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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

L’écurie

Pierre Dupont· 72 vers

J’éteins ma pipe et j’entre à l’écurie,Il ne faut pas incendier le foin ;Comme en un bois, ou dans une prairie,Je veux m’étendre et rêver dans ce coin.La paille luit ; elle est dorée et fraîche,Jusqu’au fumier qui n’est pas déplaisant.Le foin, le trèfle et la luzerne sèche,Embaument l’air d’un parfum bienfaisant.

Lieu de repos pour l’homme et pour la bête,Dont fut épris plus d’un peintre flamand,Je redemande à ton ombre discrèteLa paix du cœur et le recueillement.

J’entends le bruit régulier des mâchoires :Lèvres et dents tirent au râtelier ;Naseaux ouverts font ronfler les mangeoires,Le sol s’ébranle au choc des coups de pied.La queue aux flancs fouette et chasse la mouche ;Oreille droite ou basse, œil trouble ou clair,Peignent la bête ou tranquille ou farouche,Car les chevaux avant tout ont du flair.

Lieu de repos pour l’homme et pour la bête,Dont fut épris plus d’un peintre flamand,Je redemande à ton ombre discrèteLa paix du cœur et le recueillement.

De l’araignée, aux poutres, aux solives,La toile brille ou pend en longs réseaux,Pour épargner tant de blessures vivesQue fait la mouche à ces pauvres chevaux ;J’entends crier les becs des hirondellesQui font ici leurs nids en sûreté :Tête petite entre deux longues ailes,De noir, de blanc, le corps tout velouté.

Lieu de repos pour l’homme et pour la bête,Dont fut épris plus d’un peintre flamand,Je redemande à ton ombre discrèteLa paix du cœur et le recueillement.

Le chat parait au seuil de l’écurie,Éclairant tout avec ses yeux cuivrés,Prêtant l’oreille à la souris qui crieEt détirant ses ongles acérés.Sainte nitouche, il entre à pas de moine,Guette sa proie et fond comme un limier ;Poules et coqs cherchent un grain d’avoineParmi la paille, et grattent le fumier.

Lieu de repos pour l’homme et pour la bête,Dont fut épris plus d’un peintre flamand,Je redemande à ton ombre discrèteLa paix du cœur et le recueillement.

Au beau milieu pend un falot de toile,Noir de poussière, usé de vétusté,Le charretier y voit luire une étoileQuand les chemins sont dans l’obscurité.De vieux harnais, des housses éclatantes,Sont pêle-mêle accrochés, entassés,Et le soleil, pénétrant par les fentes,Dore le tout de rayons cadencés.

Lieu de repos pour l’homme et pour la bête,Dont fut épris plus d’un peintre flamand,Je redemande à ton ombre discrèteLa paix du cœur et le recueillement.

Un charretier apporte de l’eau claire,Abreuve, lave, étrillé les chevaux.Je prends plaisir à le regarder faire,Tant de gaîté naît des simples travaux.Près de la porte, une fille regarde,Forte de hanche, avec un gros chignon ;Rien qu’à son air, on voit bien qu’il lui tardeQue ce garçon ne soit son compagnon.

Lieu de repos pour l’homme et pour la bête,Dont fut épris plus d’un peintre flamand,Je redemande à ton ombre discrèteLa paix du cœur et le recueillement.

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources