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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

A M. Théodore l***

Pierre Dupont· 48 vers

Aux bords où la Saône tranquilleS’unit au Rhône mugissant,Dans le bruit d’une grande villeSe perdait le timide accentD’une enfant pauvre et délaisséeQui s’en allait marchant pieds nus,Et dont la paupière abaisséeRetenait des pleurs inconnus.

Or un jour, la tête en délire(Le délire suit la douleur),Elle partit avec sa lyre,En la cachant bien sur son cœur ;Car, si ses doigts blancs ou la briseLa faisaient vibrer au hasard,Elle s’interrompait, surprise,Et craignait un méchant regard.

Pour ses chansons toujours plaintivesLa Seine resta sans échos :La Saône et l’émail de ses rives,Le Rhône et l’azur de ses flotsLui revinrent à la pensée ;Leur souvenir la fit pleurer,Car la saison était passéeDe les voir et de s’y mirer !

Il fallait qu’une main amie,Plus forte, la prit par la main,La secouât tout endormieEt la mît dans le vrai chemin,Qu’un bon guide, un de ceux qu’on aime,Et que rien ne peut rebuter,La fît chanter devant ceux mêmeQui refusaient de l’écouter.

Vous savez comment sur sa routeLe Ciel un jour lui fit trouverCet ami qui jamais ne doute,Et, ce qu’elle n’osait rêver,Deux rivières au flot tranquille,Dont les échos furent puissants,Et jusque vers la grande villePortèrent ses faibles accents.

Ruisseaux que, dans nos promenades,Nous aimions tant à côtoyer !En écoutant les sérénadesDes oiseaux au chant familier ;En voyant se pencher les mûresQui se reflétaient dans leur eau,Nous mêlions à leurs doux murmuresLe nom d’Hégésippe Moreau !

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources