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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Étrivières, 1867‑1885· Première partie (1867-1870)

« La Lanterne »

Alexandre Ducros· 7 dizains, octosyllabes et hexasyllabes, 70 vers

à Henri Rochefort

C’est faire œuvre de Charité,Que d’illuminer la nuit sombre,Et de guider vers la clarté,Ceux qui vont se heurtant dans l’ombre,C’est là ton œuvre, ô Rochefort !Malgré le vent soufflant très fort,Puisque notre horizon est terne,Que chacun de nous pourrait voir,A la place du blanc, du noir ;Allume ta Lanterne !

Montre les cailloux du chemin,Les fondrières de la route.Marche ta Lanterne à la main,Devant nous qui n’y voyons goutte.Cet endroit n’est pas écarté,Mais il manque un peu de clarté,En face de cette caserne ;On peut se blesser aux faisceaux ;Pour les myopes et les sots,Allume ta Lanterne !

Où sommes-nous ? Je n’y vois plus…J’entends des clameurs… quel tapageDe nos Députés, nos élus,Je distingue l’ardent langage.Mais une chose me confond ;Dans ce palais on leur répondPar l’ironique baliverne !Sur notre Doit et notre Avoir,Hélas ! ils ne peuvent rien voir…Allume ta Lanterne !

Marchons toujours, nous finironsPar arriver peut-être au gîte,Alors nous nous reposerons…En attendant, marchons plus vite.Mais n’allons pas nous séparer ;On court risque de s’égarer…Qui veut aller seul, on l’interne !Pour n’avoir rien à redouter,Pour nous connaître et nous compter,Allume ta Lanterne !

Hélas ! dans cette obscurité,Qui pourrait vous faire un reproche ?On nous dit : — « Prenez ce côté. »Le côté droit, jamais le gauche.Mais côté gauche ou côté droit,Nous demandons le chemin droit.Je crois, mes amis, qu’on nous berne ;On nous fait patauger toujours,Dans des chemins pleins de détours…Allume ta Lanterne !

Malgré la nuit couvrant les cieux,La nuit qui devient plus épaisse,On nous dit de fermer les yeux,De nous laisser mener en laisse.J’ai confiance, — mais pourtant,Voit-il le jour plus éclatant,Celui qui nous gouverne ?Tout en nous criant : — « Casse-cou ! »Il nous fera rompre le cou…Allume ta Lanterne !

Lorsque l’aurore paraîtra,Éclairant les routes nouvelles,Chacun de nous s’arrêtera,Devant ses splendeurs immortelles !Et, tous, nous bénirons le jour,De paix, de concorde, d’amour ;Adieu, chassepot et giberne !O vieux monde, tu renaîtras,Et toi, Rochefort, tu pourras,Éteindre ta Lanterne !

Paris, 12 Juin 1868.

Versification

Forme
7 dizains (dizains)
Rimes
6(ababccdeed) 1(ababccdccd)
Mètre
Octosyllabes et hexasyllabes (62 de 8, 8 de 6)· profil 8, 6
Strophes
7 dizains
Mots à la rime
a Charité / clarté masculine, classiqueb sombre / l’ombre féminine, classiquec Rochefort / fort masculine, classiqued terne / Lanterne féminine, classiquee voir / noir masculine, classiquea chemin / main masculine, classiqueb route / goutte féminine, classiquec écarté / clarté masculine, classiqued caserne / Lanterne féminine, classiquee faisceaux / sots masculine, classiquea plus / élus masculine, classiqueb tapage / langage féminine, classiquec confond / répond masculine, classiqued baliverne / Lanterne féminine, classiquee Avoir / voir masculine, classiquea finirons / reposerons masculine, classiqueb gîte / vite féminine, classiquec séparer / s’égarer masculine, classiqued l’interne / Lanterne féminine, classiquec redouter / compter masculine, classiquea obscurité / côté masculine, classiqueb reproche / gauche féminine, classiquec droit masculine, équivalented berne / Lanterne féminine, classiquee toujours / détours masculine, classiquea cieux / yeux masculine, classiqueb épaisse / laisse féminine, classiquec pourtant / éclatant masculine, classiqued gouverne / Lanterne féminine, classiquee Casse-cou / cou masculine, classiquea paraîtra / s’arrêtera masculine, classiqueb nouvelles / immortelles féminine, classiquec jour / d’amour masculine, classiqued giberne / Lanterne féminine, classiquee renaîtras / pourras masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

70 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Étrivières, Paris, A. GAUTHERIN, 1898· numérisation gallica.bnf.fr· Sources