Muse populaire, 1875· Muse populaire
Entrée au caveau
Maître Adam, que mon grand-pèreAppelle encor son patron,Je te choisis pour compère ;Fais-moi boire au biberon :Apprends-moi bien la scienceDe boire mon vin sans eau,Et que dans un mois ma panseSoit large comme un tonneau.
Je veux, dans la confrérieDe nos illustres buveurs,Avoir la trogne fleuriePour mériter leurs faveurs.Je laisse à d’autres la gloireQui tenaille le cerveau :Car, avant tout, c’est pour boireQue je descends au caveau.
Demain je fais une venteDe mes livres, en plein vent ;Je ne veux sur ma soupenteNi rimailleur ni savant.J’excepte de la bagarreTout rimeur buveur et fierQui s’est raillé du Ténare,Qui se raille de l’enfer.
Des écus de la recetteJe n’irai pas m’amuserA remplir une cassette ;Je veux d’abord me griser.Et puis je cours en Bourgogne,Choisir aux meilleurs coteauxDe ces vins qui, sans vergogne,Grisaient l’abbé de Cîteaux.
Ah ! sortons de dessous terre,Mes bons amis du Caveau,Et fondons un monastère,Un monastère nouveau !Le temps est à la prêtrise ;Prenons les petits collets,Et que chez nous on se griseComme au temps de Rabelais !
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources