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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

Appel de la France aux nations

A L’OCCASION DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE Paris, 1955

Pierre Dupont· 112 vers

Accourez, peuples de la terre,De tous les bouts de l’horizon !Que chacun porte sa bannière ;Mais qu’autour de chaque blasonL’olivier s’entrelace au lierre !De la discorde et de la guerreÉteignons le dernier tison !

Nous y comptons, tu viendras la première,De tes beaux pieds effleurant le détroit,Notre ennemie antique, ô Angleterre !Dorénavant amie au nom du droit.Tu tiens toujours le trident de Neptune,Et, la vapeur activant ton essor,Tes vieux marins ont trompé la fortune,Tes ouvriers changent le fer en or.

Accourez, peuples de la terre,De tous les bouts de l’horizon !Que chacun porte sa bannière ;Mais qu’autour de chaque blasonL’olivier s’entrelace au lierre !De la discorde et de la guerreÉteignons le dernier tison !

Passe le Rhin, ô classique Allemagne !Du Valhalla déserte les parvis ;Que la science en nos murs t’accompagne,Notre esprit s’ouvre à tes doctes avis.De l’avenir le problème s’agite,Longtemps mûri par ta réflexion ;Le rêve est lent, le temps se précipite ;Viens te mêler à la grande action !

Accourez, peuples de la terre,De tous les bouts de l’horizon !Que chacun porte sa bannière ;Mais qu’autour de chaque blasonL’olivier s’entrelace au lierre !De la discorde et de la guerreÉteignons le dernier tison !

Viens du couchant, traverse l’Atlantique,L’étoile au front, tenant ton pavillonTout parsemé d’étoiles, Amérique,Des cieux nouveaux apportant le rayon !T’en souvient-il ? la jeune indépendanceEut pour parrain le dernier des vieux rois :Fille majeure, à ta mère la FranceEnseigne donc à garder purs ses droits.

Accourez, peuples de la terre,De tous les bouts de l’horizon !Que chacun porte sa bannière ;Mais qu’autour de chaque blasonL’olivier s’entrelace au lierre !De la discorde et de la guerreÉteignons le dernier tison !

Hospitalier comme aux ages antiques,Tu fis accueil au malheur exilé,Abdul-Medjid, gardien de nos reliques,De l’Orient tu conserves la clef.Viens du Bosphore, et, de ton cimeterre,Tout damassé jadis de sang chrétien,Aux nations fais un don volontaire,Puisque leur droit est devenu le tien. ,

Accourez, peuples de la terre,De tous les bouts de l’horizon !Que chacun porte sa bannière ;Mais qu’autour de chaque blasonL’olivier s’entrelace au lierre !De la discorde et de la guerreÉteignons le dernier tison !

Passez les monts, Alpes ou Pyrénées,Jeune Italie, Espagne aux vieilles mœurs !Dépouillez-vous des formes surannées,Ouvrez les yeux aux modernes lueurs !Slaves, Latins, ô Hongrie ! ô Pologne !A l’industrie envoyez des guerriers,Car elle sait tailler de la besogneA tous les bras, et manque d’ouvriers.

Accourez, peuples de la terre,De tous les bouts de l’horizon !Que chacun porte sa bannière ;Mais qu’autour de chaque blasonL’olivier s’entrelace au lierre !De la discorde et de la guerreÉteignons le dernier tison !

L’Inde, l’Afrique et les îles lointainesApporteront leurs plus vives couleursSur cachemire et blanche porcelaine,De leurs climats reflétant les splendeurs ;Argile d’or et de soleil pétrie,Luxe vivant d’arbres, de fleurs, de fruits :A tant de sève ajoutons l’industrie ;Le ciel sera jaloux de nos produits.

Accourez, peuples de la terre,De tous les bouts de l’horizon !Que chacun porte sa bannière ;Mais qu’autour de chaque blasonL’olivier s’entrelace au lierre !De la discorde et de la guerreÉteignons le dernier tison !

En cette halte, il semble que la terreSe reconnaisse et cherche son destin ;La paix ici fait contraste à la guerre,Dont le canon tonne dans le lointain.De la Russie il faut pleurer l’absence.Et sur son aigle étendre un voile noir ;O nations ! pour consoler la France,Attestez-lui qu’elle a fait son devoir !

Accourez, peuples de la terre,De tous les bouts de l’horizon !Que chacun porte sa bannière ;Mais qu’autour de chaque blasonL’olivier s’entrelace au lierre !De la discorde et de la guerreÉteignons le dernier tison !

112 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources