Cloche est neuve,Sonne longtemps, sonne toujours !
Paris, 24 Août 1869.
Versification
- Forme
- Quatrains
- Rimes
- 5(abba) 1(abbacddceffe) 4(abbacddc)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 5 quatrains, 4 huitains, 1 douzain
- Mots à la rime
- a sourds / toujours masculine, classiqueb preuve / neuve féminine, classiquea sommeil / réveil masculine, classiqueb nue / venue féminine, classiquec vallée / volée féminine, classiqued jour / retour masculine, classiquee amours / toujours masculine, classiquef veuve / neuve féminine, classiquea mourir / accourir masculine, classiqueb enfantée / ressuscitée féminine, classiquec attelle / nouvelle féminine, classiqued servilité / liberté masculine, classiquea jours / toujours masculine, classiqueb s’abreuve / neuve féminine, classiquea quelques-uns / inopportuns masculine, classiqueb passage / message féminine, classiquec miséricorde / corde féminine, classiqued eux / vigoureux masculine, classiquea discours / toujours masculine, classiqueb l’épreuve / neuve féminine, classiquea brutal / métal masculine, classiqueb grande / l’offrande féminine, classiquec gîte / profite féminine, classiqued faut / haut masculine, classiqueb meuve / neuve féminine, classiquea sonneur / honneur masculine, classiqueb courage / l’outrage féminine, classiquec résulte / l’insulte féminine, classiqued droits / rois masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Étrivières, Paris, A. GAUTHERIN, 1898· numérisation gallica.bnf.fr· Sources